Comment passer à l’électricité verte : on vous explique

18 octobre 2017 / Léa Dang (Kaizen)



Depuis l’ouverture du marché à la concurrence en 2007, de nouveaux fournisseurs d’énergie apparaissent. Chacun peut soutenir le marché des renouvelables en se tournant vers un fournisseur alternatif.

« Aujourd’hui, seulement 12 à 15 % des Français se penchent vers des fournisseurs alternatifs », déplore Lancelot Hauthuille, le fondateur de Plüm, un fournisseur d’énergie renouvelable. Si les changements climatiques et la raréfaction du pétrole conduisent peu à peu nos sociétés à changer de manières de vivre, il est urgent que les politiques et les entreprises énergétiques se tournent vers des formes d’énergies moins dangereuses et plus pauvres en carbone.

Aujourd’hui les sources d’énergie renouvelables (solaire, hydraulique, éolien, géothermique ou biomasse) sont les voies les plus sûres pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Néanmoins, pour que le marché se développe, il faut l’encourager. Alors, passons à l’acte !

Qui propose de l’électricité renouvelable ?

Sur le marché des énergies vertes, il y a plusieurs types d’acteurs : les producteurs d’énergie, les services de transports et de distribution (RTE et Enedis, organismes publics) ainsi que les fournisseurs qui achètent l’électricité pour la revendre aux consommateurs. L’ouverture du marché à la concurrence a fait entrer deux vagues de nouveaux fournisseurs : la première avec Enercoop (créée en 2005), Lampiris (né en 2005 et qui appartient désormais à Total), puis Planète Oui (2007) ; et la deuxième deuxième génération avec Plüm (2015), ekWateur (2016) et Ilek (2016).

À noter également que dans certaines communes, il y existe ce qu’on appelle des « entreprises locales de distribution d’électricité gaz » (ELD) : des monopoles locaux qui fournissent de l’énergie à leur localité. En France, on compte 150 ELD, mais ces dernières ne sont pas obligées de proposer une offre d’énergies renouvelables. Parmi celles qui ont fait le choix des énergies vertes, on peut citer : GEG Grenoble, Energem, ou Alterna (qui regroupe une trentaine d’ELD).

Comment se déroule la transition à la maison ?

« J’ai changé de fournisseur directement en emménageant. En réalité, c’est simple, il faut juste se rendre sur le site et devenir sociétaire, rentrer son adresse et son numéro de compteur [valable aussi même si on n’a pas déménagé]. Ce sont exactement les mêmes formalités qu’un fournisseur d’énergie classique comme EDF », explique Oriane, étudiante en école de commerce à Bordeaux, et cliente d’Enercoop depuis deux ans. Contrairement aux idées reçues, changer de fournisseur d’électricité n’est pas complexe, long ou contraignant, ni forcément plus cher. Tous les fournisseurs d’énergie sont connectés au même réseau public, Enedis (anciennement ERDF) : changer de fournisseur ne nécessite donc aucune modification technique. De plus, quand un client souhaite résilier un contrat (à tout moment, et sans frais) le nouveau fournisseur s’occupe de la résiliation, et rien ne l’empêche ensuite de retourner aux tarifs réglementés d’EDF.

Comment savoir si l’électricité provient bien de sources d’énergie renouvelable ?

Comment être certain de l’origine de l’électricité, s’il n’est pas possible de distinguer un électron produit par une centrale nucléaire, d’un électron provenant d’un parc éolien, une fois celle-ci injectée dans le réseau ? Depuis mai 2013, les fournisseurs d’énergie peuvent faire appel à Powernext, la société qui gère le registre des garanties d’origine.

Le fournisseur a alors deux choix possibles : il peut acheter la garantie d’origine en même temps que l’énergie verte auprès du producteur, ou l’acheter séparément auprès d’un prestataire de service. La garantie d’origine peut être cependant un leurre, du « nucléaire repeint en vert », selon un employé d’Enercoop qui préfère garder l’anonymat. Car si le fournisseur achète les garanties d’origine séparément, rien ou presque, ne revient aux producteurs d’énergie renouvelable. Alors que si le fournisseur achète l’énergie directement aux producteurs, ces derniers bénéficient d’un revenu.

Soutenir les producteurs locaux

L’offre verte « classique » consiste pour le fournisseur à se procurer l’énergie — si possible la moins chère sur le marché et par conséquent, pas forcément verte — tout en achetant parallèlement ce que l’on appelle des « garanties d’origine », qui certifient qu’une quantité d’énergie de source renouvelable a été injectée dans le réseau (ce que font Engie, Plüm et Direct Énergie, par exemple).

