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Énergie

De nouveaux puits de pétrole dans une forêt du bassin d’Arcachon

Une cinquantaine de puits existent déjà à La Teste-de-Buch.

Le forage de huit puits dans la forêt de La Teste-de-Buch a reçu un avis favorable après l’enquête publique. À contre-sens de la loi de 2017, qui devait stopper l’exploitation des hydrocarbures en France d’ici 2040.

« L’incompréhension. » Vital Baude, conseiller régional EELV de Nouvelle-Aquitaine, n’en revient pas de l’avis favorable donné lundi 20 novembre par la commissaire enquêtrice au forage de huit nouveaux puits de pétrole dans la forêt de La Teste-de-Buch, autour du bassin d’Arcachon.

La loi Hulot de 2017 prévoyait pourtant, rappelle l’élu, l’arrêt de la production de pétrole et de gaz en France en 2040. Sans grand succès : au moins dix-huit projets de concessions d’hydrocarbures ont progressé depuis le vote de la loi selon France Info. L’autorisation de forage en Gironde vient s’ajouter à cette liste.

Une zone classée Natura 2000

Le projet est porté par le groupe canadien Vermilion, qui exploite depuis 1997 une cinquantaine de puits sur la commune de la Teste-de-Buch. Grâce à ce nouveau permis, l’entreprise espère accéder à de nouvelles réserves d’hydrocarbures situées entre 2 000 et 3 000 mètres de profondeur. De quoi « compenser le déclin naturel annuel de 15 % des gisements déjà exploités », explique Pantxika Etcheverry, directrice générale de Vermilion REP, la filiale française.

Ces travaux permettraient aussi de « pérenniser les six emplois directs et les quinze en sous-traitance » générés par l’activité des forages de la concession tout en « maintenant, voire en augmentant les redevances des mines [versées] aux collectivités », avance l’entreprise dans une plaquette d’information accessible sur son site internet.

Bacs de stockage de pétrole brut sur le dépôt pétrolier de Cazaux (archives 2018). © VERMILION

Selon cette même plaquette, les travaux auraient peu de conséquences sur l’environnement, puisqu’ils seraient réalisés suivant la technique des « forages déviés » qui « permet de limiter l’empreinte spatiale en surface ». Les forages n’empiéteraient pas davantage sur la forêt usagère de La Teste qui entoure les puits, classée en zone Natura 2000.

Des affirmations reprises par Carole Ancla, la commissaire de l’enquête publique qui a recueilli 102 avis de riverains et d’associations du 28 août au 29 septembre. Elle estime que les impacts des travaux de forage « ne seront que temporaires et de courte durée ».

« C’est un raisonnement douteux »

« Cela reste des installations industrielles », rappelle Jean-Marc Destabeaux, secrétaire adjoint de l’Association de défense des droits d’usage et de la forêt usagère de la Teste-de-Buch (Addufu). Cette association tente de préserver ce « bien commun naturel » dévasté par un incendie à l’été 2022, où les habitants peuvent prélever gratuitement du bois de chauffe et de construction pour leur usage personnel.

L’association s’inquiète des conséquences pour les habitants qui se risqueraient sur les mêmes routes que les véhicules de l’entreprise Vermilion. « On nous dit que dans la mesure où, jusqu’ici, il n’y a pas eu de catastrophe industrielle, il n’y a pas de raison de ne pas continuer et d’étendre l’activité. C’est un raisonnement douteux », considère Jean-Marc Destabeaux.

Les critiques versées à l’enquête publique dépassent la seule question des nuisances de voisinage. « En France, veut-on aller vers un arrêt du pétrole ? » résume Michel Daverat, ancien conseiller régional EELV et président de l’association Bassin d’Arcachon écologie, contributrice de l’enquête publique. Si la loi Hulot n’interdit pas les travaux envisagés par Vermilion, elle permet de questionner leur légitimité grâce à l’enquête publique.

Un territoire qui se remet des incendies de 2022

« C’était un test, qui s’est avéré négatif », constate Michel Daverat. La question a en effet été évacuée par la commissaire-enquêtrice. « J’ai tenté de faire abstraction des considérations générales sur le devenir de l’extraction pétrolière en France », annonce-t-elle dans ses conclusions.

« La production de pétrole français serait préférable à court et moyen termes […] dans la mesure où l’on ne peut aujourd’hui se passer totalement des énergies fossiles » , poursuit la commissaire-enquêtrice. « Le pétrole qui ne serait pas produit [par les puits de Vermilion] serait certainement importé avec un coût environnemental bien plus élevé ».

Des considérations qui désespèrent Vital Baude, conseiller régional EELV, qui pointe « l’irresponsabilité » des politiques si la préfecture accordait son feu vert d’ici quelques semaines à ces nouveaux forages. « Nous sommes sur un territoire qui a essuyé des incendies géants, des inondations et qui doit faire face au recul du trait de côte. Nous sommes aux avant-postes des effets du changement climatique », poursuit-il.

Michel Daverat envisage de lancer un recours « peut-être devant la Cour européenne des droits de l’Homme ».

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