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ReportageLuttes

De jeunes Européens partent en « convois » pour soutenir les Kurdes

Dans un autobus du convoi du peuple pour le Rojava, en Serbie, le 26 janvier 2026. Les activistes chantent des chants révolutionnaires kurdes.

Le RDV était donné à Vienne (Autriche). Une centaine d’Européens se sont lancés dans des « caravanes pour le Rojava ». Objectif : soutenir les Kurdes de cette région semi-autonome du nord-est de la Syrie, attaqués par le pouvoir.

Autriche et Grèce, reportage

Ils étaient plus de 120 à se rassembler, le 24 janvier au soir, devant les locaux viennois du Parti démocratique kurde (DEM), expatrié en Autriche. Tel était le point de rendez-vous de convois partis d’Allemagne, d’Italie ou de France quelques jours auparavant. Bien souvent un thé à la main, au milieu des portraits d’Abdullah Öcalan, le leader emblématique du Parti des travailleurs du Kurdistan, le PKK, tous se préparent pour la suite de leur voyage, en voiture, minibus ou autobus.

Direction : la ville syrienne de Kobané, une ville devenue le symbole de la résistance kurde à l’État islamique. Si certaines « caravanes » sont déjà arrivées, une vingtaine a été refoulée, notamment par les autorités grecques sur la route les menant au Rojava.

Nouage de tresses à la manière des combattantes kurdes, lors du trajet de la «  caravane du peuple  ». © Alexis Coulon et Quentin Vernault / Reporterre

Action humanitaire ou médiatique ? La People’s Caravan for Rojava tente de conjuguer les deux en parvenant à recruter, dans l’urgence, des militants pour la plupart jeunes. Une opération montée à la hâte par plusieurs groupes allemands tels que les Jeunesses internationalistes, Young Struggle et Rise up for Rojava, afin de répondre à la situation critique que connaissent les Forces démocratiques syriennes (FDS) au Rojava, région autonome où résident 4 millions d’habitants et l’essentiel de la population kurde du pays. Les nouvelles forces armées syriennes ont pris le contrôle de larges pans du nord-est du pays, auparavant sous contrôle kurde.

Projet féministe, révolutionnaire et écologique

Le sort réservé aujourd’hui à ce territoire et à son modèle de société émeut une large partie des sympathisants de la gauche à travers le monde. Indissociable de ce projet politique, la région autonome se revendique du modèle du municipalisme libertaire imaginé par le penseur étasunien Murray Bookchin et réadapté par Abdullah Öcalan. Égalité entre les femmes et les hommes, socialisme révolutionnaire, mais aussi projet écologique ambitieux : voilà des années que Reporterre documente les joies et les heurts de cette expérience autogestionnaire.

Chez les « convoyeurs », la perspective de voir cet écrin libertaire entrer dans son crépuscule révolte nombre d’entre eux, tout comme le silence des pays occidentaux, autrefois alliés des Kurdes lorsque l’État islamique était à son zénith.

Des manifestants autrichiens saluent leurs camarades du convoi au moment de leur départ de Vienne. © Alexis Coulon et Quentin Vernault / Reporterre

« Il faut briser le blocus médiatique », insiste Ségolène, alors qu’elle vit sa dernière soirée en Europe. Partie de Lyon, la Française de 21 ans, engagée dans les Jeunesses internationalistes (organisation proche du Parti de l’union démocratique kurde) et passée par Extinction Rebellion, compte aller jusqu’au bout du voyage pour apporter son aide. Pour elle, l’expérience du Rojava est directement liée à la question écologique : « La révolution du Rojava, c’est une révolution globale. Il y a une tentative de se libérer des oppressions, qu’elles soient environnementales ou sociales. »


Une base arrière en Grèce

Tout en confiant sa peur et sa conscience des risques que représente un tel engagement en zone de guerre, la militante est sûre de la justesse de sa décision : « Défendre des valeurs d’humanité, de liberté et de justice sociale est plus fort que ma peur personnelle de la mort. »

Dans une région marquée par l’exploitation pétrolière, Yulia, membre de la branche allemande de Young struggle (une organisation de jeunes socialistes et internationalistes), établit elle aussi un lien direct entre libération des peuples, protection de l’environnement et impérialisme. « Si vous voulez protéger l’environnement, il faut aussi protéger les gens. Et la population doit décider elle-même de ce qu’elle fait de ses ressources », dit-elle à Reporterre. La province du nord-est de la Syrie a néanmoins subsisté de nombreuses années grâce à la vente de ses ressources pétrolières, malgré ses ambitions environnementales. « L’Administration autonome kurde n’avait pas les moyens de défendre l’environnement », résumait le chercheur Wim Zwijnenburg dans nos colonnes.

Des activistes dansent durant un contrôle des forces de police grecques. © Alexis Coulon et Quentin Vernault / Reporterre

L’activiste d’outre-Rhin a choisi de poursuivre son engagement en Grèce, dans la ville de Thessalonique, au sein de l’organisation du convoi. Car dans la ville portuaire hellénique, un petit groupe d’activistes, dont elle fait partie, fait office de véritable base arrière des opérations. Il s’affaire à coordonner la dernière étape de la caravane, divisée en deux groupes : l’un doit mener une action à la frontière turque du pays — au programme : drapeau de la révolution à la fenêtre des voitures et danses traditionnelles kurdes comme pied de nez aux autorités. L’autre va prendre la direction de l’enclave kurde assiégée. En dehors des initiatives individuelles, difficiles à connaitre tant elles sont tues, l’objectif des voyageurs reste d’alerter l’opinion publique et les médias au plus près de l’enclave assiégée.

Yulia, activiste allemande du mouvement Young Struggle. © Alexis Coulon et Quentin Vernault / Reporterre

Pour bien des participants, l’engagement dans ce convoi en direction du Rojava résonne avec une angoisse plus large : celle de l’impuissance collective face au monde qui les entoure. Pour Yulia, « des milliers de jeunes sont descendus dans la rue vendredi dans le cadre du mouvement Fridays for Future pour dire “nous n’avons aucun avenir dans ce système”. Et le Rojava montre que nous pouvons construire un système qui offre un avenir aux jeunes. Si le Rojava tombe, cela signifie que l’autodétermination des peuples tombe aussi. »

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