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Grands Projets inutiles

En Belgique, la Zad d’Arlon expulsée, les soutiens s’organisent

Lundi 15 mars à 5 heures du matin, la police belge a expulsé la Zad d’Arlon après dix-huit mois d’occupation. Dix personnes ont été emmenées au commissariat et détenues plusieurs heures. L’une d’entre elles est toujours en détention. L’intervention avait été préparée dans le plus grand secret.

Depuis le 15 mars, la « Zablière » n’est plus. Ce matin-là à 5 heures, environ 150 policiers accompagnés de forces spéciales, selon des témoins, sont intervenus simultanément sur les différents lieux de vie de la zone pour évacuer les habitants. Les dix personnes présentes sur la Zad ont été conduites au commissariat dans le cadre d’arrestations administratives. Depuis lundi, le site est fermé au public et la zone a été clôturée. Les cabanes sont actuellement détruites, et l’occupation des lieux est, de fait, rendue impossible.

L’ex-carrière du village de Schoppach était occupée par des zadistes depuis octobre 2019. Ces derniers, soutenus par des riverains, s’opposaient à la construction d’une zone industrielle et commerciale sur un site classé Zone de grand intérêt biologique accueillant plusieurs espèces protégées.

Le bourgmestre d’Arlon, Vincent Magnus, s’est dit soulagé qu’aucun blessé ne soit à déplorer. Pourtant, des voix s’élèvent pour dénoncer des méthodes « traumatisantes » utilisées contre des militants écologistes. « Mon camarade et moi avons été tirés du lit par trois policiers armés, en habits de camouflage, témoigne un zadiste. Ils nous ont allongés par terre et nous ont pointé leur fusil d’assaut derrière la nuque. On ne pouvait rien faire. L’une de nos camarades a été tirée par les cheveux par la police. »

Plusieurs personnes rapportent également avoir été tirées du lit avec une arme sur la tempe. Selon nos informations, l’un des zadistes a été contraint d’effectuer nu plusieurs heures de détention. À l’issue des douze heures réglementaires, des militants ont été relâchés sans portable ni affaires personnelles à plusieurs dizaines de kilomètres du lieu d’arrestation. Un zadiste serait toujours détenu, dans le cadre d’une enquête judiciaire pour une manifestation organisée sur l’autoroute E411 il y a plusieurs semaines.

« Je n’avais jamais vu un tel déploiement policier »

L’arrêté du bourgmestre décidant de l’évacuation invoque cette manifestation et les troubles à l’ordre public qu’elle aurait causés. « Des jets de pneus et des bouts de bois cloutés ont été jetés sur l’autoroute, j’ai donc pris cet arrêté pour anticiper un accident dramatique. L’arrêté leur a été signifié mais je n’étais pas tenu de donner un délai concernant la date d’expulsion », affirme Vincent Magnus. De son côté, le commissaire divisionnaire de la police d’Arlon, Michaël Collini, a indiqué à la presse que des perquisitions judiciaires étaient menées sur la Zad pour y rechercher d’éventuelles armes.

« De l’enfumage » pour le parti Écolo, qui y voit un prétexte et dénonce « le mépris des populations et le manque d’écoute des jeunes ». Au conseil communal, où personne n’avait été informé de cette opération, on s’interroge sur la légalité de l’arrêté. À l’Observatoire de l’environnement d’Arlon, on redoute que « cette décision péremptoire des autorités ne fasse que radicaliser les positions des citoyens ».

La partie haute de la Zad d’Arlon, avant l’expulsion. © © Pauline Porro/Reporterre

Pour l’ensemble du mouvement, c’est la sidération. « Je n’avais jamais vu un tel déploiement policier, témoigne Anne Vergison, médecin et membre d’Extinction Rebellion d’Arlon. On se serait cru dans un pays en état de siège. » Alors qu’elle se rendait à la manifestation de soutien organisée lundi soir dans le centre-ville d’Arlon, la sympathisante de la Zad a fait l’objet d’une arrestation administrative, avant d’être détenue trois heures au commissariat.

La Zad d’Arlon, l’une des premières du genre en Belgique, avait fédéré un large réseau de sympathisants. En janvier, suite à un appel lancé par les zadistes pour défendre les lieux contre une expulsion imminente, de très nombreux soutiens avaient fait le déplacement jusqu’à la ville belge. En février, le cas de la Zablière avait même été évoqué au Parlement par deux députés fédéraux. Depuis lundi, plusieurs rassemblements de soutien sont organisés en Belgique dans des lieux symboliques également menacés de destruction.

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