123
Média indépendant à but non lucratif, en accès libre, sans pub, financé par les dons de ses lectrices et lecteurs

ReportagePédagogie Éducation

Depuis 10 ans, ce collège a sa radio écolo

Kenan et Morgan, en classe de 3e, au micro. Ces collégiens animent, avec d'autres, la webradio écologiste de l'établissement.

Au collège Vincent Van Gogh, en Meurthe-et-Moselle, Éco Radio affiche une impressionnante longévité. Voilà dix ans que cette webradio « 100 % durable » est animé par des élèves et un professeur motivés.

Vous lisez la 2e partie de notre série « L’écologie à l’école ».


Blénod-lès-Pont-à-Mousson (Meurthe-et-Moselle), reportage

 
Casque sur les oreilles, Romain lance le jingle depuis la console numérique. Puis, d’un geste sûr, il indique à Albin que c’est à lui de prendre la parole. « Bonjour à toutes et à tous ! Vous êtes sur Éco Radio, la webradio 100 % durable du collège Vincent Van Gogh », attaque le garçon aux traits fins, micro près de la bouche, concentré sur ses notes. Avec un débit de mitraillette, à en avaler quelques syllabes, il enchaîne : « Aujourd’hui, nous retrouvons Ethan et son équipe pour un nouvel “écojournal”. »

Ce 25 juin, les deux collégiens de 5e sont à leur affaire dans le studio de leur collège de Blénod-lès-Pont-à-Mousson. Albin s’y sent un peu chez lui, explique-t-il à Reporterre. Ethan, un troisième larron en studio, montre le même enthousiasme : « Je suis venu essayer et je suis tombé “amoureux” de cette ambiance vraiment collective, contrairement par exemple à l’UNSS [Union nationale du sport scolaire] où parfois c’est individuel, où on veut performer et être au-dessus des autres. Là, on s’entraide. Et on est ensemble pour parler d’un sujet qui est très important. » L’écologie.

Une table de mixage, des micros flanqués du logo de la radio, des bonnettes de couleur sur les micros, des casques, des ordinateurs… Comme dans un vrai studio. © Mathieu Génon/Reporterre

 
Tout commence au début des années 2010 quand le collège, situé dans l’académie de Nancy-Metz, décide de s’engager dans le programme Éco-école. Objectif : mobiliser élèves, professeurs et personnel autour de l’éducation au développement durable (EDD) et l’atteinte des dix-sept objectifs de développement durable (ODD) fixés par l’ONU.

« Nous étions alors fortement incités à communiquer en interne et en externe sur les actions menées. Sauf qu’on n’a pas trop l’habitude de ça en tant qu’enseignants, surtout à l’époque », se souvient Olivier Stock, professeur de physique-chimie. Les enseignantes et enseignants ont créé une lettre numérique, mais elle n’était pas lue. L’année suivante, ils ont testé le journal télé. Sans succès : « Des élèves avaient bien envie de parler, mais n’avaient pas envie d’être filmés. » Finalement, la webradio s’impose comme la meilleure option. Sa longévité – elle a fêté ses 10 ans en janvier dernier – en atteste.

Romain, collégien de 5e, dans le studio radio du collège de Blénod-lès-Pont-à-Mousson. © Mathieu Génon/Reporterre

Presque comme un vrai studio radio

 
Ici tout est (presque) comme dans un vrai studio radio. Une table de mixage, des micros flanqués du logo de la radio, des bonnettes de couleur sur les micros, des casques, des ordinateurs… L’ensemble du matériel a été financé par le conseil départemental. Au départ, beaucoup de profs étaient motivés pour se former. « Mais la table de mixage et le côté technique ont eu un côté repoussoir », constate Olivier Stock, qui est devenu le seul référent du projet. Il n’avait jamais fait de radio auparavant et s’est « autoformé », sans compter son temps. Un investissement amplement récompensé, car le succès d’Éco Radio dépasse largement les grilles du collège. Repérée par l’Unesco (le collège fait partie de son réseau des écoles associées), Éco Radio fournit régulièrement des sons à ONU Info, l’agence des Nations-Unies située à New-York.

