« Chéri, pas la peine de m’acheter des tampons ! »

27 septembre 2014 / Marie Astier (Reporterre)



La coupe menstruelle, ou « cup », pour les intimes, est une alternative aux tampons et aux serviettes hygiéniques. Moins chère, plus écolo, plus sûre, plus pratique, la « cup » commence à faire parler d’elle, même si elle reste encore largement minoritaire.


Elle a la forme d’une petite cloche, elle tient dans la main, elle est souple, fabriquée en silicone et peut contenir environ douze millilitres de liquide... C’est la « coupe menstruelle », cup pour les intimes. Je ne passe sans doute pas assez de temps à surfer sur les blogs écolos, je ne parle peut-être pas assez de ces sujets là avec mes copines, en tout cas j’ai découvert la cup il y a seulement quelques mois, au détour d’une vidéo partagée sur Internet. Une révélation !

https://www.youtube.com/watch?v=YmJPm6zjouw

Moins chère, plus écolo, plus sûre, plus pratique... La « cup » fait beaucoup de promesses

D’abord elle est réutilisable. Si on en prend soin, on la change tous les cinq ou dix ans. J’ai fait le calcul sur cinq ans : sachant que j’ai environ cinq jours de règles tous les mois et que j’utilise environ quatre tampons par jour, une seule cup m’évite l’utilisation de mille deux cents tampons ! C’est autant de déchets polluants en moins.

Car je n’y avais jamais réfléchi : tampons et serviettes sont polluants. Les serviettes contiennent des matières plastiques qui se dégradent très lentement. Les tampons, eux, contiennent de la viscose, dont la fabrication nécessite un solvant toxique. Une fois jetés à la poubelle, ce sont des déchets ultimes : ils sont enfouis ou brûlés mais ils ne peuvent être recyclés.

Logiquement, la coupe menstruelle est donc aussi économique. 1.200 tampons au prix de trois euros le paquet de vingt, cela représente 180 euros, contre le prix d’une cup qui va de dix à trente euros selon les revendeurs.

Côté santé, ce serait aussi bénéfique. La coupe recueille le sang mais évite le contact avec l’air grâce à son effet ventouse : résultat, pas de macération et pas de mauvaises odeurs. Contrairement aux tampons, elle n’assèche pas le vagin : sa flore naturelle peut s’épanouir sans être perturbée ! La coupe éviterait également les risques de syndrome du choc toxique, cette terrible infection, parfois mortelle, qui peut frapper les porteuses de tampons.

Enfin, dernier avantage qui n’est pas des moindres... On peut attendre jusqu’à douze heures pour vider sa coupe. Alors qu’un tampon doit être changé dans l’idéal toutes les quatre à six heures. Au travail, on peut vraiment oublier que l’on a ses règles et attendre le soir pour retirer et nettoyer sa coupe tranquillement à la maison.

Toutes ces belles promesses, j’ai tenu à les vérifier

Sur la toile, tout un petit business s’est monté autour des coupes menstruelles. Il y a le choix entre la LadyCup, la Mooncup, la Lunacopine, la Meluna, la Fleurcup, etc. Tout est très bien résumé ici. Certaines vous promettent une fabrication française, d’autres une forme plus facile d’utilisation.

J’ai été surprise de constater que selon les tailles, son diamètre peut aller de 38 à 46 millimètres. Comment savoir si l’on a un petit ou un grand vagin ? En gros, si l’on a déjà eu des enfants, il vaut mieux se tourner vers les grandes tailles...

La cup, mode d’emploi

La première chose à faire est de stériliser sa cup. L’utiliser demande quand même un petit entrainement. Il existe plein de vidéos pour nous apprendre à l’insérer et la retirer.

On la plie, on l’insère, le tout étant de trouver la bonne hauteur, pour que la cup se déplie bien et que l’étanchéité soit bien faite. Un peu moins haut que les tampons, normalement c’est parfait.

Voir cette illustration de Wikipedia :

En revanche je n’ai jamais réussi à choper tout à fait le coup de main pour la retirer. En théorie, il suffit de pincer la base pour faire appel d’air, et de la retirer. Seul problème, je ne suis jamais arrivée à la pincer facilement du premier coup... Peut-être était-elle mal mise au départ. L’avantage, c’est que l’on peut faire cela tranquillement à la maison sous la douche.

A la fin des règles, on la stérilise à nouveau et on la range dans une petite pochette ou autre, mais attention, elle ne doit pas être hermétique car la cup a besoin de respirer.

Pourquoi n’y a-t-il pas plus de femmes qui l’utilisent ?

Ben oui, puisque c’est tellement génial ?

On pourrait soupçonner les fabricants de serviettes hygiéniques et de tampons de vouloir étouffer l’information sur les coupes menstruelles. Effectivement, ce petit produit semble avoir le pouvoir de remettre en cause une puissante industrie.

