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Énergie

Énergies renouvelables attaquées : le secteur solaire toujours inquiet

Malgré les attaques, la filière solaire continue de progresser en Europe, comme ici en Allemagne.

Malgré le rejet du moratoire sur les énergies renouvelables, la filière solaire s’inquiète toujours du retour de bâton subi. Ses représentants s’attendent à de rudes batailles dans les prochains mois.

« Soulagement », c’est le mot qui revient chez les acteurs de l’énergie solaire au lendemain du vote massif de rejet de la proposition de loi Gremillet, qui contenait un amendement des Républicains et de leurs alliés de circonstance, dont l’extrême droite, instaurant un moratoire sur l’ensemble des installations d’énergies renouvelables.

« J’étais catastrophé », dit Arnaud Duytsche, gérant de Sun7 Elec. Installateur en Nouvelle-Aquitaine, pour lui c’était « la fin annoncée de [son] entreprise ». 80 000 emplois étaient menacés selon le Syndicat des énergies renouvelables. Même si l’outrance du RN a été rejetée par les trois quarts des députés, la filière est sur le qui-vive depuis six mois.

« On a un backlash qui monte sur les renouvelables »

« On a un backlash qui monte sur les renouvelables », dit Marion Richard, responsable chez le mouvement Énergie Partagée, avec « une forte complexification des dispositifs de soutien aux petites installations ». Après les baisses de tarifs d’achat, les choses se compliquent pour les projets de taille intermédiaire — plus de 100 kilowatts-crête (kWc) de puissance —, contraints de verser une caution de 10 000 euros pour chaque demande de raccordement.

En parallèle, les obligations issues de la loi Climat pour obliger les propriétaires de parkings à solariser ont été fortement réduites. Les startups du solaire observent déjà un « retournement de marché, depuis février » dit Paul de Préville, porte-parole de la SunTech, qui rassemble une cinquantaine d’entreprises. Avec sa société Ensol, qui ne travaille qu’en autoconsommation individuelle, il constate que « n’importe quelle déclaration politique, même non suivie d’effet, a beaucoup d‘impact sur les particuliers », ses clients principaux.

Les particuliers sont très sensibles aux signaux envoyés par les déclarations des politiques, selon un représentant d’entreprises du secteur. Daniele La Rosa Messina / Unsplash

Au réseau Cler, qui milite pour la transition énergétique, Auréline Doreau s’inquiète de la capacité du gouvernement à assumer la défense du solaire : « Dans les cabinets, ils nous disent que c’est aux ONG de porter ce soutien, soupire-t-elle : On se demande combien de temps ça va vraiment tenir. »

Pour l’heure, les données trimestrielles laissent voir des demandes de raccordement toujours bien supérieures en nombre par rapport aux objectifs des pouvoirs publics. Mais cette euphorie cache potentiellement un embouteillage avant un durcissement des règles : les tarifs de rachat par EDF des surplus d’électricité produite par les nouvelles installations baisseront à partir du 1ᵉʳ juillet. Beaucoup d’entreprises se sont donc dépêchées de déposer leur dossier pour bénéficier de conditions plus favorables. L’effet des nouvelles conditions sur le nombre de demandes ne pourra donc être visible que dans quelques mois.

« Baroud d’honneur »

Ces attaques portent cependant sur une filière qui reste en pleine expansion, notamment en Chine, en Allemagne et en Espagne. Chaque année, la réalité du solaire dépasse continuellement les projections de l’Agence internationale de l’énergie. Si le prix des panneaux avait déjà fortement chuté, c’est désormais celui des batteries de stockage qui diminue drastiquement, rendant beaucoup plus accessible la possibilité d’autoconsommer une part importante de l’électricité solaire.

« J’ai connu pire », dit ainsi André Joffre, président du pôle de compétitivité Derbi-Cemater, en Occitanie. Pionnier du solaire dans les années 80, il a survécu aux coups d’arrêt brutaux qui ont stoppé net la filière en 1986 et à nouveau en 2010. Avec ce recul, il estime que les attaques actuelles sont plus un « baroud d’honneur » d’une « frange extrémiste ».

Un secteur mobilisé

Car les entreprises, elles, n’ont pas attendu pour se mettre au solaire : « Les industriels des secteurs très demandeurs ont compris que la bonne recette c’est d’autoconsommer un maximum de leur production photovoltaïque », dit-il. Ce qui leur coûte moins cher que l’électricité d’EDF. Et comme leurs usines et ces entrepôts ont des besoins prévisibles en électricité, il est plus facile pour eux de s’adapter aux heures de production solaire.

Depuis le début de l’année, de nouveaux modes d’actions ont surgi avec des happenings, manifestations et actions de terrains de petits installateurs qui espèrent faire entendre leurs intérêts, notamment au sein du Collectif pour la défense du photovoltaïque français. Sa porte-parole, Floriane de Brabandère estime être « sur un marathon de minimum 24 mois, avec campagnes municipales et présidentielle ». Pour le tenir, une nouvelle fédération est en cours de création et promet « une petite révolution », pour ce secteur qui surpasse depuis 2024 le charbon dans le mix électrique à l’échelle de l’Union européenne.

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