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EELV tourne le dos au PS, mais pas à ses querelles

13 juin 2016 / par Barnabé Binctin (Reporterre)



Le parti écologiste a tenu son congrès les 11 et 12 juin. Il est quasi-unanime pour ne plus chercher d’alliance avec le PS, a confirmé David Cormand comme secrétaire général, mais n’en a pas fini avec ses querelles.

- Pantin (Seine-Saint-Denis), reportage

EELV a finalement évité le « suicide », « mais on n’en était pas loin » selon un cadre épuisé par les longues heures de tractations. Au Congrès qui devait décider samedi, à Pantin, de la composition de la nouvelle direction du parti, la majorité ne s’est dessinée qu’à quelques minutes du dépôt final des listes. En fusionnant après une longue nuit de négociations, les deux listes arrivées en tête du premier tour - « Réinventer - Horizon 2025 » porté par David Cormand, et « L’écologie en commun », de Sandrine Rousseau – se sont assurées ensemble 60 % des suffrages et onze des quinze places du Bureau exécutif.

Cette majorité permet d’éviter une paralysie probablement fatale, mais reste fragile. Confirmé à la tête d’un parti dont il était le secrétaire national par intérim depuis la défection d’Emmanuelle Cosse partie au gouvernement, David Cormand sort paradoxalement affaibli de cette élection. Derrière lui, les deux secrétaires nationaux adjoints, Alain Coulombel et Sandrine Rousseau, sont issus de la motion que portait cette dernière. Tout comme Sandra Regol, qui devient porte-parole d’EELV aux côtés de Julien Bayou, qui avait fait le choix de fusionner avec David Cormand avant le premier tour.

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Julien Bayou : dans la majorité

Cette majorité suscite déjà des réactions de rejet. « Une majorité de façade », selon Karima Delli, députée européenne, qui dénonce un « retour vers le passé : on a pris les mêmes et on recommence ». D’autres partisans de « l’Imprévu », l’une des trois motions mises en minorité, s’inquiètent d’une majorité jugée « incapable de rassembler ». Comme si la refondation invoquée par tous commençait sur des bases d’éclatement.

Même au sein de la liste de Sandrine Rousseau, devenue majoritaire, l’alliance ne fait pas l’unanimité. Alors qu’elle avait appelé dans Reporterre à la mise à l’écart des anciens responsables de « la firme » , Michèle Rivasi n’a pas voté au deuxième tour, se disant très déçue par « la peur du changement » : « La bande de Cormand, Duflot & consorts sont très forts pour promettre sans avoir la volonté de changer quoique ce soit ».

Un adhérent d’EELV, qui n’avait signé aucune motion, analyse le résultat : « Cela ressemble assez nettement à l’ancienne majorité, un peu gauchisée avec les proches de Bayou. Ce sont des gens qui ont de bonnes idées, mais il manque un sursaut, une nouveauté et des raisons d’y croire ».

Conscient des ressentiments, David Cormand a livré, en clôture du Congrès, un discours enlevé et combattif, jouant la transparence sur l’état de la conjoncture : « EELV va mal. Et quand EELV va mal, c’est toute l’écologie qui s’en trouve affaiblie. Nous avions construit notre mouvement pour être la solution à la crise politique du pays, et nous sommes devenus une partie du problème. Nous n’avons pas été à la hauteur de nous-mêmes. Nous n’avons pas suffisamment répondu présent à l’appel de l’alternative. Nous avons porté l’espoir au tombeau. Nous avons déçu et donné le pitoyable spectacle de notre décrépitude en pâture à nos nombreux adversaires ».

Dans ce « temps nécessaire de catharsis », l’autocritique est donnée comme meilleur gage de renouveau pour celui qui dit être « là pour tout changer » : « Je veux aussi dire une seule chose à celles et ceux qui doutent de ma volonté de transformation des pratiques : je ne suis d’aucune faction, et je les combattrai toutes. Il n’y aura ni clique ni claque, ni bande, ni contrebande, ni côterie, ni fan club ni firme. J’ai entendu le message du Congrès : la continuité n’est pas possible ».

- Discours en téléchargement

A court-terme, l’agenda s’annonce chargé pour la nouvelle direction d’EELV. D’abord la consultation sur Notre-Dame-des-Landes dans deux semaines. Devrait ensuite s’ouvrir une longue phase de travail sur la réorganisation du mouvement et la réforme de gouvernance, qui figurent parmi les engagements de la nouvelle majorité. Un référendum à destination des adhérents est évoqué. Les pistes : un co-secrétariat, de nouveaux pouvoirs aux régions, et la multiplication des consultations en interne.

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Sandrine Rousseau, « l’écologie en commun »

« Nous devons remettre de la démocratie dans notre mouvement, et rompre avec la pratique de présidentialisation qui est celle-là même que nous dénonçons dans le système », dit Alain Coulombel, nouvelle homme fort de la direction, en charge du projet politique d’EELV. « C’est vrai que le mot « démocratie » revient en permanence dans les débats, corrobore Edouard Gaudot, conseiller EELV au Parlement européen. Mais il ne faudrait pas oublier non plus celui d’ ‘imagination’ ».

De l’imagination, il en faudra aussi à EELV pour aborder l’élection présidentielle. Si une candidature Hulot fait l’unanimité dans les rangs d’EELV, l’incertitude qui l’entoure réveille les alternatives. Une situation dont Cécile Duflot ne tire pas forcément profit : paru le jour même du Congrès, un article de Libération décrivant ses intentions présidentielles a fait jaser parmi les militants.

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Cécile Duflot, aux portes de la candidature

L’arrivée de Cécile Duflot, une heure avant les résultats du vote départageant les motions, n’est pas passée inaperçue, mais n’aura pas fait oublier son isolement au sein du parti. Le soir-même, invitée dans l’émission télévisée de Laurent Ruquier, « On n’est pas couché », elle a d’ailleurs pris ses distances avec EELV, « un nom qui n’est pas fait pour durer toute la vie ». Si elle n’a pas répondu à la question sur son possible départ du parti, elle a reconnu que les rapports humains pouvaient y être « abrasifs ».

Dans ce contexte, les noms de Noël Mamère, Yannick Jadot ou Michèle Rivasi reviennent alimenter les discussions.




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Lire aussi : Congrès d’EELV : se relever, ou continuer à sombrer

Source : Barnabé Binctin pour Reporterre

Photos : © Eric Coquelin/Reporterre

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