« De l’eau, des terres, pas des puces ! » : l’Isère mobilisée contre l’industrie microélectronique
Les organisateurs estiment que 3000 personnes ont participé à la manifestation. - © Pablo Chignard / Reporterre
Les organisateurs estiment que 3000 personnes ont participé à la manifestation. - © Pablo Chignard / Reporterre
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Plusieurs milliers de personnes ont manifesté en Isère contre les agrandissements des usines de STMicroelectronics et de Soitec. Leur consommation d’eau et leur emprise foncière sont pointées du doigt par les opposants.
Bernin (Isère), reportage
« No puçaran ! », « De l’eau, des terres, pas des puces ! » En ce dimanche ensoleillé, sous le regard du massif de la Chartreuse, des centaines de militants maquillés et déguisés scandent leurs slogans sur les chemins du village de Bernin, en Isère. L’objet de leur protestation : l’agrandissement des usines de Soitec et de STMicroelectronics, deux entreprises spécialisées dans la conception et la production des semi-conducteurs implantées dans la vallée du Grésivaudan, près de Grenoble.
Les semi-conducteurs, des composants utilisés pour fabriquer des micropuces, se retrouvent dans la plupart des objets connectés. Un collectif, STopMicro, s’est constitué fin 2022 pour protester contre la consommation gigantesque en eau potable des deux usines.
« J’ai grandi ici et cela fait trente-huit ans que je vois la vallée se goudronner »
Deux ans et demi plus tard, la lutte s’est élargie à la question de l’accaparement des terres agricoles, alors que les deux entreprises mènent des projets conséquents d’agrandissement. En juin 2023, le gouvernement français avait officialisé une aide de 2,9 milliards d’euros pour l’agrandissement de STMicroelectronics. « J’ai grandi ici et cela fait trente-huit ans que je vois la vallée se goudronner », soupire Simon, père de famille.
La lutte menée par STopMicro rassemble désormais bien au-delà du collectif et de la vallée du Grésivaudan : les drapeaux des Soulèvements de la Terre, de la Confédération paysanne, du collectif contre les mégabassines des Deux-Sèvres Bassines non merci, mais aussi du Comité contre le Lyon-Turin (CCLT), du nom de la controversée ligne à grande vitesse en construction figurent dans le cortège. « On se rejoint sur les questions de l’eau, de l’accaparement des terres et des expropriations », analyse Luce, 25 ans, boulangère paysanne et membre du CCLT, le mât d’un drapeau posé à l’épaule.
Les terres agricoles de plus en plus rares
Après une marche pacifique, le cortège finit sa route devant le champ de Dominique Cartier-Millon, en face de l’usine de Soitec. L’agriculteur est menacé par l’agrandissement de l’entreprise sur 11 hectares supplémentaires, portant à 33 hectares son emprise foncière. Le projet a été mis en pause par Soitec pour raisons économiques, mais Dominique vit dans la crainte d’être expulsé ou encerclé d’usines.
« Si je ne peux pas rester ici, où est-ce que je vais aller ? » se désespère l’agriculteur de 57 ans, alors que les terres agricoles se font de plus en plus rares dans la vallée. Seule triste certitude, « il n’y aura pas de transmission possible : un jeune ne va pas venir s’installer pour faire de l’agriculture au milieu des tours ». En marge de cette marche pacifique, le Comité essentiellement antipuces s’est introduit dans les locaux de l’entreprise Teledyne e2v, qui produit elle aussi des puces à Saint-Egrève, de l’autre côté de Grenoble. Ses grilles ont été coupées et son système télécom a été « désarmé ».