Édito des lecteurs : spécial Notre-Dame-des-Landes

21 avril 2018 / Les lectrices et lecteurs de Reporterre

Vous avez été (très) nombreux à réagir à nos articles sur l’intervention militaire contre la Zad de Notre-Dame-des-Landes. Voici une sélection de vos courriers.

Si vous souhaitez participer au courrier des lecteurs, n’hésitez pas à nous envoyer un courriel à planete (arobase) reporterre.net, en spécifiant [courrier des lecteurs] dans l’objet. À bientôt !


Les mensonges sanglants de M. Macron

Guillaume a apprécié l’éditorial d’Hervé Kempf sur les propos qu’Emmanuel Macron, a tenus dimanche 15 avril, lors de son interview sur Médiapart et BFM. Mais il ajoute quelques remarques sur une des phrases prononcées également par le président de la République : « Les règles de santé publique, c’est pas les leurs. »

On attend encore l’envoi des 2.500 militaires (...) contre :

  • les agro-industriels utilisant massivement les pesticides ;
  • les abattoirs qui ne respectent même pas les quelques pauvres lois ou normes les concernant ;
  • les grandes distributions qui régulièrement vendent des produits périmés ;
  • les industries agroalimentaires impliquées dans les derniers scandales alimentaires (…) ;

Et quelle meilleure défense de la santé publique que de faire usage de gaz toxiques et autres bombes assourdissantes, incapacitantes, etc. »


« Monsieur le Président, je vous fais une lettre… »

Un de nos lecteurs, qui signe (K)assandre, nous transmet une lettre à M. Macron.

Monsieur le Président, je vous fais une lettre...

Une lettre pour vous demander de laisser les zadistes,
Hommes et femmes du futur continuer leur travail.
Monsieur le Président, que d’horreurs perpétrées
De destructions avancées, par vos forces mandatées
Point de sens n’a cette guerre que vous menez

Plus d’avions, certes, mais des chars de guerre
Animaux, humains, cabanes blessé-es, tué-es
Que ne laissez-vous s’exprimer la vérité
Celle du peuple qui n’en peut plus des marchés
Finances, destruction, morts que de rimes maudites

Monsieur le Président, je n’ai d’autre arme que ma parole,
Mon corps meurtri par cette vision d’apocalypse
S’en va sécher, se nourrir d’amour, d’air et d’eau fraîche
Venez braves gens, suivez notre route, celle de l’avenir
Vos enfants, de l’horreur, protégez vous devez

Jeûnons en nombre, refusons cette terre qui nous tue
Nos Dames des Landes pleurent leur futur
Tous ces Camilles, tous ses enfants, perdus
Terres, futur, Humanité qu’allez vous devenir
L’espoir effacé d’un trait de char d’assaut

Emmanuel, nul Dieu avec toi,
Philippe, les chevaux ne t’aiment plus
Gérard, nulle lance pour ta faiblesse
Quelles lois sont donc les Vôtres
Que sourds, aveugles et inconscients vous soyez devenus »


« Merci pour les reportages quotidiens et détaillés… »

Jean-Luc Stagnol , lui, nous soutient, et ça fait du bien.

Merci pour les reportages quotidiens et détaillés que vous faites sur la violence d’État commise à NDDL. (…) Je suis fonctionnaire en région parisienne, j’enrage de ne pas pouvoir aller soutenir ceux qui luttent mais je suis sûr que la qualité de vos reportages encouragera d’autres citoyens à se mêler à la lutte. Merci, Hervé Kempf pour votre article du 9 avril sur la ZAD et la guerre civile mondiale. L’analyse est pertinente, globale et j’ai fait suivre l’article en pdf autour de moi pour convaincre et pourquoi pas vous soutenir financièrement. »


« Nous sommes marqués par la violence qui a déferlé sur nous… »

« Des amis et citoyens de Nantes » , au retour de la manifestation de soutien à la Zad du dimanche 15 avril, ont tenu à nous transmettre leur témoignage.

Nous sommes marqués par la violence qui a déferlé sur nous. Nous étions des milliers de personnes en train de marcher calmement [dans les rues de Nantes, samedi 14 avril] représentant différents soutiens et mouvances pour le maintien de la Zad et ses projets d’avenir contre les expulsions et la violence qu’elle a subis cette semaine et contre les expulsions également à la fac.

Le cortège a été bloqué rapidement, pris en étau au bout de quelques minutes. Nous avons été aspergés de gaz lacrymo lancé sans discernement tant sur nous, les manifestants, que sur les piétons (famille, personnes âgées) qui se promenaient, suscitant la panique et de possibles accidents prenant en otage tout le monde.

Coincés en différents lieux du centre-ville, jets de lacrymos et canons à eau, nous, cortège et passants, avons bel et bien été agressés.

Empêchant toute manifestation et violant le droit de manifester, cette démonstration de force aveugle rend visible un maintien de l’ordre, qui charge, qui provoque par la violence et qui a mis main- basse sur la ville, main-basse sur l’espace public, pour nous expulser/disperser le plus vite possible.
(…)

La Zad nous irrigue en projets inventifs et l’État nous impose ici comme là bas un climat de guerre, loin de toutes nos aspirations.

INADMISSIBLE ! »


Sur la question foncière : « Je crois qu’il y a confusion des genres dans la tête du président de la République »

M. Babey , qui se définit comme « historien de l’architecture et ancien zadiste », réagit aux propos d’Emmanuel Macron dimanche 15 avril au soir.

