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Reportage — Agriculture

EN PHOTOS - Ils et elles ont choisi de reprendre la ferme familiale

Avec la professionnalisation et l’industrialisation, l’agriculture a perdu son caractère massif et héréditaire. Cette tradition n’a pas pour autant disparu, et des personnes continuent à prendre la relève de leurs parents, à faire vivre la ferme familiale.

Dans le nord de la France, on trouve encore de nombreuses fermes aux briques rouges qui parsèment la campagne. Historiquement au cœur de la vie agricole, la plupart de celles-ci sont maintenant reconverties en de simples habitations. Il y avait 1,1 million d’exploitations en 1988, elles n’étaient plus que 448.500 en 2018. La France a perdu en trente ans plus de la moitié de ses exploitants agricoles. Ce temps où l’on devenait agriculteur de père en fils semble loin.

Pourtant, certaines ou certains ont choisi de perpétuer la tradition familiale. Je suis partie à la rencontre de celles et ceux qui ont accepté de m’ouvrir leurs portes. J’essaye de comprendre qui sont ces agriculteurs et agricultrices d’aujourd’hui et les défis auxquels ils sont confrontés.


Marcel et sa famille

Marcel, agriculteur, entre dans la grange de sa ferme à Illies.

Agriculteur à la retraite, Marcel ne s’inquiète pas de l’avenir de sa ferme. Son aîné Jean-François a déjà repris une partie de l’exploitation. Son autre fils, Pierre, est employé dans une autre ferme de la région et continue d’aider son frère et son père.

La réparation de la ramasseuse-presse.

Le fils de Marcel, Pierre (à gauche), sa copine, Amandine, son frère Jean-François (allongé sur le sol) et un agriculteur tentent de réparer la ramasseuse-presse. Le temps est idéal pour lier les bottes de foin. Comme Pierre n’arrivait pas à réparer seul la machine, il a appelé son frère qui est arrivé quelques minutes plus tard. Puis, un autre agriculteur, ami de la famille, a prêté main forte. Cette scène apparaît comme un exemple de la solidarité entre agriculteurs.


Anne et Benoît

Anne et son mari, agriculteurs, dans le hangar de leur ferme.

Anne fait partie des rares cheffes d’exploitation de la région (un quart des chefs d’exploitation est une femme dans les Hauts de France, selon l’Agreste). Originaire de Loire-Atlantique, rien ne la prédisposait à diriger une ferme dans le nord de la France. Elle a rencontré son mari durant leurs études d’ingénieurs. « J’ai commencé à travailler dans l’industrie du plastique en 1991 et mon mari dans la métallurgie », dit-elle. Michel et Marie-Paule, les parents de Benoît, faisaient alors vivre la ferme du Quesnoy. Quand ils ont atteint l’âge de la retraite, en 2002, la question de la reprise s’est posée. Anne : « Mon beau-père Michel a émis l’idée que je puisse reprendre la ferme. Le plan était que je reprenne et que Benoît, mon mari, me rejoigne par la suite. »

Rapide et énergique, Anne récolte le lin arraché à la mi-juillet et que le vent a depuis disséminé.

À la ferme du Quesnoy, à Bucquoy, l’agriculture est une affaire de famille. Mais c’est aussi l’histoire d’une femme, Anne, qui a repris les rênes de la ferme de 140 ha en polyculture.


Marie-Bernadette et Bertrand

Marie-Bernadette, avec son fils, Bertrand, agriculteur.

La mort brutale de son mari en 1995 l’a poussée à prendre la charge de la ferme tout en élevant seule ses trois fils dont le plus jeune avait quatorze ans. « À l’époque, le travail des agriculteurs n’était pas très reconnu, ni même celui des femmes. D’ailleurs, après la mort de mon mari, je n’ai pas eu droit à une retraite décente. J’ai dû reprendre pendant dix ans la ferme. Heureusement, j’ai eu de la chance d’être aidée par des voisins agriculteurs », explique t-elle avec un regard déterminé. Elle a alors décidé de mettre en place un atelier de fleurs séchées et d’exploiter les 32 ha.

Bertrand est en train de cuire le moût dans des anciens tanks à lait. C’est une étape nécessaire à la fabrication de la bière.

En 1995, Bertrand a arrêté ses études d’ingénieur pour entamer une formation en animation sociale et socioculturelle. La décision de reprendre l’exploitation est venue au même moment. Son mémoire de fin d’études a concrétisé son projet : reprendre la ferme de ses parents pour la transformer en ferme d’insertion. « Je ne voulais pas lâcher les bâtiments dans lesquels j’avais passé mon enfance », confie-t-il.


Jean-Noël et Guillaume

Jean-Noël vérifie que le silo à grains des cochons ne soit pas vide. Il fait ce métier depuis l’âge de seize ans.

Alors que Jean-Noël se prépare à partir à la retraite en février 2021, son fils Guillaume finalise les démarches administratives afin de reprendre l’exploitation familiale au côté de sa maman. Aujourd’hui livreur de bières, Guillaume s’apprête à reprendre la ferme, qui compte un élevage de cochons et quarante hectares de blé, de betteraves, de maïs, de pommes de terre et de colza.

Portrait de Guillaume, âgé de vingt-six ans.

Il fait partie des Jeunes Agriculteurs des Flandres. « C’est l’occasion de rencontrer d’autres agriculteurs des environs et d’organiser des évènements afin de faire découvrir le monde agricole », explique-t-il.


Jaqueline, Gérard et Aymeric

Gérard et Jacqueline dans leur cuisine.

L’hiver, le grand poêle à bois derrière eux réchauffe la maison. Gérard apprécie de lire le journal au coin du feu. Le grand-père d’Aymeric, Gérard, unique garçon de la fratrie, témoigne : « À l’époque, une ferme se transmettait de père en fils. Mon papa voulait être notaire mais il a repris l’exploitation familiale. » Suite à leur mariage en 1962, Jacqueline et Gérard se sont installés comme agriculteurs. Jacqueline : « Avant, on suivait un peu la voie qui était tracée. »

Aymeric au milieu de la pâture.

Derrière lui, on aperçoit son troupeau. Cela fait maintenant un an qu’il a repris l’élevage de vaches Charolaises-Salers. Dans la vallée de la Créquoise, Aymeric Hubo a troqué son bureau pour l’ancienne bergerie de son grand-père, Gérard Alisse. Il y a lancé sa bière, nommée Bois de la chapelle.

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