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Tribune — Transports

Contre les projets routiers, construisons la résistance

Mobilisation contre l'autoroute A133-A134, à Rouen, en mars 2020.

Routes, autoroutes, échangeurs, ponts… les projets routiers prolifèrent en France. Face à cette politique destructrice, une vingtaine de collectifs appellent dans cette tribune à organiser la résistance, les 21 et 22 mai, à Montpellier et en Normandie.

Cet appel à coalition a été signé par vingt-six collectifs en lutte contre des projets routiers, dont les noms figurent au bas de la tribune.



Partout sur le territoire, les projets routiers se multiplient. Le 25 septembre 2021, le Premier ministre se rendait à Castres, dans le Tarn, pour faire connaître le concessionnaire retenu pour l’autoroute Castres-Toulouse. Le 5 novembre, à Montpellier, il annonçait le lancement du contournement ouest de la ville. Le 11 décembre, il inaugurait l’autoroute A355, dite du « grand contournement ouest » (GCO) de Strasbourg. Le 15, il annonçait le lancement de l’appel à concessionnaire pour le vieux projet d’autoroute A133-A134, à Rouen, malgré l’opposition de la métropole de Rouen et du département de l’Eure. Le 16 décembre, c’était au tour de l’A154 dans l’Eure-et-Loir, un projet datant de plusieurs décennies, lui aussi, et lancé pour « mieux » relier Rouen et Orléans.

Ces exemples ne sont qu’un échantillon parmi la cinquantaine de projets routiers et autoroutiers qui fleurissent partout sur le territoire, comme on peut le constater sur la carte des luttes de Reporterre.



Sous le mandat d’Emmanuel Macron, le choix a clairement été fait du tout routier, du béton et du bitume, au détriment du climat, de la biodiversité et des espaces agricoles et naturels. Pourtant le choix du transport routier est destructeur de l’environnement et de nos modes de vie.

Les transports constituent le principal émetteur français de gaz à effet de serre, 39 % en 2018, dont 80 % sont produits par la route [1]. Ils sont l’une des clés de voûte d’un système économique qui ignore les limites planétaires.

« Nous ne nous laisserons pas faire »

Ces projets rompent les continuités écologiques et menacent ainsi grandement la biodiversité. Ils sont incohérents avec l’objectif national de zéro artificialisation nette des sols. Ils augmentent la pollution de l’air et les nuisances sonores pour les riverains, dégradant ainsi le cadre de vie. Enfin, ils sont très coûteux pour une utilité contestable.

En effet, ils engendrent mécaniquement un accroissement du trafic, c’est ce que l’on appelle le trafic induit. Plus il y a de routes, plus il y a de voitures qui circulent. Contrairement aux promesses de leurs promoteurs, les routes sont très loin de réduire les engorgements et les embouteillages, au contraire.

Les opposants au GCO n’ont pas cessé de manifester, y compris le jour de son inauguration. © Thibault Vetter/Reporterre

Enfin les réseaux routiers, ce ne sont pas seulement des routes : ce sont des choix d’aménagement du territoire et d’organisation socioéconomique, qui déterminent nos modes de vie sur le long terme. Une fois construites, les routes permettent, par exemple, la généralisation des plateformes logistiques et du e-commerce. C’est déjà le cas aujourd’hui : des dizaines de projets voient le jour sur tout le territoire, non sans résistance des populations locales. À cela s’ajoutent les zones commerciales, qui auront fait mourir les commerces de centre-ville et les villages, tandis que fleurissent encore et toujours les villages-dortoirs qui enferment chacun·e dans le tout voiture.

C’est la concentration des activités et des services de santé, de culture et d’éducation, dans les métropoles. C’est l’accentuation de la fragmentation du tissu social entre des centres-villes propres — « faibles émissions, faible pollution » —, réservés aux plus riches, et la périphérie, celle des déserts ruraux, des Gilets jaunes, là où polluer, détruire les paysages et artificialiser les terres agricoles ne posent pas question. Mais nous ne nous laisserons pas faire.

