Ecologie populaire ou écologie libérale : le moment est venu de choisir

16 septembre 2015 / Noël Mamère



Le départ de François de Rugy et de Jean-Vincent Placé est, pour Noël Mamère, le signe que la clarification politique commence au sein d’Europe Ecologie Les Verts. Qui doit continuer en étant plus proche du terrain que des institutions.

Noël Mamère

Noël Mamère est député écologiste


La sortie de quelques élus d’EELV, pro-Hollande, n’est pas un non-événement. Au contraire, il met en lumière ce que nous ne cessons de dire depuis des années. Deux écologies sont maintenant en confrontation directe : celle d’en bas et celle d’en haut, l’écologie de la transformation et l’écologie de l’accompagnement, l’écologie populaire et l’écologie libérale. Ce n’est pas seulement une affaire d’appartenance partidaire, mais deux visions de la société, de l’avenir, qui s’affrontent.

Longtemps cachées par un faux consensus autour de quelques mots-valises ou de thèmes généraux, comme le développement durable, l’économie verte ou circulaire, les limites de la croissance, ces divergences sont révélées au grand jour dans une période où chacun sent bien qu’un cycle politique est en train de prendre fin. La gauche traditionnelle implose ; l’extrême droite prend le pas sur la droite et impose son agenda politique ; le chaos géopolitique s’installe durablement ; la crise écologique engendrée par l’Anthropocène met en danger l’humanité elle-même.

Dans le même temps, nous avons l’impression de revoir un vieux film, celui de la création de Génération Ecologie, il y a plus de vingt ans, mis en scène et construit de toutes pièces par François Mitterrand et le Parti socialiste, pour les mêmes raisons : préempter l’espace de l’écologie politique au seul profit du PS. Face à ce scénario bien ficelé, où les destins individuels de quelques sous-ministrables rejoignent l’intérêt bien compris du Président, deux postures se dessinent : l’immobilisme, sous le vocable éculé de l’autonomie des écologistes, ou le choix conscient d’une écologie politique au centre d’une force politique nouvelle, la démocratie radicale. Cette écologie-là n’est pas effrayée pas des alliances contractuelles avec le Front de gauche, même morcelé, mais cherche surtout à nouer des liens solides avec des composantes du mouvement social et citoyen « réel », celui qui se bat sur le terrain contre les grands projets inutiles, le nucléaire et la destruction programmée de la biodiversité.

Le grand projet d’une Coopérative politique, ouverte à toutes les expérimentations, porté en 2010 par Dany Cohn-Bendit, a échoué, victime du verrouillage par un appareil politique qui m’avait fait quitter EELV en 2013. Cet échec, après celui du NPA et du Front de gauche, montre qu’en France, la séparation étanche entre le mouvement social et les partis politiques, acté par la Charte d’Amiens de la CGT au début du XXe siècle, est un des nœuds du problème.

La mouvance écologiste s’est constituée à partir de la rencontre entre des composantes du mouvement de mai 68 et un mouvement environnementaliste. Mais elle a progressivement abandonné ce terrain au mouvement associatif pour devenir un parti, uniquement électoraliste, tourné vers la reproduction de ses élus. Ce faisant, le parti a abandonné les fonctions qui auraient dû être les siennes : la contestation, l’élaboration de contre-projets, la formation, l’éducation populaire à l’écologie et à l’environnement, l’élaboration théorique et programmatique. Le logiciel d’EELV date des années 70 et n’est pas adapté à la mutation de la société et de l’économie ; il repose sur une base sociale limitée, celle des centre-villes des grandes métropoles et sur un noyau inamovible d’élus et de collaborateurs d’élus. La grande majorité des militants de l’écologie politique se trouve désormais hors de ce parti, soit non encartée, soit dispersés dans une myriade de formations allant des objecteurs de croissance à Ensemble ou au Parti de gauche.

Il faut refonder l’écologie politique. Les Rencontres de Reporterre comme la dynamique d’Alternatiba ou des ZAD, ont montré que l’écologie d’en bas était prête à cette refondation. La crise d’EELV peut être le signal d’un rebond positif. Pour ma part, je suis prêt à m’engager dans cette direction pour une seule et bonne raison : l’écologie politique est et reste toujours porteuse de l’espérance du XXIe siècle.




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Lire aussi : Les Verts ne savent pas où ils vont parce qu’ils ne savent pas où ils sont

Source : Noël Mamère pour Reporterre

• Dans les chroniques, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
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