Des écologistes vivent dans des grottes, c’est le progrès

Durée de lecture : 5 minutes

29 décembre 2013 / Marianne Liégeois (Reporterre)

Un terrain truffé de caves troglodytiques aménagé depuis quinze ans en village est devenu un lieu ouvert à tous où l’on expérimente un mode de vie alternatif.


L’histoire de Troglobal commence en 1997, lorsque cinq amis, dont deux acheteurs, décident de réinvestir un terrain truffé de caves troglodytiques avec, en contrebas, une ancienne petite carrière d’exploitation de tuffeau. De cette friche situé près de la Loire, ils décident de faire un village ouvert. À force de bonne volonté et de soutien, la décharge sauvage que l’endroit est devenu au fil du temps et la végétation envahissante sont déblayées pour rendre le lieu habitable.

Les entrées de deux caves troglotytiques.

Un lieu collectif

Le site troglodytique est actuellement occupé par une vingtaine d’âmes en moyenne, qui s’installent ou repartent selon leurs besoins et envies. Le quotidien se partage entre un lieu privé – une cave aménagée, une maison, un bus, une cabane, un dôme –et des lieux communs.

Dans la forêt, un dôme en bois recouvert de métal sert d’habitation.

La grande cour au cœur du hameau en est le centre névralgique. C’est par elle que l’on accède à la cuisine, à la réserve, au bureau avec ordinateurs et téléphone à disposition, à la bibliothèque ou à la salle de musique, chaque espace étant une cave creusée dans la roche.

La cour est le centre du collectif.

Décoration de la porte de la cuisine.

Le village lui-même devient alors un lieu collectif réunissant des gens de tous bords et de tous horizons, car aucune ligne politique ou religieuse n’oriente la philosophie de ce groupe. L’aspiration commune de ceux qui s’y établissent est de prendre un peu de recul face à une société qui ne répond pas pleinement à leurs attentes. Sans hiérarchie établie, les décisions concernant les travaux, les rénovations ou les tâches à effectuer se prennent en commun, au cours de réunions hebdomadaires.

Forge.

Ces discussions, parfois vives, servent aussi à soulever les problèmes que pose inévitablement la vie en collectivité : l’utilisation des espaces, les éventuelles difficultés relationnelles ou l’établissement des priorités de la semaine peuvent être sujets à controverse. Pas de vote à la majorité, le consensus est de mise dans le fonctionnement de ce collectif.

Création et soudure d’une sphère en tiges de métal autour d’un arbre de la cour.

Cependant, la part de liberté est assez grande pour que chacun soit aussi libre de prendre ses propres initiatives à tout moment. Ainsi la bonne volonté de chacun est-elle le moteur du quotidien du village Troglobal, suivant la motivation à effectuer ou non les tâches journalières comme la cuisine, la vaisselle, l’entretien du jardin, des toilettes sèches, etc.

Une démarche écologique et alternative

La dynamique du lieu incite les résidents du village à adopter une démarche écologique. Les toilettes sèches en sont un exemple, comme l’eau, puisée dans une nappe phréatique et évacuée dans un système de phytoépuration avant d’être rendue à la nature. Dans le même esprit, la serre et le potager permettent quelques récoltes issues du travail de la terre fourni par certains. Celles-ci leurs étant insuffisantes pour se nourrir, les habitants récupèrent, chez les commerçants et agriculteurs des alentours, des aliments consommables mais impropres à la vente.

La réserve abrite le fruit de la récup’. On y stocke les vivres.

La récup’ n’est d’ailleurs pas exclusivement alimentaire. Pour les travaux, les rénovations et autres chantiers, la plupart des matériaux sont des rebuts chinés çà et là. Avec peu d’argent, les villageois subviennent à leurs besoins primordiaux et peuvent avoir du temps pour se consacrer à leurs occupations personnelles.

La part de l’art

Un lion sculpté dans le tuffeau surplombe la porte du bureau et de la bibliothèque.

L’art, par exemple, est omniprésent à Troglobal, sous différentes formes : musique, peinture, photo ou vidéo… Partout où le regard se pose, des sculptures ornent les lieux. Celles de pierre, taillées dans le tuffeau, surplombent la cour et décorent les caves. Celles de métal, immense sphère de tiges de fer ou arbre immortel, modèlent un paysage atypique. Portes et fenêtres sont souvent ornées de vitraux créés dans l’atelier voisin.

L’art a toute sa place au village. Le fondeur prépare les moules pour ses futures sculptures de bronze.

Soudure de feuilles d’arbres en bronze sur un arbre de métal.

Car outre les caves d’habitation et les caves collectives, on trouve dans le village des caves ateliers. Vitrail donc, poterie, fonderie, couture, forge ou polyvalent, ces espaces sont à la disposition de qui veut y travailler. La taille de pierre, vocation historique du lieu, n’est pas en reste puisque l’ancienne carrière, tout en bas du site, est en cours de rénovation.

La consolidation du ciel de carrière par la confortation des piliers et la création de voutes en pierre est un chantier titanesque, mais qu’importe : les artisans qui s’y attèlent ont le temps.

C’est là le luxe qu’ont choisi les habitants de ce lieu, quelle que soit leur activité : le temps et la solidarité, forces de leur collectif, plutôt que le coûteux confort superflu qui engendre la surconsommation des ressources et des biens. Ils travaillent la pierre, le métal ou la terre. Ils conçoivent des sculptures de tuffeau ou de bronze, des vitraux ou des meubles. Mais surtout et avant tout, ils créent un mode de vie choisi et responsable.

La verrière sert d’atelier vitrail.


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Lire aussi : Le village (alternatif) des « gueules cassées »

Source et photos : Marianne Liégeois pour Reporterre.

Première mise en ligne sur Reporterre le 23 novembre 2013.

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