Fabriquer ses cadeaux de Noël en cinq leçons

20 décembre 2018 / Marion Esnault (Reporterre)

Trouver des cadeaux de Noël rime bien souvent avec faire les magasins et participer à la grand-messe de la consommation. Pourtant, il est tout à fait possible de satisfaire au rituel autrement : en confectionnant ses cadeaux soi-même, par exemple.

Noël arrive ! Et pour beaucoup d’entre nous, ça signifie : s’engouffrer dans les centres commerciaux à la recherche des cadeaux pour toute la famille, casser sa tirelire et participer, malgré soi parfois, à cette course à la consommation. En tout cas, Noël, pour moi, ça a été ça pendant les 25 premières années de ma vie. En un seul mot, c’était : l’angoisse. Alors, bien sûr, il y a le plaisir d’offrir, de trouver le cadeau qui donnera (peut-être) le sourire à un de nos proches, au coin du feu, le 25 décembre. Mais plusieurs questions me taraudent : s’il n’y avait pas que le plaisir d’offrir des cadeaux, mais aussi le plaisir de les fabriquer ? Et si on pouvait éviter les lumières criardes des grands magasins et favoriser les ambiances conviviales ? Et si on offrait des cadeaux personnalisés sans se ruiner ? Et si c’était possible que nos cadeaux aient un effet limité sur le climat et l’environnement ?

Pour répondre à ces questions et tenter de changer mon rapport angoissé aux cadeaux de Noël, je me suis invitée un dimanche hivernal à un atelier « cadeaux de Noël » entre copines chez Julia, et je suis aussi allée découvrir les créations de Marie, 54 ans, qui fabrique des cadeaux pour les 22 membres de sa famille : du grand-père au nouveau-né.

Dimanche après-midi, alors que le froid vient de saisir la capitale et que l’esprit de Noël s’est installé à chaque coin de rue, Julia, Margot et Mariane, qui se connaissent depuis l’adolescence, se retrouvent chez Julia. Elles ne sont pas à leur coup d’essai en matière d’ateliers de fabrication. Mariane est la première à arriver. Elle n’a même pas encore posé son manteau que la machine à coudre, les tissus et les accessoires sont déjà sur la table. Fabriquer ses cadeaux prend du temps, surtout quand on n’a pas réfléchi à ce qu’on voulait, il n’y a donc pas une minute à perdre.

Ce sera mon premier enseignement : on ne peut pas fabriquer ses cadeaux de Noël comme on va dans les magasins. Il faut anticiper un minimum pour acheter les accessoires, récupérer les matières premières ou encore trouver des patrons de couture.

Julia et Mariane ne sont pas à leur coup d’essai : « Avec Mariane, on a toujours adoré faire des ateliers de fabrication. C’est une belle manière de passer du temps ensemble, d’échanger nos idées et surtout d’apprendre les unes des autres. » Julia, son dada, c’est plutôt le textile. Elle prend des cours de couture depuis un mois à la Fabriquerie DIY et elle est pleine d’entrain pour transmettre ce qu’elle apprend. Pour elle, « les cadeaux de Noël achetés dans le commerce, la plupart du temps, ne servent à rien. Ça s’entasse dans les placards, c’est plein de plastique et d’emballage ».

Mariane est plutôt l’experte des bijoux. Elle étale soigneusement sur un plateau les pompons, fermoirs, perles et autres accessoires achetés dans une droguerie : « Cela coûte un peu cher, admet-elle, mais je suis certaine qu’on peut en récupérer ou trouver des lieux meilleur marché. » Aussitôt dit, aussitôt trouvé ! Margot, fraîchement arrivée, réagit pour donner une bonne adresse : Matière première, près de l’église Saint-Paul, dans le 3e arrondissement de Paris.

Ce sera mon deuxième enseignement : fabriquer ses cadeaux soi-même peut se conjuguer au pluriel et devenir « fabriquer nos cadeaux nous-mêmes ». Avec en prime, de la convivialité, des échanges et de l’apprentissage.

Margot arrive, elle, avec des idées claires en tête et toute la matière nécessaire, qui vient de chez sa grand-mère : « Si je n’ai pas une idée concrète de ce que je vais faire, ça me prend un temps fou. » Elle n’est pas une débutante ! En deux heures, Margot coupe, assemble et fait les finitions de deux trousses de toilette pour homme, prêtes à être emballées avec du papier cadeau récupéré.

Nora, une collègue de Mariane, rejoint la bande de joyeuses vivantes en fin d’après-midi : « Je n’ai aucune idée ! » lance-t-elle. Qu’à cela ne tienne, Julia propose une dizaine d’options : « Alors, tu peux faire une petite robe pour un enfant de 2, 4 ou 10 ans, un porte-monnaie avec des chutes de cuir, une pochette en tissu, un tote bag » « Un tote bag, c’est super ! » s’exclame Nora. Qui ajoute : « Dans la colocation où je viens d’emménager, ce sera parfait comme cadeau pour aller faire nos courses. » À peine une heure plus tard, alors que Nora ne savait pas se servir d’une machine à coudre, le tote bag en wax est prêt à l’usage.

