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Reportage — Étalement urbain

En Loire-Atlantique, les carrières de sable favorisent l’étalement urbain

Manifestation à Soudan (Loire-Atlantique), samedi 12 février 2022.

Des dizaines d’habitants ont manifesté le 12 février contre les projets de carrière de sable en Loire-Atlantique. Ils dénonçaient notamment l’artificialisation de terres agricoles.

Soudan (Loire-Atlantique), reportage

« Cette carrière-là, ce gros chantier, c’est du n’importe quoi. » Sur l’air de « Cette année-là » de Claude François, l’hymne entonné par la fanfare est venu secouer samedi 12 février la tranquillité de Soudan, bourgade de 2 000 habitants en Loire-Atlantique. Sous les rayons du soleil inondant le parking en face de la mairie, les musiciens et musiciennes ont entraîné les quelque soixante-dix personnes réunies pour l’occasion dans la lutte contre les projets de carrière en Loire-Atlantique.

Le collectif Le Cri du bocage était l’hôte de l’événement. Créé en 2018, il se bat contre l’implantation d’une carrière de sable sur la commune. Porté par le groupe breton Pigeon, ce projet vise à transformer 44 hectares actuellement classés comme terres agricoles dans le plan d’urbanisme local. Après un premier vote négatif en 2019, la municipalité a changé d’avis en l’autorisant en décembre 2020, le carrier ayant un peu revu ses ambitions à la baisse entre-temps. Cela n’est pas suffisant pour les opposants, qui s’inquiètent toujours des conséquences d’un tel projet sur l’environnement.

© Mathilde Doiezie/Reporterre

Une inquiétude partagée par d’autres à l’échelle du département. À Saint-Colomban, au sud de Nantes, le collectif La Tête dans le sable se démène lui aussi contre les projets d’extension de carrières de sable des cimentiers GSM et Lafarge. Et ce malgré les résultats de la consultation publique du 9 janvier, lors de laquelle 54,4 % des voix ont approuvé le changement du plan local d’urbanisme pour, là aussi, réviser le statut de terres agricoles. À Guémené-Penfao ou au Grand-Auverné, des habitants clament également leur opposition à des projets de réouverture de carrières à l’ordre du jour.

© Mathilde Doiezie/Reporterre

« Nous ne voulons pas que nos campagnes souffrent pour bétonner les villes »

L’union faisant la force, ces collectifs commencent à se serrer les coudes. Ensemble, ils ont réclamé fin janvier à la préfecture et au conseil départemental un moratoire pour freiner l’extension des carrières. Ce rassemblement est aussi l’occasion d’alerter d’une même voix sur l’exploitation à outrance du sable et sur l’artificialisation des terres agricoles.

« Où est l’intérêt collectif dans le soutien à des entreprises privées qui feront leur chiffre d’affaires sur l’exploitation d’une ressource non renouvelable ? s’est interrogée au micro Françoise, membre du Cri du bocage et représentante de Bretagne Vivante. Nous ne voulons pas que nos campagnes souffrent pour bétonner les villes. » En ligne de mire, l’utilisation massive du sable par le secteur du BTP pour créer du béton, dans une région où l’urbanisation est galopante. Le secteur du maraîchage en prend aussi pour son grade, alors que carottes et mâche sont en grande partie cultivées sur du sable dans la région nantaise.

© Mathilde Doiezie/Reporterre

Pour les opposants à ces projets, il est urgent de repenser ces usages. En forçant par exemple le secteur de la construction à préférer d’autres matériaux au béton. En forçant aussi les pouvoirs publics à respecter les engagements de zéro artificialisation nette des sols. « Il faut arrêter d’artificialiser des terres agricoles pour artificialiser ailleurs », a interpellé Gurvan Looten, du Cri du bocage. « Des plans existent pour figer l’usage de zones agricoles, mais il y a de plus en plus de dérogations pour les contourner », a aussi alerté Jean-François Richard, du syndicat Confédération paysanne, qui soutient la lutte contre les carrières pour mieux défendre le foncier agricole.

© Mathilde Doiezie/Reporterre

Toutes et tous se sont aussi unis pour éviter la multiplication des camions sur les routes, la poussière et les autres nuisances engendrées par l’exploitation des carrières, ou encore la dégradation d’espaces de biodiversité que les compensations promises ne viennent souvent pas vraiment remplacer. Face à des pouvoirs publics qui baissent souvent les bras devant les arguments des industriels et qui n’informent pas toujours efficacement les populations de ces projets, ces collectifs sont convaincus du rôle que leur lutte citoyenne peut jouer. Et espèrent que leur grain de sable viendra enrayer ces projets de carrière.

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