Face à cette politique, la contestation grandit et s’organise

Alors que l’État français a été condamné pour inaction climatique, alors que nous vivons la sixième extinction de masse des espèces, alors que notre santé se dégrade, alors que la fin du pétrole et les tensions géopolitiques liées sont clairement annoncées, on continue de dilapider l’argent public dans le béton, le fret routier et le tout voiture.

Malgré une prise de conscience globale sur la nécessité d’une autre approche de nos mobilités et de nos échanges, depuis soixante-dix ans, rien n’arrête les politiques de développement d’infrastructures routières, alors même que le réseau routier français est l’un des plus denses d’Europe et que la justice peine de plus en plus à justifier l’utilité publique de ces projets. Ainsi, à Beynac, le Conseil d’État annule une déviation et ses deux ponts sur la Dordogne, dont les piles étaient pourtant déjà construites ; à Marseille, le projet Linea (au nord-est de la ville) est jugé d’inutilité publique par le tribunal administratif ; à Jargeau et à Montpellier, l’autorité environnementale remet un avis extrêmement critique ; et pour la A45, entre Lyon et Saint-Étienne, l’État abandonne face à une mobilisation trop forte et un projet trop destructeur et très coûteux.

Opposant à l’A45, en 2018. © Moran Kerinec/Reporterre

Face à cela, les oppositions, recours et mobilisations se multiplient, des collectifs entrent en lutte contre ces projets partout sur le territoire. Pour construire une résistance face à la destruction globalisée de nos terres, de nos paysages, à l’empoisonnement de nos sols, de nos eaux, de notre air. Et un monde différent. 

Pour faire grandir encore l’opposition, rejoignons-nous ! Nous appelons toutes les personnes, associations, collectifs en lutte contre des projets routiers à nous rejoindre pour politiser nationalement la question des infrastructures routières. Cette année d’élections peut être décisive.

Retrouvons-nous les 21 et 22 mai prochains, simultanément à Montpellier et en Normandie, pour construire ensemble ces résistances. Dès maintenant, demandons un moratoire sur les projets routiers en cours et à venir.

Si vous souhaitez participer à ces rassemblements, signez l’appel et rejoignez-nous. Nous vous enverrons ensuite des informations pratiques.




Premiers signataires :

Collectif Non à l’autoroute A133-A134, près de Rouen
Association Caveirac Vaunage (non au contournement ouest de Nîmes)
Collectif Puma (contre la liaison est-ouest (LEO) sur Avignon)
Collectif GCO Non merci
Collectif Axe vert de La Ramée (non au BUCSM et au BUO à Toulouse)
Non à un contournement nord de Maubeuge destructeur 
Collectif La Voie est libre (contre l’autoroute Toulouse-Castres)
Collectif Non au contournement sud d’Auxerre
Collectif RN126 (contre la liaison autoroutière Castres-Toulouse, A680 et A69)
Collectif SOS Oulala (non au lien RD68, périphérique nord de Montpellier)
Association Nacicca (non au contournement autoroutier d’Arles)
Association Évreux Nature Environnement (contre la déviation sud-ouest d’Évreux)
Association Saint-Prest Environnement et Gasville/Oisème Environnement, adhérente à la FEEL (contre le projet de mise en concession autoroutière des RN 154 et RN 12 de Nonancourt à Allaines, Eure-et-Loir)
Coordination La Loire vivra (opposée au projet de franchissement de la Loire entre Mardié et Darvoy)
Collectif Ussel (contre le contournement d’Ussel)
Collectif citoyen contre le développement du projet Sublimes routes du Vercors
Association Agissons pour le climat Granville Terre et Mer
Nord Écologie Conseil (contre la Lino au sud de la MEL)
Coordination Viure (contre la bétonnisation des Pyrénées-Orientales)
Collectif Bien vivre en Vallespir (contre la route et le viaduc de Céret)
Collectif Alternatives A480 (contre l’autoroute urbaine de Grenoble)
Collectif Copra 184 (contre le prolongement de la Francilienne A104)
Collectif Vivre sans BIP (contre une 2x2 voies en Val-d’Oise)
Association Seta (contre le viaduc sur le Tech)
Collectif AutreCom (contre le contournement ouest de Montpellier)
Collectif VN33 Non merci sur la rocade est lyonnaise

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