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Transports

Cycliste tué par un SUV : 40 idées pour la fin des violences sur la route

Hommage à Paul Varry, un cycliste de 27 ans tué par un automobiliste à Paris, le 19 octobre 2024.

Six mois après la mort d’un cycliste tué par un automobiliste à Paris, un rapport appelle à mettre fin aux violences routières. Sans recommander de sanctionner immédiatement les automobilistes violents.

Sa mort a suscité un grand émoi, dépassant largement la communauté de cyclistes, et provoqué une prise de conscience sur les violences routières. Six mois après le décès de Paul Varry, cycliste de 27 ans tué à Paris par un conducteur de SUV soupçonné de l’avoir volontairement écrasé, un rapport sur le partage de la voie publique a été remis au ministre des Transports Philippe Tabarot, le 28 avril.

Rédigé par l’ancien délégué interministériel à la sécurité routière Emmanuel Barbe, le rapport avait été commandé par le gouvernement après le décès du cycliste afin de proposer des solutions face aux violences routières. On parle ici des insultes, menaces, agressions physiques (frôler, percuter) ou comportements intimidants pouvant mettre en danger autrui sur la voie publique.

Pour formuler leurs quarante recommandations, que les ministères des Transports et de l’Intérieur examineront sous deux mois, les auteurs du rapport ont réalisé des centaines d’auditions auprès d’associations de cyclistes, de piétons, d’automobilistes, de motards, du ministère de l’Intérieur, d’élus locaux… Ils se sont également appuyés sur des exemples de bonnes pratiques en Italie, en Espagne et en Belgique, et sur des recherches scientifiques.

Le rapport constate d’abord que la peur de l’agressivité des conducteurs motorisés « touche 87 % des cyclistes, 89 % des deux-roues motorisés et même 88 % des automobilistes », d’après un sondage de l’institut Ipsos en 2024. Pour les cyclistes, cette crainte a augmenté de six points en quatre ans.

Faciliter le dépôt de plainte

Une partie du travail mené est saluée par la Fédération française des usagers de la bicyclette (FUB) et l’association Paris en selle, dont faisait partie Paul Varry. Elles se réjouissent que plusieurs de leurs demandes aient été reprises dans le rapport, à commencer par l’intégration des violences routières dans les statistiques du ministère de l’Intérieur sur les infractions en France.

« On connaît le nombre d’accidents et d’infractions au Code de la route, mais ce n’est pas le cas pour les violences routières, elles ne sont pas dans ce dispositif, précise Céline Scornavacca, coprésidente de la FUB. Les prendre en compte permettrait déjà de mesurer l’ampleur du phénomène. »

Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées en hommage à Paul Varry devant l’église de la Madeleine, à Paris, le 16 octobre 2024.

Deuxième préconisation réclamée depuis longtemps par les associations de cyclistes : la possibilité de porter plainte en ligne en ajoutant au dossier la vidéo attestant des violences. « Cela devrait faciliter le dépôt de plainte », dit Marion Soulet, porte-parole de l’association Paris en selle.

Une zone limitée à 30 km/h

Sur le volet répressif, le rapport appelle à généraliser la « vidéoverbalisation augmentée », assistée par l’intelligence artificielle : des caméras verbalisant systématiquement « les comportements dommageables aux mobilités douces ». Pour appliquer cette mesure, comme plusieurs autres, une modification de la loi est nécessaire. Du côté des cyclistes, il est aussi proposé de créer des infractions qui leur sont spécifiques et d’adopter « un système de sanctions minorées ».

Autre mesure plébiscitée par la FUB : l’obligation de mettre en place dans chaque agglomération une zone où la circulation des automobilistes est limitée à 30 km/h. « C’est un premier pas. Cela permettrait aux villes concernées d’expérimenter cette mesure pour mieux la faire accepter des automobilistes, avant peut-être de l’étendre à l’ensemble d’une agglomération », estime Céline Scornavacca.

Apprendre à partager la route

Concernant les dépassements de vélos par les voitures, les rapporteurs proposent de modifier la règle en vigueur. Alors qu’actuellement l’automobiliste doit se déporter de 1 mètre en agglomération (et de 1,50 mètre en dehors), ils suggèrent, sur les routes comptant au moins deux voies, que l’automobiliste franchisse complètement la ligne médiane pour doubler un vélo. C’est ce qui se fait par exemple en Espagne. « Là encore, ça va dans le bon sens », selon la coprésidente de la FUB.

Le rapport consacre en outre une grande partie de ses recommandations aux améliorations qui pourraient être apportées dans l’apprentissage du partage de l’espace public. Sur la formation au permis de conduire, les rapporteurs conseillent de sensibiliser davantage les élèves à la prudence, au respect, à l’empathie et aux stéréotypes de genre sur la route.

Lors de leur formation, les élèves, sur un vélo fixe, pourraient par exemple être dépassés par un véhicule pour en ressentir l’effet. « L’objectif est de se mettre à la place de l’autre pour se comprendre et réussir à cohabiter, c’est essentiel », insiste Céline Scornavacca.

Les automobilistes violents pas exclus

Si ces propositions sont nécessaires, elles ne vont toutefois pas assez loin, estiment les représentantes des associations de cyclistes. « Il faudra du temps pour former une nouvelle génération d’automobilistes. On a besoin de mesures immédiates pour exclure de la route les gens aux comportements violents », dit Marion Soulet. C’est pourquoi Paris en selle et la FUB appellent le gouvernement à renforcer les sanctions administratives, comme la suspension du permis et la mise en fourrière automatiques pour les automobilistes violents.

« On veut que ce qui est arrivé à Paul ne puisse plus se reproduire ni maintenant ni dans vingt ans, dit Marion Soulet. Ces mesures rapides rassureraient beaucoup d’usagers, et permettraient de montrer que la tolérance vis-à-vis des violences routières est finie. »

Un autre regret concerne l’absence d’obligation pour tous les poids lourds d’avoir un système de détection des piétons et cyclistes situés dans les angles morts. Aujourd’hui, seuls les camions neufs doivent être équipés d’un tel dispositif. « Le rapport n’a pas préconisé de le généraliser, dit Céline Scornavacca. En 2019, parmi les 197 cyclistes tués à la suite d’une collision sur la route, 12,7 % des cas concernaient des poids lourds. » Reste au gouvernement à mettre en œuvre ces recommandations, et à aller plus loin.

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