Je suis bien choqué de voir le président de la République, qui n’a que le « droit » à la bouche, parler de « domaine public » concernant les terres de l’ex-projet d’aéroport du Grand Ouest à NDDL. Je crois qu’il y a confusion des genres dans sa tête. Une collectivité publique peut posséder des bâtiments, des terres, des forêts, et les louer, les vendre ou les exploiter, mais il ne s’agit là nullement du domaine public. Le domaine public, ce sont les mairies, les églises, les voiries communales. Le domaine public est inaliénable, il ne peut également être concédé gratuitement à un usage privé (exemple, les terrasses de café sur les trottoirs). Tout le reste, que l’État acquiert, reçoit en legs, etc. c’est le domaine privé d’une commune, d’un département, il est géré par le maire, ou l’exécutif de la collectivité concernée. (…) Les occupations se déroulent donc sur des terrains privés, acquis par une structure publique.

Autre complication : les paysans qui possédaient précédemment ces terres sont en majorité partis au moment de l’expropriation faisant suite à la DUP [déclaration d’utilité publique] (...). On les a correctement indemnisés pour aller s’installer ailleurs, ce qu’ils ont fait. (...) Mais l’expropriation comportait une clause de restitution si, au bout d’un délai de quinze ans (de mémoire), l’aéroport n’était pas fait, date qui est arrivée récemment à échéance. Les paysans expropriés ont donc pris des avocats et réclamé la restitution de leurs terres… (...)
Macron a donc tort de se lancer sur la question foncière de NDDL avec des affirmations tranchées. Les occupants zadistes me paraissent, au milieu de ce flou, dans une légitimité évidente, et surtout les seuls qui ont un projet clair et respectueux des fonctions écologiques de cette tête de bassin. »


« Étrange ambiance guerrière qui se mêle à la bonhomie chaleureuse ambiante »

Jean Paul nous a raconté son dimanche 15 avril sur la Zad, lors de la journée de soutien. En voici un extrait.

Les rencontres se font dans une spontanéité superbe. J’ai rencontré un Belge solide arborant son beau casque de motard en cuir, un grand costaud avec capuche noire qui ne quitte pas ses lunettes protectrices et son masque à gaz high-tech, d’où crachote une voix nasillarde, je devine un accent du sud, drôle ambiance guerre des Étoiles… Il est de Marseille et m’explique pourquoi ces filets (en vente en magasin jardinage) sont tendus entre les arbres de la forêt pour freiner la course des flics. Et, malin, me dit qu’il faut aussi ne pas se faire piéger soi-même en cas de retraite. Un jeune Basque m’aide à ne pas glisser sur des tôles, au-dessus du fossé boueux, il a rejoint la Zad depuis 8 jours. Une jeune femme parle vivement en espagnol dans son portable, deux anciens sont venus de Corrèze et me racontent comment les plantations de sapins Douglas ont défiguré le pays et que les coupes à blanc dans les pentes sont une calamité pour les sols. (…) Dans chaque prairie, ils sont là, étranges corps noirs avec écailles, plantés dans ce sol spongieux, on dirait des rizières du Vietnam occupées par les Marines et derrière sur le chemin une horde sombre dans un fouillis de cliquetis se regroupe et avance parallèlement à nous, suivie des cars bleus. La traque se prépare. Étrange ambiance guerrière qui se mêle à la bonhomie chaleureuse ambiante. »


« Les dépenses engagées dans cette idiotie compenseraient… »

Isidore Benoît , lui, a une proposition simple pour le gouvernement afin de résoudre le conflit.

Ce qui est absurde, c’est que connaissant le prix d’une grenade lacrymo (120 euros, ce me semble), comparé au prix de la location de la terre agricole (environ 180 euros l’année [l’hectare, nous supposons]) cette action est absolument ridicule. Car si les 800 ha de l’État étaient loués au tarif habituel, à raison de deux hectares par personne, cela donnerait autant de jardin, basses-cours, porcherie, etc., et alimenterait Nantes en bons produits bio. Il y aurait 400 joyeux, obligés de procéder, collectivement à des rotations de cultures, une organisation horizontale, etc.

Les dépenses, donc, engagées dans cette idiotie compenseraient, en les payant, les nouveaux installés, pendant cinq ans, de quoi se retourner, en somme ! Et en paix. »


« Je trouve cela effrayant le peu de réactions que suscite la situation à NDDL »

Valentin , lui a tenté de sensibiliser ses proches à l’actualité.

Je trouve cela effrayant le peu de réactions que suscite la situation à NDDL dans mon entourage et dans la population en général. Pour preuve, pas un mot dans les titres du 20 h de France 2 le mardi 10 avril, soit seulement le 2e jour d’opération militaire…

Cette situation ne provoque pour la plupart des personnes autour de moi qu’une réaction d’indifférence voire de condamnation de l’action illégale de ces « terribles zadistes » qui occupent illégalement la propriété privée de l’État... Et ce, même parmi des personnes sensibilisées aux questions environnementales et sociales.

Je n’ai malheureusement pas pu me rendre sur la Zad mais je soutiens de tout cœur les initiatives et la résistance face à cet état autoritariste qui ne propose aucun projet, si ce n’est celui de restituer « l’État de droit ». Merci à toute l’équipe et à Hervé Kempf de nous informer de manière transparente sur cette situation. »


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Lire aussi : Zad de Notre-Dame-des-Landes : 15 jours de résistance à l’intervention militaire

Source : Courriels à Reporterre

Dessin : © Red !/Reporterre

- Dans le courrier des lecteurs, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction.

Photos :
. manifestation du dimanche 15 avril : © Jean Paul Mathelier

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