Gratuit et sans réservation : ces communes réinventent le covoiturage
Pour rejoindre une fois par semaine son lieu de stage à Pleumeleuc, Alice utilise Covoit'go. - © Quentin Bonadé-Vernault / Reporterre
Pour rejoindre une fois par semaine son lieu de stage à Pleumeleuc, Alice utilise Covoit'go. - © Quentin Bonadé-Vernault / Reporterre
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Rendez-vous à l’arrêt dédié, sélectionnez votre destination qui s’affiche alors sur un panneau lumineux, et attendez qu’un automobiliste sympathique vous cueille. En Bretagne, Covoit’go propose un service entre le stop et le bus.
Montfort-sur-Meu (Ille-et-Vilaine), reportage
Ce n’est ni de l’autostop, ni une ligne de bus, ni du covoiturage classique... En tout cas, c’est gratuit et écologique. Trois communautés de communes — Brocéliande, Montfort et Bretagne Romantique — ont lancé Covoit’go, un mode de déplacement sans abonnement ni horaire.
Dans ces bourgs d’Ille-et-Vilaine peu desservis par les transports en commun, des habitants peuvent ainsi se déplacer grâce à la solidarité des automobilistes : il existe 6 lignes et 14 arrêts sur 10 communes.
La personne souhaitant se déplacer se rend à un arrêt Covoit’go, sélectionne la destination qui s’affiche sur un panneau lumineux, et attend qu’une voiture s’arrête pour la prendre.
1. Montfort-sur-Meu, avec ses plus de 6 700 habitants, ses commerces et ses rues animées, n’a rien d’un territoire enclavé. Pourtant ici, la voiture est reine et occupe tout l’espace urbain.
2. Dans un café du centre, une radio diffuse une ambiance hors du temps. Quelques habitués discutent au comptoir. Ici, le dispositif reste méconnu. « Je pensais qu’il fallait s’inscrire », dit la gérante. « On devrait avoir plus d’informations à disposition. Ne serait-ce que des plaquettes pour les clients, ça pourrait servir », dit-elle en feuilletant le document qu’on lui tend.
3. Alice vient d’arriver à la gare de Montfort-sur-Meu, en provenance de Rennes. Interne en médecine générale, elle enchaîne les déplacements entre différents cabinets. Originaire de Paris, elle a le permis mais pas de voiture. Pour rejoindre une fois par semaine son lieu de stage à Pleumeleuc, elle a dû trouver des alternatives. « C’est ma copine qui a découvert Covoit’go en cherchant sur Google », explique-t-elle.
4. À quelques pas de la gare, elle active le panneau : sa destination s’affiche au-dessus d’elle, orange clignotante. « Ça marche bien, j’attends rarement longtemps. Je n’aurais pas osé faire du stop classique… Là, les trajets sont courts, c’est encadré. » Elle n’est jamais arrivée en retard... « sauf le jour où il a neigé ».
5. Après quelques minutes, une voiture ralentit, va-t-elle nous prendre ? « Bonjour, on va à Pleumeleuc, vous avez de la place pour deux ? » Pas cette fois. La suivante sera la bonne. Une fois installée, la conversation s’engage naturellement pendant les quelques kilomètres de trajet. « C’est un facteur de lien social, j’aime bien discuter », dit Alice. L’expérience lui a même donné envie d’aller plus loin : « Tenter de faire du stop ailleurs, pour partir visiter le centre Bretagne autrement. »
6. À Pleumeleuc, Alice est arrivée à l’heure comme toutes les semaine pour accueillir les patients du cabinet où elle est en stage.
7. Dans le village voisin d’Iffendic, Paul-Yves et Béatrice embarquent volontiers des passagers lorsqu’ils en croisent. « Il n’y en a pas beaucoup, mais quand il y en a, on prend. J’ai fait beaucoup de stop dans ma jeunesse, explique le retraité. Ça ne coûte rien et ça aide ceux qui n’ont pas les moyens. »
8. Ce jour-là, les prix affichés à la pompe sur le chemin grimpent jusqu’à 2,21 euros le litre de gazole. Une répercussion directe de la guerre qui secoue le Moyen-Orient depuis deux mois, et du blocage du détroit d’Ormuz — axe stratégique du transport d’hydrocarbures — qui en a découlé.
9. Un peu plus loin, Jean-Marc et Sylvie s’arrêtent devant un panneau lumineux. Si elle connaît déjà le système, lui le découvre. « On ne fait pas attention si on ne sait pas », admet-il. Puis, intrigué, il ajoute : « J’essaierais bien, pour voir. »
10. Romain, lui, n’a pas attendu. Sur la route du travail, il prend régulièrement des autostoppeurs, avec ou sans panneau. Le dispositif reste encore peu utilisé selon lui mais il est optimiste : « Aux heures de pointe, ça peut vraiment fonctionner. »
11. À Brocéliande Communauté, le réseau existe depuis trois ans. Pour Robin Clavard, chargé de mission mobilités, la pratique est modeste mais réelle : entre 10 et 20 utilisations hebdomadaires sur un petit réseau, contre une cinquantaine sur celui, plus étendu, de Montfort Communauté.
À Saint-Péran, le développement du réseau est envisagé, avec l’objectif de relier Paimpont afin de mieux connecter ce territoire touristique aux lignes de train et de bus.