Des arbres fruitiers rassemblent les habitants de La Chapelle, à Paris

30 juillet 2015 / Emilie Unternehr (Reporterre)



L’association Vergers Urbains plante des arbres fruitiers en plein cœur des quartiers parisiens. L’objectif : restaurer la fonction de lieu de rencontres des espaces publics.


Parmi les poiriers, pommiers, framboisiers, mûriers, et groseillers des jardinières en bois installées en bord de route par Vergers Urbains, on trouve toujours un banc. « On s’arrange toujours pour que dans nos vergers, il y ait un banc », s’amuse Sébastien Goelzer, l’un des fondateurs de l’association. Un banc pour que les habitants du quartier puissent s’asseoir et discuter. Un banc pour réunir les gens. « Aujourd’hui les mairies veulent éviter que les gens se rassemblent et faire en sorte que l’espace public ne soit qu’un lieu de passage », poursuit-il, « nous on va dans le sens contraire. »

Vergers urbains a donc pour objectif de rassembler les gens en apportant la nature dans la ville, et ce à travers différentes fonctions : alimentaire, environnementale, en luttant notamment contre les îlots de chaleur urbains ou en préservant la biodiversité, et pédagogique, par exemple en faisant découvrir des arbres fruitiers locaux, comme certaines espèces de pommiers ou de poiriers.

Un verger en pied d’immeuble à La Chapelle

L’association compte deux salariées : Véra, et bientôt Julie. A la base du projet : une réunion de permaculture pendant laquelle Sébastien, originaire de la banlieue parisienne, a soumis l’idée de vergers dans la ville. L’association existe depuis trois ans et a mis en place une vingtaine de lieux à Paris, entre friches, jardins partagés, et « recoins » sur les bords de trottoirs. La plupart des vergers de l’association sont implantés dans le quartier de La Chapelle, où vit Sébastien. Un quartier difficile, qui connait de nombreux problèmes sociaux, le lieu idéal pour lancer de tels projets. « Ici on teste beaucoup de choses, et quand ça fonctionne, on déploie l’idée ailleurs », assure-t-il. Vergers urbains est présent dans le 13e arrondissement, dans le 20e et bientôt dans le 19e.

Des plants de cannabis au milieu des arbres fruitiers

L’idéal de rassemblement, de mélange, voulu par l’association, n’est pas toujours respecté par les habitants. « On a eu des problèmes de vol, notamment sur les arbustes à fleurs, et pas mal de vandalisme aussi », confirme Sébastien. Plusieurs arbres ont par exemple été déracinés. Vergers urbains le déplore mais trouve des solutions. Des plantes plus robustes, comme les groseillers ou les framboisiers, sont favorisées pour lutter contre les dégradations. « On a aussi retrouvé des plants de cannabis... qui avaient très bien poussé d’ailleurs ! » se souvient Sébastien. A La Chapelle, l’association a dû apprendre à composer avec les différentes problématiques sociales. Certains vergers se retrouvent rapidement occupés par les migrants soudanais, habitués du quartier.

Se pose également le problème des autorités. « Au tout début, planter des arbres fruitiers sur l’espace public représentait un vrai problème », affirme le co-fondateur de l’association. Entre fruits qui tombent, et enfants qui grimpent sur les arbres, les barrières se posaient au niveau des prises de responsabilité. « Mais très vite, la mairie a fini par se montrer collaborative, aujourd’hui elle nous apporte de l’aide. » Cependant quelques différends subsistent, notamment concernant la pollution des sols. Pour la mairie, faire pousser du comestible directement dans la terre parisienne est un danger pour la santé. La ville demande donc à l’association de faire venir la terre d’ailleurs. Mais Vergers Urbains tente de lutter contre cette règle, pas vraiment justifiée selon eux.

Un « recoin » de Vergers urbains

Des initiatives locales

Malgré ces quelques embûches, les initiatives locales fleurissent. En effet, Vergers Urbains joue essentiellement un rôle d’accompagnement. Les projets naissent directement chez les habitants motivés, qui ensuite demandent de l’aide à l’association. Vergers Urbains s’emploie à gérer les préoccupations pratiques, notamment à trouver le financement auprès des collectivités comme la ville de Paris, les mairies d’arrondissement, le conseil de quartier, ou encore les bailleurs sociaux, selon le projet.

Florence Meyer, jeune retraitée, n’a pas vraiment la main verte. « Il y a des choses qui poussent, je ne sais même pas s’il faut les enlever ou pas. Je n’y connais pas grand-chose mais je ne demande qu’à apprendre ! » s’amuse-t-elle. Pourtant, c’est elle qui est à l’origine du projet de jardinières sur le trottoir de la rue Jean Cottin. Elle a créé l’association des Gens de Cottin dans l’objectif d’installer des jardinières sur ce qui était devenu le « trottoir à encombrants » de la rue où elle vit, juste en face de son immeuble.

Florence, présidente de l’association des gens de Cottin

« Avant il y avait des gravats et des encombrants en permanence, alors des plantes c’est quand même plus agréable », reconnaît-elle. Par l’intermédiaire de petites annonces dans les copropriétés du coin, Florence a organisé des repas pour trouver les futurs membres de son association, qui compte aujourd’hui une quinzaine d’adhérents actifs.

Une fois entrée en contact avec Vergers Urbains, qui s’est montré très intéressé par l’idée, le projet s’est monté très rapidement. Il a pris forme en janvier 2015, avec des jardinières en bois élaborées par un architecte de l’immeuble d’en face. « Je suis contente d’avoir pu profiter de ma retraite pour mettre en action ce projet qui était dans la tête de plusieurs habitants depuis longtemps ! » Les Gens de Cottin, de tout âge et toute origine, se réunissent chaque dimanche matin pour s’occuper des pommiers, groseillers, framboisiers, pieds de tomates, courgettes et plantes aromatiques du jardin, le tout autour d’un thé ou d’un café. « Grâce aux jardinières, on rencontre plein de gens, on sort, autrement chacun reste chez soi, c’est dommage », poursuit Florence.

« Les Vergers Urbains touchent tout le monde », assure Sébastien. « On a des gens qui jardinaient et qui souhaitent recommencer, d’autres qui veulent voir du vert dans leur quartier, on a beaucoup de jeunes en-dessous de treize ans, et aussi des retraités. » Mais tous ces jardiniers ont un point commun : la réelle volonté de changer la dynamique de leur quartier.




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Source et photos : Emilie Unternehr pour Reporterre

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