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Photographe dans les Vosges ©Mathieu Génon/Reporterre

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Agriculture

En Italie, la commune de Malles Venosta tient tête aux lobbies des pesticides

Dans le Sud-Tyrol, côté italien de la frontière, la commune de Malles Venosta résiste aux géants de la culture industrielle de pommes en défendant un territoire sans pesticides. Et se fait attaquer par les autorités provinciales, furieuses de cette rébellion écologique.

La commune de Malles Venosta, au Sud-Tyrol, est devenue en 2014 la première commune européenne sans pesticides. Une initiative qui a été récompensée en 2020 [1] mais n’a suscité aucun écho en France, bien qu’ayant fait l’objet d’un reportage sur Arte [2].

Les deux piliers sur lesquels s’appuie l’économie du Sud-Tyrol sont le tourisme et la production fruitière, en particulier celle des pommes : un quart du total de la production de l’Union européenne de pommes provient du Sud-Tyrol, parmi lesquelles 10 % sont d’origine biologique. Néanmoins, il faut aussi constater que l’activité agricole fait baisser l’attractivité du pays pour les touristes, alors que les recettes générées par le tourisme sont bien plus élevées que celles de l’agriculture [3] [4].

« Un pays sain pour les gens, les plantes, les animaux », dit ce panneau. Bien que le village se situe en Italie, la langue allemande y est majoritaire.

Tandis que, d’un côté, les somptueux décors alpins font le bonheur des citadin·es fuyant le tohu-bohu urbain, certaines vallées au paysage traditionnel sont dévastées par les espaliers de l’agriculture industrielle et leurs piliers en béton qui grimpent à l’assaut des versants, s’alignant à perte de vue et dégradant irréversiblement le paysage. Ces monocultures fruitières témoignent du drame qui se joue derrière cette exploitation intensive. Car non seulement cette production façonnée de main d’homme pour le rendement extrême rend le pays monotone, mais l’utilisation intempestive de pesticides sur les plantations s’attaque aussi à la biodiversité environnante. Nombreu·ses sont les agricult·rices industriel·les à ne pas respecter une zone tampon, et le vent, fréquent dans cette région, transporte les aérosols bien au-delà des limites du champ traité. Ils atteignent les alentours, sans distinction, empêchant même les agricult·rices bios de pouvoir vendre leurs produits labellisés et ruinant leurs efforts pour produire une alimentation saine, car, c’est chose reconnue, les résidus se retrouvent partout.

Avec ses 24.000 hectares de superficie, Malles Venosta, 5.200 habitant·es, est la deuxième plus grande commune du Sud-Tyrol et la principale du val Venosta. Elle jouit d’un ensoleillement particulièrement gratifiant, car la vallée est orientée d’est en ouest. Une vallée qui n’a pas échappé au destin tout tracé de la monoculture de pommes, qui s’est implantée après la Seconde Guerre mondiale. Toute la vallée ? Non, justement ! À Malles Venosta, 76 % de la population s’est prononcée en septembre 2014, au cours d’un référendum, en faveur d’une agriculture sans pesticides. Ce référendum a permis au maire d’ajuster la loi aux souhaits et besoins de la majorité des habitant·es, comme il se doit en démocratie : un périmètre de 50 mètres sans pesticides a été instauré autour des habitations, ce qui équivaut à une interdiction totale, vu la petite taille des parcelles (2,5 à 3 ha en moyenne).

Avant le référendum.

C’est grâce au courage de différentes actrices et acteurs qui se sont improvisé·es activistes, entre autres Hollawint, un groupe de femmes constitué autour de la coiffeuse du village, Beatrice Rass, que le tournant a été amorcé en faisant preuve de beaucoup d’ingéniosité et d’ardeur. Des habitant·es ont décoré des bannières, rempli de paille des poupées à taille humaine et les ont équipées de masques pour les placer bien en vue et attirer l’attention. Une autre action consistait à placer des panneaux indiquant Attention, vous quittez la zone sans pesticides et À 10 m, masques de protection. Le premier facteur qui les a poussé·es à agir a été la détérioration du pays, puis la réalisation que les retombées des pesticides sont omniprésentes.

Le conseiller en agriculture de la Province, Arnold Schuler, lui-même producteur fruitier, représentant en sous-main le puissant lobby de la pomme, s’est alors insurger : comment oser se mêler de l’économie, sous-entendu de choses sérieuses ? Le maire, la population, les paysan·nes bios ont subi des intimidations et péripéties juridiques.

Les acteurs et actrices du référendum en pleine action, malgré la pluie.

Soutenue par son maire sans peur et sans reproche, Ulrich Veith, loyal et dévoué à ses électeurs et électrices, la population de Malles Venosta tient tête à l’influent lobby de l’agriculture fruitière et revendique le droit de vivre dans une commune où l’agriculture biologique devrait devenir la règle et non l’exception : pourquoi ne pas faire de Malles Venosta une région pilote ?

Les derni·ères paysan·nes conventionnel·les de la commune qui ne se sont pas encore reconverti·es à l’agriculture biologique, sont soutenu·es par le puissant lobby et le gouvernement de la Province, qui ne tient pas à voir s’échapper cette poule aux œufs d’or copieusement subventionnée par l’Union européenne. Ils et elles se font tirer l’oreille, laissant passer le temps qui leur est imparti après le référendum-ultimatum pour mettre en œuvre cette reconversion au bio. En 2018, ils et elles misent encore sur l’issue positive des procès qui leur sont intentés.

Poupée de paille d’Hollawint en faveur du référendum, avec un texte explicatif.

« Ils ne gagneront pas », affirme le maire lors de la première munichoise du documentaire sur sa commune. Il n’a pas tort, car la Cour des comptes du Sud-Tyrol a en effet débouté en 2019 la plainte qu’ils ont déposée contre Ulrich Veith, ce maire réfractaire aux calomnies et aux menaces. [5] Le ministère public, qui a condamné Ulrich Veith à rembourser 25.000 euros pour détournements de fonds publics suite à l’organisation d’un référendum soi-disant illégal, a dû faire marche arrière.

Les rebondissements dans l’affaire sont multiples. Arnold Schuler, en effet, s’est rétracté au début du procès, annonçant renoncer aux poursuites. Le lendemain, la procédure judiciaire continuait comme si de rien n’était, bien que sa stratégie qui visait à user les adversaires n’a pas fonctionné : l’éditeur et le conseil d’administration de l’Institut environnemental de Munich étaient déjà acquittés. Affaire à suivre.

Plébiscite pour le référendum : OUI !

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