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Monde

Des œufs à 19 dollars, la faute à la grippe aviaire

Le prix de douze œufs a atteint 19 dollars dans ce supermarché de New York, le 13 février 2025.

La grippe aviaire progresse dans les élevages de poules aux États-Unis. Conséquences : les prix des œufs explosent et engendrent des pénuries d’ampleur.

Atlanta (États-Unis), correspondance

Des rayons vides. Plus un œuf, ou presque, dans certains magasins des États-Unis. Ces derniers jours, de nombreuses vidéos montrent des Étasuniens en train de remplir leur chariot de courses avec des montagnes d’œufs, ou le peu qu’ils trouvent. La pénurie d’œufs aux États-Unis est telle que certains supermarchés ont instauré des quotas par client. Des vols ont même été signalés.

Les prix ont atteint des records : +15,2 % en janvier en un mois à peine ; contre « seulement » +0,4 % pour ceux de la nourriture. Le prix de douze œufs a même atteint 19 dollars (18 euros) à New York, mi-février. Signe de l’étendue des commerces touchés, la chaîne de « diner » Waffle House, réputée pour ses petits-déjeuners à bas prix, a annoncé en février avoir augmenté de 50 centimes le prix d’un œuf, justifiant sa décision par le virus.

158 millions de dindes, poules et poulets éliminés

Derrière cette « eggflation » : une baisse de la production d’œufs en raison de la grippe aviaire qui sévit dans les élevages. L’épidémie a notamment touché les poules pondeuses. En janvier 2022, les autorités annonçaient avoir détecté le premier cas du virus depuis 2016 chez un oiseau sauvage. Depuis, plus de 162 millions de cas ont été recensés par le département de l’Agriculture des États-Unis (USDA). Le chiffre regroupe les oiseaux sauvages et les élevages.

1 582 cheptels sont désormais concernés dans l’ensemble des États, que ce soit pour de la viande ou des œufs. Le pays dispose de quelque 378,5 millions de poules pondeuses, et importe massivement des œufs, notamment de Turquie.

Une fois contaminé, un élevage doit être euthanasié si les poules n’en meurent pas avant. En trois ans, 158 millions de dindes, poulets et poules pondeuses ont dû être éliminés par les autorités étasuniennes en raison du virus. Et les contaminations sont en hausse depuis quelques mois, passant de 6 millions en octobre à 23 millions en janvier.

Le rôle de la crise climatique

Le virus est connu pour son importante capacité de mutation. Les scientifiques l’expliquent par plusieurs facteurs : la hausse de la production ces dernières années et l’exposition d’animaux d’élevage aux oiseaux sauvages contaminés, notamment due à des « changements des schémas migratoires à cause du changement climatique ou de la conversion des terres pour la production agricole », résumaient les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC).

Dans des élevages de bovins, 972 cas ont été confirmés dans 16 États au 18 février, selon l’USDA. En janvier, une personne est décédée du virus, une première dans le pays. 68 personnes sont actuellement contaminées — la plupart travaillant dans des élevages —, sans qu’un cas de transmission entre humains n’ait été détecté. Les autorités, elles, estiment que le risque pour la santé publique est « faible ».

Face à cette épidémie s’ajoute le risque que des entreprises en profitent pour augmenter leurs prix. En 2022 et 2023, « sous couvert de l’inflation et de la grippe aviaire », les principaux producteurs d’œufs « ont tiré des profits jusqu’à 40 % plus élevés pour une douzaine d’œufs », concluait un rapport de l’organisation Farm Action en septembre dernier.

Cette flambée des prix n’a en tout cas pas fait réagir le président Donald Trump, malgré les sollicitations d’élus démocrates. Et ce, alors que l’une de ses promesses de campagne était la baisse du coût de la vie. Les répercussions en France, elles, devraient être modérées, estiment les experts.

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