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Agriculture

Culture et jardin partagé : à la Réunion, la dynamique alternative de Kaz Maron

Depuis 2014, les habitants de la Saline entretiennent avec enthousiasme leur premier jardin partagé. Avec ce nouveau projet, l’association Kaz Maron continue de valoriser la culture des Hauts et s’inscrit dans la dynamique des alternatives sociales de l’île.


En France métropolitaine, les premiers jardins collectifs sont nés à l’heure de la révolution industrielle. A cette époque, à la Réunion, la société est fondée sur l’agriculture vivrière. La kaz traditionnelle est construite sur une parcelle, la kour, avec, à l’avant, un jardin d’agrément complété d’arbres fruitiers et à l’arrière, un espace consacré à l’élevage (volailles, cabris...) et au potager.

Mais ce mode de vie s’effiloche dans les Bas puis dans les Hauts [1] tout au long du XXe siècle puisque « la loi de 1946, instituant la Réunion en département français, entraîne un projet de développement économique et social essentiellement inspiré par l’idéologie d’un retard à rattraper », écrit l’ethnologue Eliane Wolff [2]. A la Saline aujourd’hui, la majorité des habitants n’ont plus de potager dans leur kour.

Un des premiers jardins collectifs de l’île

Pour y remédier, l’association culturelle Kaz Maron crée le premier jardin familial de l’Ouest, « le jardin Eucalyptus ». Dana Virama a en effet entendu parler de ce nouveau concept initié en 2010 dans la commune du Tampon [3] et voit tout de suite l’intérêt de l’expérimenter à la Saline des Hauts. Il sait en effet que la commune va subir une opération immobilière de grande ampleur, puisque 1300 logements doivent sortir de terre dans les prochaines années, sans que le projet prévoie des jardins ou d’autres espaces pour renouer avec le mode de vie « la kour ».

Commence en 2011 une série de rencontres entre l’association, la mairie de Saint-Paul et le bailleur social. [4] Un terrain de 330 m² est alors trouvé et découpé en onze parcelles. Neuf sont proposées à des habitants du quartier et les deux restantes servent aux marmailles de l’école primaire d’en face, à l’association Kaz Maron et à une structure accueillant des personnes handicapées. Une cotisation de 7 euros par mois, pour payer l’eau, est demandée aux familles.

Dana Virama

Dana, plutôt pessimiste au lancement du projet, se posait de nombreuses questions sur sa viabilité dans un quartier où les liens sociaux sont fragilisés : « Au début, badna té dit : na poin le temps planter, mi reste mon kaz, mi sorte pas mwin... komé là : Dana kwa fé ? Na poin un ti parcelle la ? » [5] Au fil des mois, l’engouement a pris et maintenant, la superficie accordée à chacun est jugée trop restreinte. De nouvelles demandes affluent aussi, que Dana relaiera auprès de la municipalité.

Dana invite régulièrement au jardin des spécialistes qui exposent des pratiques naturelles de jardinage. Il nous explique que l’accompagnement doit provenir d’un intervenant extérieur puisque la proximité qui le lie maintenant aux jardiniers ne lui permet plus d’avoir un impact similaire. Dans un futur proche, il est également prévu de mettre en place des ateliers ouverts afin de répondre aux demandes des autres riverains.

Pour la culture des Hauts

Le jardin Eucalyptus est en quelque sorte l’aboutissement des projets de l’association Kaz Maron, créée il y a sept ans. Dana baignait dans le milieu culturel réunionnais et souhaitait expérimenter une programmation artistique alternative dans les Hauts. « Lorsque nous avons lancé ce projet, nous le voulions en marge et conforme à l’esprit du ’marronnage’ », d’où son nom. « Nous avons demandé à la mairie l’autorisation de nous installer dans un champ inoccupé du quartier Eucalyptus, et le projet est né. » En 2008, la Kaz Maron n’est qu’une scène en bambous.

Dana fédère autour de lui des bénévoles de la Saline et des militants d’associations des Hauts qui se retrouvent tous autour d’un projet artistique ambitieux et pour « préserver les traditions, la nature et le lien social ». Des kabars [6] sont alors organisés tous les mois, où se retrouvent des artistes bien connus dans l’île et des petits groupes des hauts. Le réseau d’artistes et la solidarité locale permettent à l’association de se lancer sans subvention. Aujourd’hui, celle-ci se finance en partie grâce aux recettes du bar et bénéficie de partenariats avec quelques entreprises. Deux personnes sont embauchées ponctuellement avec de petits contrats, « pour rétribuer tous les coups de main donnés ».

Une scène à la Saline !

Le rythme des manifestations et leur ampleur grandissant (concerts, soirées reggae, théâtre…), Kaz Maron s’équipe en adoptant une démarche écologique et solidaire. « La scène mesure aujourd’hui 5 mètres sur 6 ; elle a été montée avec des matériaux de récupération et couverte de coco tressée. Nous installons des toilettes sèches pour chaque événement », précise Dana. Un vrai village associatif intermittent est né à la Saline !

Les événements festifs traduisent toujours un fort ancrage culturel. « Bat pou nout lang, nout kiltir, nout tradision ! » [7] scande Dana. Des ateliers de sensibilisation sont régulièrement organisés l’après-midi, avant les kabars. La moringue et le maloya [8], le tressage et les tisanes sont mis à l’honneur pour les marmailles de l’école et le public.

En 2013, Kaz Maron a fait fort en organisant, pour la première fois depuis cinquante ans, un défilé Jako Malbar avec les deux seuls danseurs restants à la Réunion. Cette danse, autrefois très populaire, était pratiquée par les engagés indiens travaillant dans les usines sucrières. Cet événement très rare a fait du bruit dans l’île et attiré un large public à la Saline.

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