Droite et macronie pourraient s’entendre sur un « pacte législatif » anti-écolo
Les chefs de file de la droite parlementaire Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau (ici en juin 2024) ont proposé un pacte législatif d'urgenceà. - © Serge Tenani / Hans Lucas / AFP
Les chefs de file de la droite parlementaire Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau (ici en juin 2024) ont proposé un pacte législatif d'urgenceà. - © Serge Tenani / Hans Lucas / AFP
Durée de lecture : 4 minutes
Suppression des normes qui « entravent les agriculteurs », contrôle de l’immigration... La Droite républicaine a présenté son « pacte législatif d’urgence ». Une « ode à l’ultralibéralisme », selon Daniel Salmon, sénateur Vert.
Alors que la France découvre le visage de Lucie Castets comme candidate du Nouveau Front populaire (NFP) au poste de Première ministre, la droite avance ses pions avec un « pacte législatif d’urgence », officialisé lundi 22 juillet, propre à séduire bien au-delà de ses rangs. Un texte salué par Emmanuel Macron, lors de son interview mardi 23 juillet, comme allant « dans la bonne direction ».
Le document de neuf pages (à télécharger en fin d’article) expose ce que le parti Les Républicains (LR) a l’intention de défendre dans la séquence politique de la rentrée : contrôle de l’immigration, affirmation de l’autorité de l’État, valorisation de la « France qui travaille »… Voilà de quoi tricoter de belles alliances en dehors du seul groupe de la Droite républicaine, doté d’à peine 47 députés. Dans le viseur, des coalitions avec les macronistes, les centristes ou encore le Rassemblement national.
Tout ce qui concerne l’environnement se situe dans le deuxième axe du pacte, un programme où la priorité revient à l’indépendance énergétique et alimentaire. Mais aussi à la suppression des normes et de tout ce qui entrave la compétitivité. Le pacte parle d’une écologie « par les projets » et non par les normes, une écologie fondée sur des réalités économiques — en premier lieu — et scientifiques ensuite. Les Républicains et autres députés à la droite de l’Assemblée souhaitent aussi intégrer la « préférence locale dans les commandes publiques et la restauration collective ». De quoi séduire tout le monde !
De leur côté, les sénateurs LR ont poussé l’intégration d’une loi de programmation énergétique dans ce pacte et entendent ainsi rallier sans efforts le Rassemblement national ou la macronie en fixant un objectif de 60 % de nucléaire dans le mix énergétique français. Si la part du nucléaire est actuellement de 65 %, il est prévu par la précédente programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) qu’elle soit réduite mécaniquement à 50 %, du fait de la fermeture des centrales arrivées en fin de vie ou de l’émergence des renouvelables. Une tendance que veulent inverser Les Républicains en soutenant une relance du nucléaire avec quatorze nouveaux réacteurs.
Le texte préconise sans surprise d’investir « dans l’excellence nucléaire française » et insiste sur la suppression de l’augmentation de la taxe carbone telle que prévue par le Code de l’énergie de 2021 (mise au rancart depuis la crise des Gilets jaunes).
Le pacte législatif fait l’impasse sur les énergies renouvelables
« La droite de Wauquiez [président du groupe Droite républicaine] devrait lire notre rapport sur l’électricité, suggère Daniel Salmon, sénateur du groupe écologiste d’Ille-et-Vilaine. Même si on comprend que le nucléaire fait partie de la solution pour une grande partie des LR ou de la macronie, une relance dans les proportions annoncées va s’avérer très difficile, et encore plus compliquée lorsqu’il y aura des tensions sur l’uranium. » Le pacte législatif fait l’impasse sur les énergies renouvelables, « comme une négation de ce qui se passe au niveau mondial », assure le sénateur qui note que, dans le monde, l’équipement en renouvelables dépasse absolument toutes les prévisions (+50 % en 2023 selon l’Agence internationale de l’énergie).
Les Républicains prévoient aussi, dans leur pacte, de « supprimer les entraves qui pèsent sur l’agriculture, (analyse de toutes les surtranspositions dans les droits français et européen, clauses miroirs dans les accords de libre-échange, limitation des recours…) ». Le texte veut aussi garantir la compétitivité des agriculteurs en révisant le plan Écophyto (à la baisse) ou en pérennisant l’exonération de cotisations des employeurs du secteur agricole ayant recours — de plus en plus souvent et intensément — à des saisonniers, dont certains sont étrangers. Le sénateur Vert Daniel Salmon en tombe de sa chaise. « Ce pacte législatif est une ode à la compétitivité et à l’ultralibéralisme. On est devant une négation complète de ce qui se passe au niveau planétaire, un peu comme si ce texte avait été écrit par des gens qui vivent sur Mars. »
« C’est comme si ce texte avait été écrit par des gens qui vivent sur Mars »
« Nous sommes encalminés et pas grand-chose ne bouge », métaphorise le sénateur breton écolo en reprenant une angoisse bien connue des marins : l’absence de vent et, donc, de toute avancée. Ce sera donc l’été le plus long du calendrier parlementaire français : il a démarré le 9 juin, au lendemain des élections européennes, et prendra probablement fin à la rentrée, « voire en octobre », indique le sénateur. Traditionnellement, la « pause législative » ne dure que deux mois.
En plus de devoir esquiver de probables motions de censure, le prochain gouvernement devra aussi composer avec de probables alliances entre la droite républicaine, les macronistes, les centristes ou les députés du Rassemblement national. Lors de son entretien télévisé mardi 23 juillet, Emmanuel Macron a estimé que le texte proposé par Les Républicains « montre déjà un chemin qui a été fait en quinze jours et donc ça va dans la bonne direction ».
Le pacte législatif est disponible ici :