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Pollutions

En Europe, les ferries émettent autant de CO2 que 6,6 millions de voitures

Un ferry reliant Toulon à la Corse, en 2024.

Très polluants, les ferries émettent chaque année en Europe autant de CO2 que 6,6 millions de voitures. Sept ports de Méditerranée, notamment Marseille, figurent dans le top 10 des plus polluants.

Les ferries émettent chaque année, dans les seuls ports européens, autant de CO2 que 6,6 millions de voitures. Soit 13,4 millions de tonnes de CO2 estimées en 2023. C’est l’un des chiffres phares qui ressort du rapport publié le 3 mars par l’ONG Transport & Environment (T&E).

L’ONG a analysé l’activité de près de 2 000 ferries, ces navires de transport de passagers ou de passagers et marchandises, qui relient de nombreux ports européens, principalement en Méditerranée, en mer Baltique et en mer du Nord.

Le trajet le plus émetteur de CO2 est celui reliant Helsinki, en Finlande, à Travemünde, en Allemagne. Suivi de la liaison Calais-Douvres, entre la France et l’Angleterre. Si l’on comptabilise les émissions au niveau des ports accueillant ces navires, la palme du plus carboné revient à Barcelone, suivi du Pirée, en Grèce. Marseille arrive en sixième position, sept ports méditerranéens étant présents dans le top 10.

7 ports méditerranéens dans le top 10

En plus des émissions de gaz à effet de serre, ces navires sont également responsables d’une forte pollution de l’air, en émettant notamment de l’oxyde de soufre (SOx), de l’oxyde d’azote (NOx) et des particules fines. Dublin était, en 2025, le port dont l’air était le plus pollué par les ferries, selon le rapport, suivi de celui de Las Palmas (Espagne) et de Holyhead (Pays de Galles).

La contribution des ferries à la pollution de l’air se révèle gigantesque dans ces ports, si on la compare à la pollution qu’y génèrent les voitures. À Dublin, la pollution aux SOx due aux ferries est près de 16 fois supérieure à celle générée par les voitures. Au port du Pirée, c’est 29 fois plus. Et à Calais, septième ville européenne où les ferries polluent le plus l’air aux SOx, ces navires sont près de 126 fois plus polluants que les voitures.

Des ferries vieux et lourds

Ces chiffres, désastreux pour le climat comme pour la santé publique, s’expliquent en partie par l’âge de ces navires, estimé à 26 ans en moyenne, selon T&E. Et près d’un quart des ferries battant pavillon européen ont même plus de 30 ans.

Le poids de ces engins est également un facteur décisif. Le rapport a recensé plus de 2,6 millions de voyages annuels effectués par ces ferries, dont seule une petite partie (20 %) a été effectuée avec des navires de très grande taille, supérieurs à 5 000 tonnes. Or, ces mêmes navires sont pourtant responsables de 88 % du total des émissions de gaz à effet de serre du secteur. Les plus grands ferries étant particulièrement présents en Méditerranée, cela explique que l’on y trouve les ports les plus émetteurs de carbone.

L’âge des ferries est de 26 ans en moyenne

Ces pollutions devraient diminuer à l’avenir, sous l’effet de l’évolution de la réglementation, souligne T&E. Les zones de contrôle des émissions, mises en place par l’Organisation maritime internationale, visent à réduire les émissions polluantes des navires dans les zones concernées. D’ici 2027, la pollution pourrait diminuer dans de nombreux ports, dont Dublin, qui devrait perdre son titre de port à l’air le plus pollué sous l’effet du renforcement à venir de cette réglementation dans le nord-est de l’Atlantique.

Mais ces effets réglementaires seront loin de tout régler. Alors qu’une telle réglementation est déjà en place depuis 2025 en Méditerranée, à Barcelone, les ferries émettent toujours 1,8 fois plus d’oxyde d’azote que l’ensemble des voitures de la ville.

L’électrification, le mythe d’une technologie miracle

Pour l’ONG, un levier d’action particulièrement efficace reste sous-exploité : l’électrification. Les ferries font des trajets beaucoup plus courts que la plupart des navires marchands qui écument le globe, et leurs trajets sont réguliers. Tout cela les rend bien plus propices à l’électrification de leur propulsion.

En 2025, 20 % de la flotte de ferries européens aurait ainsi déjà pu être électrifiée, pour un coût moindre que la propulsion aux carburants fossiles, assure T&E. Et d’ici 2035, 52 % de la flotte existante pourrait naviguer grâce à des batteries électriques, dit encore le rapport.

Le principal obstacle au passage à l’échelle de l’électrification concernerait les infrastructures de recharge à installer. Mais 57 % des ports n’auraient besoin que de petits chargeurs, de capacité de 5 MW.

« Les ferries électriques sont déjà moins chers sur de nombreux trajets et davantage vont devenir compétitifs dans les années à venir. Avec un âge moyen des ferries de 26 ans en Europe, c’est le bon moment pour enclencher un renouvellement propre [de la flotte] », dit Felix Klann, auteur principal du rapport.

Pour cela, T&E appelle l’Union européenne à soutenir la transition électrique des ferries par une législation ambitieuse, notamment en étendant aux petits ferries — de 400 à 5 000 tonnes — le système d’échange de quotas d’émissions de carbone ainsi que le règlement relatif à l’utilisation de carburants renouvelables et bas carbone dans le transport maritime.

Aucune réflexion n’est en revanche engagée dans le rapport sur la pertinence de réduire le trafic et de modifier nos modes de vie. Si l’électrification peut avoir sa pertinence et devrait être mobilisée beaucoup plus massivement, il est à craindre que le mythe d’une technologie miracle, qui permette de conserver des usages constants tout en réglant les impasses écologiques, ne se heurte au mur du réel.

Comme Reporterre l’évoquait déjà à propos de l’hydrogène, carburant du mythe de la croissance des transports aériens et maritimes, l’électrification ne sera utile que dans un monde moins énergivore, où nos usages et notre économie auront appris à se soumettre aux limites planétaires.

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