« Corruption de mineur » et « usurpation d’identité » : l’ex-chef de file des Écologistes marseillais met le parti dans la tourmente
Samia Ghali, Hassen Hammou et Michèle Rubirola. - Montage © Mélissa Germany / Reporterre
Samia Ghali, Hassen Hammou et Michèle Rubirola. - Montage © Mélissa Germany / Reporterre
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Municipales — Les Écologistes marseillais s’apprêtaient à partir en campagne avec leur nouveau chef de file. Une lourde condamnation judiciaire et des soupçons d’entrisme ont tout balayé, sur fond de divergences stratégiques.
Jeudi 8 janvier, un nouveau séisme a frappé les écologistes marseillais, déjà très secoués depuis des semaines : après avoir passé la nuit en garde à vue, leur ancien chef de file pour les municipales Hassen Hammou a été condamné à deux mois de prison avec sursis, trois ans d’inéligibilité et 750 euros d’amende pour usurpation d’identité. La victime ici n’est autre qu’Amine Kessaci, très médiatique militant écologiste, dont le frère Mehdi a été tué en novembre 2025 en pleine rue. Contacté par Reporterre, Hassen Hammou nie être l’auteur de cette usurpation sur un réseau social, dont il reconnaît cependant avoir eu connaissance et dit avoir été piégé. « J’ai écrit à Amine pour m’excuser », confie-t-il.
C’est dans ce contexte que, le 13 janvier, Les Écologistes marseillais devront valider leur liste de candidats pour les élections municipales de mars. Une liste présentée par ordre alphabétique : sans tête et sans hiérarchie. Dernier rebondissement d’une crise dont le protagoniste est Hassen Hammou.
Six ans après les élections de 2020, marquées par la victoire du Printemps marseillais, cette coalition de gauche qui avait mis fin à vingt-cinq ans de règne de la droite et dont Les Écologistes étaient le pilier, le parti est en pleine tourmente. Outre les accusations dont fait l’objet son ancienne tête de liste Hassen Hammou, la question de l’alliance avec La France insoumise divise.
« Corruption de mineur »
Le 14 octobre 2025, Hassen Hammou était désigné pour conduire la liste des Écologistes pour les municipales. Le lendemain, le quotidien La Provence révélait sa convocation au tribunal pour avoir « donné un rendez-vous de nature sexuelle à un adolescent de 16 ans », via le forum de rencontre Coco. Une information tenue jusque-là secrète par le principal intéressé, qui a dénoncé un « guet-apens ».
Le 16 décembre 2025, Hassen Hammou a été condamné à quinze mois de prison avec sursis pour « corruption de mineur » et est désormais inscrit au fichier des délinquants sexuels. Il a fait appel de cette condamnation et bénéficie donc de la présomption d’innocence.
Cet événement a incité les responsables écologistes à ne plus chercher de tête de liste pour mars 2026, d’autant que l’alliance avec les autres partis de gauche au sein du Printemps marseillais — La France insoumise exceptée — avait été validée. Sauf que depuis l’affaire Hassen Hammou, les militants écolos sont groggy.
« Cette annonce a stoppé net la campagne municipale que nous allions enfin lancer », explique Mirabelle Lamoureux, 27 ans, responsable régionale des jeunes écologistes. Elle était l’une des deux autres candidates à la tête de liste et se dit « sidérée » par la révélation.
La méfiance de l’ancienne maire Michèle Rubirola
Une autre militante marseillaise, qui aime à se présenter comme « écologiste archaïque », n’a, elle, pas du tout été surprise. Il s’agit de Michèle Rubirola, élue maire en juin 2020 et devenue 1ʳᵉ adjointe après six mois de mandat pour des raisons de santé, laissant son fauteuil à Benoît Payan (ex-PS, DVG). « Avec plusieurs autres militants, nous avions refusé l’adhésion de Hassen Hammou car nous savions qu’il venait de la droite, révèle-t-elle. On ne s’improvise pas militant écologiste du jour au lendemain ! »
De fait, le parcours de Hassen Hammou interroge, tout comme sa promotion rapide par la direction du parti écologiste. Avant d’avoir été désigné tête de liste à Marseille, il a été représentant de la motion « Radicalement vôtre » de Sandrine Rousseau — quatre motions ont été présentées avec à leur tête quatre candidats pour diriger le parti — dans la plus haute instance dirigeante des Écologistes, le bureau exécutif national.
Âgé de 37 ans, Hassen Hammou a été lancé en politique par l’ex-sénatrice socialiste et actuelle 3ᵉ adjointe au maire de Marseille Samia Ghali, lors des municipales de 2008. Il a ensuite soutenu le Parti radical de gauche en 2014 puis l’UMP en 2015, où il s’est présenté à la primaire interne pour la présidentielle. En parallèle, Hassen Hammou a créé nombre d’entreprises aux activités variées : événementiel, nettoyage, restauration rapide, transport routier, services administratifs, vente de journaux, coffrets multi-enseignes et articles médicaux...