« On ne sait pas forcément bien utiliser les machines à coudre et on manipule des outils dont on ne connaît même pas le nom, comme cette machine à trou, mais on apprend en faisant et en s’entraidant », explique Margot, le sourire aux lèvres.

Ce sera mon troisième enseignement : même quand on considère ne pas être très douée de ses 10 doigts, on peut fabriquer ses cadeaux soi-même. Il y en a pour tous les goûts et tous les niveaux.

Marie, elle, sait très bien se servir des machines à coudre. Elle en a vendu pendant des années et elle donne des cours bénévolement à la Maison du zéro déchet, dans le 18e arrondissement de Paris.

Depuis plusieurs années, cette quinquagénaire à l’accent chantant du Sud-Ouest, fabrique ses cadeaux pour Noël. Cette année, elle ajoute la démarche zéro déchet. Elle a même créé un groupe Facebook Noël défi zéro déchet avec les membres de sa famille : « On a tout ce qu’il nous faut. Les adultes au moins. Donc, les cadeaux sont surtout des attentions. Et Noël, c’est l’occasion de passer un bon moment, de faire plaisir… et de se faire plaisir ! Ce groupe Facebook a fait émerger des questions. L’idée fait son chemin. Ma belle-fille n’est pas vraiment dans une démarche zéro déchet. Elle consomme beaucoup, mais elle entend. Et elle est venue à la Maison zéro déchet acheter du dentifrice, par exemple. »

Fabriquer ses cadeaux de Noël est aussi l’occasion de sensibiliser à de nouvelles pratiques. Par exemple, pour ses filles et ses belles-filles, Marie va offrir des serviettes hygiéniques réutilisables : « Dans le commerce, ça vaut 18 euros. Quand on veut simplement essayer, c’est un frein. Les fabriquer, ça me coûte environ 2 euros par serviette. Et c’est vraiment simple à faire. Il faut une épaisseur étanche et une épaisseur absorbante. Moi, j’ai utilisé du tissu enduit et de la laine polaire. On peut trouver ses matières premières bio à la Textilerie, près de gare de l’Est, à Paris. »

Ce sera mon quatrième enseignement : fabriquer ses cadeaux soi-même évite d’exploser le budget du mois de décembre !

Dans sa hotte de Mère Noël, Marie a des trousses de toilette en voile de bateau ou en tissu enduit, des pochettes à sandwichs pour substituer au film plastique ou encore des sacs à vrac pour remplacer le jetable par le durable.

Même si cette Auscitaine d’origine essaye de faire des cadeaux adaptés aux centres d’intérêts des membres de sa famille, elle reconnaît, comme Margot, Julia, Marina et Nora, que « c’est bien plus facile de fabriquer des cadeaux pour les femmes que pour les hommes ». Et aussi que c’est une pratique plus féminine que masculine. Il suffit de taper « fabriquer ses cadeaux soi-même » dans un moteur de recherche pour tomber sur les bonnes idées des magazines féminins Marie-Claire, Cosmopolitan ou encore Femme actuelle ! Parmi les pistes d’analyse de cet aspect genré de la pratique, Marie souligne que « ce sont majoritairement les femmes qui se chargent des cadeaux de Noël et ça, dans toutes les familles, peu importe la manière de consommer ».

Ce sera mon cinquième et dernier enseignement, partagé avec Marie quand j’ai fermé la porte de son appartement : que ce soit dans les habitudes de consommation ou dans la répartition des rôles dans la société, il y a beaucoup de solutions à portée de main, mais il y encore bien du chemin à faire.



Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. Il n’y a jamais eu autant de monde à lire Reporterre, mais nos revenus ne sont pourtant pas assurés.

Contrairement à une majorité de médias, nous n’affichons aucune publicité, et laissons tous nos articles en libre accès, afin qu’ils restent consultables par tous. Reporterre dépend en grande majorité des dons de ses lecteurs. Le journal, indépendant et à but non lucratif, compte une équipe de journalistes professionnels rémunérés, nécessaire à la production quotidienne d’un contenu de qualité. Nous le faisons car nous croyons que notre point de vue, celui de l’environnement et de l’écologie, compte — car il est aussi peut-être le vôtre.

Notre société a besoin d’un média qui traite des problématiques environnementales de façon objective, libre et indépendante, en restant accessible au plus grand nombre ; soutenir Reporterre est ma manière de contribuer à cette démarche. » Renan G.

Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre



Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre.

Lire aussi : À Noël, on peut être écolo et offrir des cadeaux

Source : Marion Esnault pour Reporterre

Photos : © Marion Esnault/Reporterre

THEMATIQUE    Quotidien
20 décembre 2018
Fabriquer ses cadeaux de Noël en cinq leçons
Alternative
16 janvier 2019
En Belgique, un quartier de cabanes et de roulottes depuis cinquante ans
Alternative
15 janvier 2019
Le « grand débat » lancé dans un département qui interdit les manifestations de Gilets jaunes
Entretien


Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre

Sur les mêmes thèmes       Quotidien





Du même auteur       Marion Esnault (Reporterre)