Jusqu’à présent, le seul fournisseur à acheter directement l’énergie aux producteurs locaux d’énergie renouvelable était Enercoop. « Le système des garanties d’origine permet de certifier une offre d’électricité d’un point de vue légal ; nous, nous allons plus loin en signant un contrat d’approvisionnement. Nous avons une équipe de prospection pour signer des contrats en direct avec les producteurs », explique Zacharie Ter-Minassian, chargé de mission Énergie chez Enercoop. Plus cher que ses concurrents, Enercoop choisit en effet de soutenir financièrement les producteurs : « Si nous voulions casser les prix, nous pourrions acheter de l’énergie nucléaire sur le marché et trouver un intermédiaire de garantie d’origine, mais nous préférons soutenir les producteurs d’énergies renouvelables », car, en effet, sans traçabilité économique, aucun moyen de savoir le montant final qui revient aux producteurs.

Depuis 2016, Ilek, une start-up toulousaine, a créé une plateforme communautaire qui met elle aussi en relation les consommateurs avec les producteurs locaux d’énergies renouvelables, pour que ce soit le client, directement, qui soutienne le producteur de son choix.

Économiser l’énergie

Et si la manière de consommer l’énergie comptait davantage ? C’est une question que s’est posée Plüm, un fournisseur d’énergie créé en 2016 par Lancelot Hauthuille, Vincent Maillard et Joanny Christ, qui encourage ses clients à faire des économies d’énergie en leur permettant de gérer leur consommation (grâce à des conseils en ligne et un système de récompense en cas de bon comportement).

« Chez chaque Français, il y a un potentiel énorme. Une étude du CNRS a montré en 2015 qu’en séparant un village en deux, avec d’un côté, des consommateurs sans aucune information, et de l’autre, des consommateurs informés sur leur consommation, les relevés des compteurs des derniers étaient 23 % moins élevés », explique Lancelot Hauthuille. En effet, chaque consommateur peut à son échelle participer à réduire la quantité de CO2 atmosphérique.

Depuis 2008, l’association Prioriterre a lancé le défi « famille à énergie positive », pour réduire de 8 % la consommation d’énergie. En 2015, les participants ont réalisé 12 % d’économies, c’est-à-dire 1.400 tonnes de CO2 évitées, « l’équivalent de 660 voitures retirées de la circulation pendant 1 an », selon l’association.

EkWateur, un autre fournisseur alternatif d’énergies renouvelables — majoritairement issues de l’hydraulique et de biométhane [1] — se concentre quant à lui sur l’aspect collaboratif et encourage l’autoconsommation : « Nous proposons à nos clients de participer à l’activité de la société en produisant leur énergie avec leurs propres panneaux solaires : ils peuvent géolocaliser leur maison et calculer la rentabilité puis, revendre l’électricité à ekWateur au prix du marché », explique Julien Tchernia, le fondateur d’ekWateur. Après s’être lancés en septembre dernier, les 18 collaborateurs d’ekWateur comptent aujourd’hui une vingtaine de projets de particuliers. À la croisée du numérique et du collaboratif, ce fournisseur permet à ses clients de payer en « SolarCoin », une monnaie numérique régie par la Fondation SolarCoin. « Le client peut payer le producteur d’énergie solaire qu’il sélectionne sur le site d’ekWateur, il obtient alors en échange des SolarCoins qu’il transmet à ekWateur pour recevoir l’énergie chez lui », ajoute Julien Tchernia.

Pour résumer, même si Enercoop semble aujourd’hui proposer l’offre énergétique la plus complète et vertueuse d’un point de vue environnemental — en fixant des contrats directement avec des producteurs locaux et en développant trois filières des énergies renouvelables (hydraulique en grande majorité, éolien et solaire) — de nouveaux acteurs sont arrivés sur le marché avec des objectifs différents et complémentaires.

Si Plüm ne soutient pas directement les producteurs, il concentre ses efforts sur l’éducation des consommateurs, ekWateur développe quant à lui une nouvelle filière du renouvelable en proposant du biométhane, et Ilek crée un circuit court numérisé entre producteurs locaux et clients. À chaque citoyen(ne) de voir ainsi quelle démarche convient le mieux à ses valeurs et son budget !




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[1Le biométhane est un gaz très riche en méthane provenant de l’épuration du biogaz issu de la fermentation de matières organiques.


Lire aussi : Comment proposer une énergie verte, locale et décentralisée ?

Source : Article transmis amicalement à Reporterre par Kaizen.

Photos :
. chapô : Régie municipale de Loos
. panneaux solaires : Pixabay (CC0)
. barrage : Pixabay (CC0)

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