«  L’art peut-il faire passer un message écologique  ?  » Sama et Wissal interviewent leur professeure d’arts. © Mathieu Génon/Reporterre

Les jeunes journalistes ont aussi la chance d’interviewer des personnalités reconnues. En 2023, Kenan et Morgan, en classe de 3e, ont pu poser des questions à Marc-André Selosse, biologiste et professeur au Muséum national d’Histoire naturelle. Autre entretien mémorable, en 2022 : celui de Martha Rojas-Urrego, alors secrétaire générale de la Convention internationale Ramsar sur les zones humides. « Elle s’était vraiment mise à leur portée. L’interview était géniale et a ensuite été reprise dans plusieurs académies pour être utilisée dans le cadre de cours de SVT. Ils ont ainsi fabriqué un support pour des profs », explique Olivier Stock, pas peu fier de ses élèves.

L’art et l’écologie

Revenons au studio. Au programme de l’émission du jour, à écouter sur le site de Éco radio : un sujet sur les fruits et légumes moches dont les supermarchés ne veulent pas, le bâtiment le plus écolo du monde et aussi une interview d’Ingrid Guerrier, professeure d’arts plastiques au collège. Sama et Wissal, élèves de 3e, mènent l’entretien. Malcky, garçon timide, a pris les manettes de la console pour lancer l’enregistrement et les virgules sonores. Les filles demandent à leur prof de présenter le travail et les œuvres réalisées par les classes de 5e à partir de déchets en plastique. 

« L’art peut-il faire passer un message écologique ? », questionne Sama. « L’art permet d’interroger les spectateurs, répond Mme Guerrier. C’est aussi une expérience sensible. On peut avoir un jugement esthétique, mais on peut avoir des émotions. Ça peut déclencher des réflexions auprès du public. C’était un des objectifs de ce projet : sensibiliser l’ensemble du collège à cette question du plastique. »

Voici le «  conducteur  » de l’émission, soigneusement préparé avant de passer à l’antenne. © Mathieu Génon/Reporterre

 
Olivier Stock envie presque sa collègue : « J’aime bien les arts car ils permettent d’amener les choses de manière un petit peu différente. » Lui se dit très angoissé face au changement climatique tant les indicateurs virent au rouge. Il ne cesse de se poser des questions dans sa pratique en physique-chimie : « En début d’année, j’étais parti sur un travail sur le nombre de pics de chaleur par décennie, en m’appuyant sur un document de Météo-France. Si on extrapole dans les dix prochaines années, on en sera où ? Là, je me dis "non, je peux pas montrer ça". J’ai parfois peur de leur transmettre de l’anxiété. J’essaye de prendre des pincettes sur certains sujets. » 
 

Du journalisme de solution

Si la plupart des ados viennent d’abord pour faire de la radio, ils finissent par acquérir une conscience écologique. Sama s’est rendu compte de l’ampleur du réchauffement climatique et que « le monde n’est pas aussi équitable que ce qu’on croit ici, quand on est préservé ». Wissal se dit préoccupée par la disparition de certains animaux. Kenan, lui, regrette le manque d’intérêt de ses copains : « C’est important de s’informer sur l’écologie, mais je me rends compte que certains ne veulent pas, c’est leur choix. C’est dommage, je trouve. »

Olivier Stock, référent du projet, n’avait jamais fait de radio auparavant et s’est «  autoformé  ». © Mathieu Génon/Reporterre

Avec la radio, les collégiens vont aller chercher des sujets plus positifs, « c’est un peu plus du journalisme de solution, moins dramatique que le constat », dit Olivier Stock. Ils découvrent qu’on peut agir. « Pour l’anniversaire des 10 ans de la webradio, j’ai recontacté d’anciens élèves, dit l’enseignant. L’une d’elles m’a dit qu’elle travaillait dans le domaine de l’environnement et de l’eau. » « C’est grâce à ce que j’ai fait au collège avec la radio ! », a expliqué la jeune fille à son ancien professeur. Ce dernier peut être rassuré : Éco Radio insuffle de bonnes ondes.


À lire aussi :

legende