Mais chez DivaCup, l’un des tous premiers fabricants, installé au Canada, on m’a plutôt expliqué que ces grosses entreprises les ignorent royalement :

"Elles existent depuis plus d’une centaine d’années, alors que les entreprises de coupe menstruelles existent depuis seulement dix ans. Cela fait une grande différence. Pour le moment les ventes de coupes menstruelles sont vraiment minuscules par rapport aux tampons et aux serviettes. Leur industrie est mondiale, elle rapporte six milliards de dollars chaque année.

Les coupes ne font qu’un tout petit pourcentage de cela. Ils ne se sentent pas menacés par les coupes menstruelles. On n’est qu’un tout petit acteur sur le marché. Mais on espère que cela va changer !"

Les produits de DivaCup sont présents dans trente-trois pays. Les trois pays où ils effectuent le plus de ventes sont le Canada, les Etats-Unis et le Mexique. A chaque fois, la clé c’est d’être bien distribué assure Sophie Zivku, chargée de communication : « Au Canada, dans 80 % des lieux où l’on vend des tampons et des serviettes hygiéniques, on trouve aussi des coupes menstruelles. »

L’entreprise mise aussi beaucoup sur l’éducation. « On a des programmes avec les médecins et les infirmières au Canada, aux États-Unis, en Allemagne, etc. On forme aussi des personnes pour intervenir dans les écoles, auprès des adolescentes », poursuit Sophie Zivku.

Mais il y a aussi un facteur culturel. Par exemple, dans beaucoup de pays musulmans les tampons ne sont pas envisageables, encore moins les coupes menstruelles ! Même dans nos pays occidentaux où le corps est sensé être plus libéré, les règles restent un sujet un peu tabou.

Pour être utilisée, la coupe demande une connaissance de notre corps que l’on n’a pas forcément : il faut introduire les doigts dans notre vagin et avoir une idée de son anatomie, pour positionner la coupe à la bonne hauteur, par rapport à l’utérus.

Quand on utilise la coupe, on a aussi la surprise de découvrir la vraie couleur et consistance de notre sang. Cela fait partie des questions à se poser pour bien choisir sa coupe : avec vous, plutôt des pertes fluides ou épaisses ? D’un mois sur l’autre, on peut constater des variations dans la texture ou la couleur, et repérer une éventuelle anomalie. On apprend à observer son corps.

Autre surprise, finalement on ne perd pas tant de sang que cela. La coupe est petite, et très rarement remplie. Les tampons et les serviettes, imbibés de sang rouge, sont souvent impressionnants et donnent la fausse impression que les pertes sont importantes.

Pourquoi j’ai dû abandonner la cup

Donc la cup c’est merveilleux, mais il y a quelques contre-indications...

Il y a d’abord des femmes qui n’arrivent pas à la mettre. Ben oui, on n’est pas toutes hyper à l’aise quand il faut mettre les doigts dans notre vagin.

Certaines personnes aussi sont tout simplement allergiques au latex ou au silicone (plus rare). Dans ce cas, il en existe aussi en TPE, une sorte de plastique souple.

Enfin, et surtout, il est déconseillé d’utiliser la coupe menstruelle avec un stérilet. Ça a été la question piège de mon gynéco, alors qu’elle venait de m’en poser un : « Au fait, utilisez-vous une coupe menstruelle ? Elles aspirent et déplacent le stérilet. Dans le cabinet, on a eu quatre IVG à cause de cela. Donc désormais nous avons décidé de déconseiller l’usage des deux ensemble. »

Sur la toile, il y a débat, comme le résume bien cet article de Rue 89 : l’Agence du médicament n’a relevé qu’une dizaine de cas, elle se contente de conseiller aux médecins d’être prudents.

En attendant d’en savoir plus, j’ai décidé moi aussi d’être prudente. Mon placard s’est regarni de tampons. Ma cup est soigneusement rangée dans une petite pochette, en attendant le jour où je pourrai à nouveau la sortir...


D’AUTRES ALTERNATIVES ÉCOLOS

Heureusement, j’ai quelques autres solutions à expérimenter pour remplacer ma coupe :

- Les tampons en coton bio, qui ont au moins l’avantage d’être moins polluants que ceux des marques traditionnelles.
- Les serviettes hygiéniques lavables, en coton et en chanvre bio, lavables en machine.
- Les éponges naturelles, qui remplacent les tampons. Elles aussi ont l’avantage d’être réutilisables et de ne pas dessécher le vagin.




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Source : Marie Astier pour Reporterre

Photos :
. Chapô : Wikipedia (Frank Krueger / CC BY 3.0)
. Cup : Flickr (menstruationstasse.net / CC BY 2.0)

Lire aussi : Sexe bio : comment faire l’amour en mode écolo


Cet article a été rédigé par une journaliste professionnelle et a entrainé des frais. Merci de soutenir Reporterre :

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