« Cette fédération a toujours été assez compliquée »
Promouvoir un tel parcours paraît d’autant plus étonnant que depuis mars 2025, Les Écologistes marseillais sont sous étroite surveillance de la direction du parti qui a placé une tutelle pour les administrer, à la suite de conflits internes. « Cette fédération a toujours été assez compliquée, commente François Thiollet, ancien eurodéputé, l’un des trois membres de la tutelle nationale. Mais il y a sans doute eu un manque de vigilance de notre part vis-à-vis de Hassen Hammou. D’un autre côté, on ne peut pas refuser un adhérent parce qu’il vient de la droite. Le mouvement écologiste a toujours été très divers. »
Autre source d’étonnement, le score réalisé par Hassen Hammou le 14 octobre : il a été désigné tête de liste par les adhérents au premier tour avec plus de 55 % des voix. Ces dernières années, les accusations de fausses cartes d’adhésion au parti sont récurrentes chez les écologistes marseillais, qui voient le nombre d’adhérents grimper à la veille des élections internes. Adhérents qu’ils ne revoient plus après le scrutin.
François Thiollet nuance : « Ce ne sont pas des fausses cartes puisque nous avons vérifié [qu’elles correspondent à des personnes réelles], il faudrait plutôt parler de cartes de complaisance, d’entrisme. » De fait, la direction des Écologistes a décidé, en ce début du mois de janvier, d’invalider le vote des adhérents pour des « irrégularités graves dans la composition du corps électoral » comme l’a révélé Le Monde. Près de 300 militants locaux avaient validé par deux votes la stratégie d’union avec le Printemps marseillais et la désignation d’un chef de file — une décision tout simplement annulée.
L’héritage de Guérini
Ces soupçons de faux adhérents ont déjà été évoqués lors de la désignation de Karim Zéribi comme tête de liste marseillaise d’Europe Écologie-Les Verts aux municipales de 2014. Ce chevènementiste, très éloigné de la culture écologiste, avait remporté plus de 91 % des voix. Il a lui aussi fini par être condamné par la justice, en 2020, pour abus de biens sociaux. « Je m’étais étonné à l’époque de ce parti où le premier qui entrait en devenait le roi », commente Vincent Geisser, politologue et sociologue au CNRS et à l’Université d’Aix-Marseille.
Pour expliquer l’apparition de ces pratiques et de ces profils surprenants au sein d’un parti qui porte la promesse de « faire de la politique autrement », un nom revient : Jean-Noël Guérini. Condamné en 2021 pour le trucage de marchés publics, l’ancien président socialiste du département des Bouches-du-Rhône a longtemps été tout-puissant à Marseille.
« Il y a une forte imprégnation dans la gauche marseillaise d’un mode de fonctionnement hérité de Jean-Noël Guérini, analyse Vincent Geisser. Les promotions se font en fonction de réseaux qui dépassent le cadre des partis, sont très personnalisés autour d’un patron et génèrent des clientélismes qui se répercutent sur la vie partisane locale. » Des personnalités locales toujours très influentes ont été parrainées en politique par Jean-Noël Guérini. La plus connue est Samia Ghali, qui avait lancé la carrière d’Hassen Hammou.
« Il y a deux villes où le fonctionnement est très compliqué pour Les Écologistes, ce sont Montpellier et Marseille », précise François Thiollet. Deux fédérations connues pour avoir été tenues par deux grands barons socialistes réputés pour leurs pratiques clientélistes, Georges Frêche et Jean-Noël Guérini.
Des pratiques qui consistent notamment pour un élu à rendre des services personnels (avantage, promotion, emploi...) en échange d’un soutien au moment de scrutins importants. Des pratiques tellement ancrées qu’elles se seraient immiscées au sein même des Écologistes ? « L’hypothèse mériterait d’être creusée », suggère François Thiollet.
Avec ou sans La France insoumise ?
Les Écologistes marseillais sont par ailleurs divisés sur la stratégie à mener pour les municipales. Un courant, mené par Michèle Rubirola, prône une large alliance au sein du Printemps marseillais, la coalition de gauche qui avait permis de remporter les précédentes municipales. Un autre est structuré autour du collectif Vaï de Sébastien Barles, figure écologiste locale et conseiller municipal depuis 2008, qui fait alliance avec La France insoumise (LFI). « Les insoumis ont compris qu’ils avaient beaucoup à gagner à Marseille à s’allier avec Sébastien », souligne Vincent Geisser, qui sera présent sur la liste LFI-Vaï au titre de la société civile.
LFI a accordé 25 % des places éligibles à Vaï. Vincent Geisser figurera ainsi parmi les six premiers noms sur la liste de la mairie centrale et en deuxième position sur celle des 4e et 5e arrondissements. Michèle Rubirola, de son côté, devrait figurer sur la liste des Écologistes soumise au vote du 13 janvier. Mais elle a posé une condition : « Je ne serai pas candidate avec n’importe qui ! »
Un nom manquera en revanche cruellement, celui d’Amine Kessaci. « Je n’avais pas la tête à penser aux municipales ces dernières semaines, je ne suis donc pas candidat pour l’assemblée générale du 13 janvier, nous confie-t-il. Je veux simplement faire en sorte que la question du narcotrafic soit la priorité nationale et pour les municipales. »
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