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Quotidien

Dans nos cosmétiques, cette substance toxique qui inquiète les autorités sanitaires

L'octocrylène est utilisé dans les cosmétiques, en particulier les crèmes solaires.

La France demande à l’Union européenne une quasi-suppression de l’octocrylène en raison de risques « inacceptables » pour l’environnement. Le point sur les cosmétiques qui en contiennent.

Encore une raison de sortir sa loupe pour étudier la composition des cosmétiques que l’on se met sur la peau. L’octocrylène, utilisé dans de nombreux produits comme filtre UV, doit être réduit de façon drastique à cause de ses effets sur l’environnement, estime l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). Au nom de la France, elle vient de déposer une proposition de restriction auprès de l’Agence européenne des produits chimiques (Echa).

« En pratique, notre proposition équivaut à une quasi-demande d’interdiction dans les cosmétiques », précise Stéphane Jomini, chef de projets scientifiques à l’Anses. L’agence demande de fixer un seuil si faible que l’utilisation de l’octocrylène ne présenterait plus d’intérêt pour les fabricants.

Dans les mers, les lacs...

Du fait de sa présence dans les cosmétiques, la substance se retrouve aujourd’hui dans les eaux de baignade (mers, lacs…), ainsi que dans les eaux usées puis dans les boues des stations d’épuration. Or, elle affecte la reproduction de certains invertébrés. « La dispersion de l’octocrylène dans l’environnement entraîne des risques inacceptables pour les organismes aquatiques », tranche l’Anses dans son avis.

Comment l’éviter sans attendre l’issue de la procédure européenne ? Plus de 1 500 tonnes de cette substance hyperpolluante sont utilisées chaque année en Europe pour fabriquer des cosmétiques. L’utilisation principale concerne les produits solaires. En mai, l’association de consommateurs UFC-Que choisir signalait par exemple sa présence dans l’ambre solaire UV ski de Garnier (protection 30) et le lait solaire monoï de Tahiti de Soleil des îles (protection 50) — elle pénalise les produits contenant de l’octocrylène dans son application de décryptage et de notation QuelProduit.

« Son utilisation a beaucoup diminué depuis que les industriels savent que la substance est sur la sellette », tempère Laurence Coiffard, professeure en cosmétologie à l’université de Nantes, spécialiste des produits solaires.

Composé cancérogène

Il faut dire que l’octocrylène est également décrié pour ses effets sur la santé. Avec le temps, il se dégrade en benzophénone, un composé cancérogène. D’où le conseil de ne surtout pas réutiliser d’une année sur l’autre un tube de crème solaire contenant de l’octocrylène. L’offre de protection solaire utilisant d’autres filtres est déjà très large. Et la meilleure protection contre le soleil est encore « la protection vestimentaire », signale Laurence Coiffard.

L’octocrylène est également présent dans certains cosmétiques anti-âge, y compris parmi les best-sellers du marché. Ainsi chez Nivea, il figure toujours dans la composition de certains soins de sa gamme antirides Q10. « L’industrie cosmétique a recyclé de nombreux filtres UV controversés dans des produits du quotidien », déplore Laurence Coiffard.

« L’octocrylène possède aussi des propriétés stabilisantes. On le trouve dans des baumes à lèvres, des crèmes hydratantes, des parfums », ajoute Karine Fiore, directrice adjointe à la direction des sciences sociales de l’Anses.

La proposition de restriction de l’octocrylène fait désormais l’objet d’une consultation publique au niveau européen. La décision finale de la Commission européenne n’est pas attendue avant fin 2026-début 2027. Si la position française est retenue, les fabricants de cosmétiques auront alors deux ans pour supprimer l’octocrylène de leurs produits.

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