Eau contaminée : les usagers paient, les pollueurs passent entre les gouttes
Une unité de traitement de l'eau en région parisienne (illustration). - © Emmanuel Dunand / AFP
Une unité de traitement de l'eau en région parisienne (illustration). - © Emmanuel Dunand / AFP
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L’UFC-Que choisir dénonce à travers une grande campagne nationale le coût de la dépollution des pesticides pour les particuliers. L’association réclame une mise à contribution des pollueurs et la protection des zones de captage.
C’est la goutte de trop. Les factures d’eau ont augmenté en moyenne de 16 % en deux ans et demi, selon les chiffres de l’Insee. Une hausse liée au coût de la dépollution, et qui n’en est qu’à ses débuts, alerte l’UFC-Que choisir. La plus grande association de consommateurs de France lance ce 18 novembre une campagne nationale. « Les consommateurs paient, les pollueurs s’en lavent les mains » ; « La pollution, c’est eux, mais le coût de la dépollution c’est pour nous »… En quelques mots, les tracts de l’UFC-Que choisir pointent l’injustice dont sont victimes les usagers.
L’association compte sensibiliser les consommateurs à travers une pétition sous forme de fausses factures. Quelque 80 de ses antennes locales mèneront également des actions partout en France. « Début 2026, nous rendrons toutes ces fausses factures aux décideurs politiques afin qu’ils agissent pour faire payer les véritables pollueurs que sont les industriels et le secteur agricole », explique-t-elle.
Le coût de la dépollution de l’eau du robinet est évalué à plus de 1 milliard d’euros par an. « Et encore, il s’agit là d’une fourchette très basse, d’une évaluation réalisée il y a une dizaine d’années. Ça va certainement exploser dans les prochaines années », avertit Olivier Andrault, chargé de mission alimentation et agriculture à l’UFC-Que choisir.
Cette somme est supportée quasi en intégralité par les particuliers alors que « 75 % des nitrates et 70 % des pesticides proviennent du secteur agricole », souligne l’association. Les agriculteurs sont bien soumis à une redevance pour pollutions diffuses (RPD), perçue sur les ventes de pesticides, mais elle rapporte très peu, de l’ordre de 188 millions d’euros, en 2023. « Pour les agriculteurs, cette taxe ne constitue pas une réelle incitation à limiter l’utilisation des pesticides », juge-t-elle.
15 % des réseaux non conformes
Les contaminations ne cessent d’augmenter. Après étude de plus de 30 millions de résultats d’analyses officielles destinées aux Agences régionales de la santé (ARS), l’UFC-Que choisir constate que 15 % des réseaux sont non conformes à l’ensemble des critères règlementaires, soit 10 % de plus que lors de sa précédente enquête de 2021. « Cette dégradation est essentiellement due à la détection de nouveaux métabolites de pesticides par les ARS depuis 2023 », explique-t-elle.
En cause : quatre substances désormais recherchées lors de chaque contrôle des eaux distribuées (deux métabolites du chloridazone, chlorothalonil r417888 et oxa alachlore). « Ces quatre métabolites […] étaient très certainement présents depuis longtemps dans les eaux distribuées, sans que leur présence soit connue, en l’absence d’analyse pour les identifier. »
Autrement dit, plus on cherche de pesticides, plus en on trouve. Le même scénario va se poser dès janvier 2026 avec la vingtaine de Pfas dont la surveillance deviendra à son tour systématique.
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Deux autres enseignements émergent cette nouvelle étude : d’une part, les départements les plus touchés par cette pollution aux pesticides sont ceux de l’Aisne (78 % de ses réseaux dépassent la norme), la Somme et la Marne (avec plus de la moitié de leurs réseaux non conformes), l’Oise (plus des deux tiers), le Nord et le Pas-de-Calais. Sans surprise, ils correspondent aux zones de cultures intensives.
Des villes comme Reims, Beauvais, Caen, La Rochelle et Calais sont désormais touchées alors que dans les précédentes enquêtes, les dépassements ne concernaient que de petites communes rurales.
Pour autant, ce n’est pas parce que la limite de qualité est dépassée et que l’eau est jugée « non conforme » que cette dernière ne peut pas être bue, précise l’UFC-Que choisir. Il y a restriction de l’usage de l’eau uniquement si la valeur sanitaire, beaucoup plus élevée, est dépassée.
Face à ces pollutions en hausse, les collectivités, qui gèrent les réseaux d’eaux, sont contraintes d’investir toujours plus dans de nouvelles installations capables de traiter les molécules issues des pesticides. Les techniques classiques au charbon actif atteignent leurs limites face à ces nouveaux contaminants.
« Quant aux technologies membranaires, elles sont efficaces, mais beaucoup plus chères : jusqu’à quatre fois plus cher pour des petites collectivités », note l’étude qui prend l’exemple du Syndicat des Eaux de Vienne, où la facture du consommateur pourrait augmenter de 74 % selon les projections d’investissement élaborées.
« Notre première demande est de mettre en place une protection des zones de captage avec des mesures d’application obligatoire, dit Olivier Andrault. Car si le principe de cette protection a été posé dès les années 1960 dans la loi, on bute toujours sur la même chose : ce sont des mesures d’application volontaire. Et on sait très bien que lorsque les mesures ne sont pas obligatoires, elles ne sont pas appliquées. »
« Il faut que le monde agricole et, demain, le monde industriel, au regard des Pfas, soient redevables de leurs pollutions »
L’UFC-Que choisir réclame un « véritable courage politique » et explique être favorable à des mesures de compensation financière pour les agriculteurs, qui coûtent au final moins cher aux collectivités que l’investissement dans des technologies de dépollution.
Mais dans le cadre du groupe de travail sur la protection des captages mis sur pied par le ministère de l’Environnement, l’association déplore la position de la FNSEA et de la Coordination rurale qui rejettent toute mesure obligatoire.
« On ne peut pas continuer comme ça ! assène Olivier Andrault. Qui est-ce qui va payer la note ? Ça ne peut pas être encore et toujours le consommateur. Il faut que le monde agricole et, demain, le monde industriel, au regard des Pfas, soient redevables de leurs pollutions. »
Enfin, l’association réclame « un véritable principe pollueur payeur » avec la hausse de la redevance sur les pollutions diffuses, afin d’aider les petites communes qui n’ont pas le budget pour financer une filtration membranaire.