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En 2018 auront lieu trois grandes rencontres internationales de la décroissance

13 janvier 2018 / Vincent Liegey

Né en l’an 2000, le mouvement pour la décroissance s’est internationalisé surtout à partir de 2008, année de sa première conférence internationale. Pour célébrer les dix ans de ces conférences, le mouvement pour la décroissance a préparé trois grandes rencontres, à Malmö, Mexico et Bruxelles.

Vincent Liegey est membre du collectif d’organisation des conférences internationales de la décroissance.

Vincent Liegey.

Le mouvement de la décroissance, en tant que pensée multidimensionnelle s’articulant autour d’un slogan provocateur, est né au début des années 2000 en France. La décroissance a très vite été traduite dans les langues latines : decrescita et decrecimiento respectivement en italien et espagnol. C’est seulement à la fin des années 2000 qu’elle apparut en anglais, sous le terme degrowth, en particulier à l’occasion de la première conférence internationale qui se tint à Paris en 2008.

Cette première conférence a eu un impact fort dans le monde académique avec les premières publications dans des journaux universitaires internationaux. Cette thématique a interpellé aussi bien par sa radicalité, sa multidimensionnalité que par sa fraîcheur. Deux ans plus tard, une seconde conférence était organisée à Barcelone autour du groupe de chercheurs Research and Degrowth. Ce fut le lancement d’une belle aventure collective, qui s’est accompagnée de rencontres et de débats riches. Ont suivi Venise et Montréal (première conférence aux Amériques) en 2012, puis Leipzig en 2014 et enfin, Budapest en 2016.

Ces rencontres s’appuient sur la forte dynamique de recherche autour de la décroissance. Elles invitent à mieux questionner le monde universitaire et à s’imprégner des réalités de terrain, rencontrer des militants, de la société civile mais aussi de tout public. Chacune de ces manifestations a réuni quelques centaines de personnes avec un pic à 3.500 participant-e-s à Leipzig, en 2014. D’une édition à l’autre, elles ont pris des formes différentes en s’inscrivant dans le contexte local. L’organisation en elle-même permet de mettre en pratique les principes de la décroissance : autonomie économique (elles sont autofinancées), autogestion, communication non violente et inclusion, vie culturelle et circuits courts, transparence et démocratie directe, ouverture et dialogue, radicalité et convergences.

En 2018, trois grandes rencontres complémentaires 

Dans une logique de réappropriation du sens des limites, la conférence de Budapest a décidé de limiter le nombre de participant-e-s. En effet, la qualité des rencontres, des échanges, et surtout l’ancrage local doivent être en cohérence avec les idées de la décroissance : mesure et équilibre. Ces rencontres ont aussi pour but d’ouvrir et de promouvoir les idées et solutions proposées par le mouvement pour peser sur les débats intellectuels, politiques et citoyens. Avec créativité et pour ouvrir les murs de l’université, l’équipe de Budapest a, d’une part, décidé d’organiser un large festival public, ouvert et gratuit, en partenariat avec une dizaine de lieux culturels, alternatifs. Cette semaine de la décroissance a rencontré un très large succès public avec la participation de près de 1.000 personnes. Elle a aussi poussé les décroissant-e-s à sortir de leurs coquilles et à aller à la rencontre des citoyen-ne-s budapestois-e-s. De plus, dans un contexte politique difficile, à travers une stratégie de communication d’ouverture, non clivante et axée sur le questionnement politique et les solutions, ces rencontres ont bénéficié d’une large couverture médiatique.

Lors de la 5e Conférence internationale de la décroissance, été 2016, Budapest (Hongrie).

Enfin, en parallèle, pour ne frustrer personne, un appel à relocaliser la conférence a été lancé autour d’une plateforme open source, afin de mettre Budapest en relation avec les dizaines d’événements organisés à travers le monde.

Pour le dixième anniversaire de la première conférence internationale de la décroissance, et dans la continuité des précédentes éditions, nous proposons en 2018 trois grandes rencontres, complémentaires les unes des autres.

La 6e Conférence internationale de la décroissance aura lieu à Malmö, en Suède, en août, sous la forme d’une conférence universitaire et citoyenne. La Scandinavie étant souvent mise en avant comme modèle de référence du social-libéralisme, il nous semble intéressant d’y poser un regard critique et nourrir une analyse en profondeur. La décroissance est avant tout un « empêcheur de penser en rond » et donc une protection contre de fausses bonnes solutions. En parallèle du programme académique, des appels à contributions sont aussi lancés pour mettre en avant des projets artistiques, militants et des expérimentations. Avec comme thématique centrale « dialogue en période de troubles », Malmö, ville la plus cosmopolite de Scandinavie, ouverte sur la mer Baltique, est un lieu idéal pour aussi aborder des sujets complexes comme l’accueil des réfugiés ou le multiculturalisme.

Une rencontre au cœur du cœur du système croissanciste 

Début septembre, une grande rencontre sera organisée à Mexico City (Mexique) autour d’un thème cher aux décroissant-e-s : le dialogue Nord-Sud. Décolonisation de l’imaginaire, critiques du développement, cultures indigènes et anti-extractivismes, ces enjeux ont d’autant plus de sens lorsqu’ils sont portés par nos compagnons de route du Sud, du buen vivir... Décroître au Nord pour permettre au Sud de se réapproprier ses choix de vie.

Enfin, la décroissance ayant toujours eu le souhait de peser sur les débats politiques, une rencontre au cœur du cœur du système croissanciste est prévue : au Parlement européen de Bruxelles. Le but, sans tabou ni naïveté, sera de pousser les débats dans l’antre du big business, en réunissant un large panel d’actrices et d’acteurs. Cet événement réunira des représentants de tous les groupes parlementaires (sauf l’extrême droite), des syndicalistes, des technocrates, des membres de la Commission européenne, de lobbies, mais aussi d’alternatives concrètes, la société civile et des universitaires.

Lors de la 5e Conférence internationale de la décroissance, été 2016, Budapest (Hongrie).

Autour de thématiques précises, il s’agira d’identifier les enjeux de la fin de la croissance et ce qu’il est possible de faire ou pas dans le cadre de nos institutions : inégalité, revenu de base, chômage, dette, multinationales et écoblanchiment, etc.

La décroissance, par sa radicalité couplée à une culture du dialogue ouvert mais sans concession, joue le rôle d’une pensée parapluie qui participe à créer des liens, des ponts et des convergences entre différentes disciplines, approches, stratégies, réalités ou imaginaires qui souvent s’enferment dans une lecture réduite des enjeux du XXIe siècle. Les crises auxquelles nous faisons face sont interdépendantes et s’ancrent dans l’imaginaire développementiste, capitaliste et productiviste. Ainsi, ces rencontres essaient d’offrir un espace de dialogue afin de créer du lien et de faire sens, afin de prendre les problèmes à la racine et de construire des solutions cohérentes, à la hauteur des défis : ouverture et dialogue pour construire des convergences, dans le respect de la diversité mais en cultivant les complémentarités.



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Lire aussi : « La décroissance permet de s’affranchir de l’impérialisme économique »

Source : Courriel à Reporterre

Photos :
. chapô : Lors de la 4e Conférence internationale de la décroissance, à Leipzig (Allemagne), été 2014. Wikimedia (Eva Mahnke/CC BY-SA 3.0 DE)
. portrait : DR
. Budapest : © Erika Pereszlénnyi

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