Face au coronavirus, l’entraide se répand en Angleterre

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30 mars 2020 / Julia Gaulon (Reporterre)



L’Angleterre a fini par se résoudre au confinement. Des réseaux d’entraide se sont rapidement mis en place, encouragés par des associations environnementales, comme Exctinction Rebellion ou Greenpeace UK. Qui réfléchissent également à l’après.

  • Londres (Angleterre), correspondance

Le Premier ministre Boris Johnson en avait fait frissonner plus d’un sur le continent lorsqu’il avait évoqué, il y a quelques semaines, sa stratégie d’« immunité collective ». Ou l’idée selon laquelle, au lieu de confinement, une exposition d’une grande partie de la population britannique au Covid-19 finirait par l’immuniser contre le virus. Cette stratégie est aujourd’hui abandonnée, Boris Johnson ayant finalement décidé, lundi 23 mars, de demander aux Britanniques de rester chez eux pendant au moins trois semaines. Une situation qui, comme ailleurs, n’est pas facile à vivre et que divers acteurs de la société civile, dont des associations écologiques, tentent autant que faire se peut de soulager.

Dimanche 29 mars, le virus avait causé près de 1.200 morts dans le pays et infecté plus de 19.500 personnes (dont le Premier ministre lui-même, qui présente, pour l’heure, des symptômes modérés). Des chiffres qui, comme dans de nombreux endroits du monde, ne font qu’augmenter et ont déclenché un durcissement des mesures de « distanciation sociale », seul moyen, à l’heure actuelle, de lutter contre la pandémie. Écoles, bars, restaurants, bibliothèques, magasins de vêtements sont désormais fermés. Seuls sont ouverts les commerces de première nécessité, comme les pharmacies et les supermarchés. Ainsi, à l’exception de sorties exceptionnelles — courses alimentaires, se rendre au travail quand on ne peut le faire de chez soi, besoin médical — les Britanniques doivent maintenant rester chez eux.

Élans de solidarité dans la société britannique

Des mesures que la population accueille avec soulagement. Même si, de l’avis de Finn, par exemple, qui travaille d’ordinaire dans un pub et se retrouve au chômage technique, ces dispositions auraient dû être prises bien plus tôt : « Mais beaucoup ont préféré faire l’autruche. » Pour Freddy, en revanche — qui suit la grossesse de sa compagne avec une certaine inquiétude, appréhendant l’engorgement des services de santé dû au virus —, Boris Johnson a pris les bonnes décisions jusqu’ici, en « écoutant les recommandations médicales des experts britanniques ».

Quoi qu’il en soit, le « lockdown » (ou confinement), désormais décidé, a des conséquences sur le bien-être et le moral des gens, particulièrement ceux qui, pour des raisons d’âge et de santé, ne peuvent pas sortir de chez eux. Un état de fait que beaucoup de Britanniques semblent avoir à l’esprit, à en croire les plus de 500.000 personnes à avoir répondu positivement à l’appel lancé par le NHS (le National Health Service, le service de santé public du Royaume-Uni), mardi 24 mars, pour prêter assistance aux personnes les plus vulnérables.

Un masque et des gants...Ce Londonien préfère ne prendre aucun risque.

Une solidarité qui avait déjà commencé à se manifester quelque temps auparavant avec, notamment, la création de la plateforme internet Covid-19 Mutual Aid UK, qui permet à des groupes de citoyens ordinaires, habitants d’un même secteur, de se regrouper pour apporter leur soutien à ceux qui doivent absolument rester chez eux. Parmi le type d’aides proposées, le fait d’aller faire des courses, de récupérer des médicaments à la pharmacie ou tout simplement de s’assurer que la personne isolée se porte bien, entre autres. Des précautions sanitaires sont bien sûr recommandées aux volontaires, comme le fait de laisser les courses sur le pas de la porte pour éviter un contact direct, le fait de se laver régulièrement les mains, d’éviter les transports en commun… Et le moins qu’on puisse dire, c’est que l’initiative a du succès. Le réseau avait enregistré la création de plus de 3.000 groupes la semaine du 18 mars.

Venir en aide à ceux qui ne peuvent sortir de chez eux

Katia est l’une de ces volontaires qui donnent de leur temps pour les autres. Après avoir publié une page Facebook proposant son aide et approché des maisons de retraite, cette habitante de l’ouest de Londres a rencontré Hazel, « charmante dame de 81 ans », qui lui explique vivre seule et ne pas avoir de proches pour l’aider. « Je suis allée faire ses courses, dit Katia. Depuis, on s’appelle régulièrement. Et, contre toute attente, nous parlons maintenant moins du virus que des intérêts communs que nous nous sommes découverts. » De son côté, Megan, Française qui vit en Angleterre depuis plusieurs années, s’est retrouvée avec beaucoup de temps libre après la fermeture du restaurant où elle travaillait. Percevant toujours un revenu, elle s’est lancée dans la gestion d’une banque alimentaire destinée aux personnes en difficulté économique. « La structure fonctionne déjà en temps normal mais l’on prévoit d’en avoir encore plus besoin maintenant. »

Certains mouvements écologiques tentent également d’apporter leur soutien dans cette crise. C’est notamment le cas d’Extinction Rebellion (XR), mouvement international d’origine britannique qui se bat pour la réduction des émissions de CO2 dans l’atmosphère. Et qui entend bien venir en aide aux communautés durant l’épidémie de coronavirus : « Nous pensons que la priorité, c’est la protection de la vie, explique Ben, qui appartient au groupe XR du quartier londonien de Barnet. Maintenant, l’urgence, c’est le “corona”. Il est dans tous nos esprits. Cela nous importe vraiment. Pour l’humanité, la société, notre pays, nos communautés et pour nous-mêmes. »

Le mouvement écologique Extinction Rebellion appelle à la solidarité de ses militants.

Privilégier le lien avec les autres mais aussi, quand c’est possible, avec la nature

Il n’a également pas hésité à distribuer dans sa rue des cartes, dont Extinction Rebellion fournit des modèles, pour proposer de l’aide à ses voisins. Aller faire des courses, partager des outils, discuter avec les gens s’ils en ressentent le besoin… Des actions encouragées par Extinction Rebellion auprès de ses militants. Réactif, le mouvement dispose de toute une série de ressources en ligne — en s’appuyant notamment sur les « mutual aids » — permettant à ses « rebelles » de s’organiser, trouver des idées pour aider les autres, s’informer sur les bonnes pratiques en ces temps d’épidémie. Tout en proposant également soutiens émotionnel et psychologique aux activistes qui en auraient le besoin.

Pour leur part, les associations environnementales Wildlife Trust et RSPB (Royal Society for the Protection of Birds, Société royale pour la protection des oiseaux) privilégient le maintien du lien à la nature pour aider les Britanniques à supporter la crise sanitaire et psychologique. « Passer du temps dans la nature fait du bien à notre santé psychologique, en réduisant les sentiments de fatigue, le stress et la dépression », dit Dom Higgins, chargé du service santé et éducation à la Wildlife Trust. Et si le contact est aujourd’hui rendu plus difficile avec les mesures de confinement — la Wildlife Trust a par exemple dû fermer ses réserves les plus fréquentées —, les associations proposent diverses activités à mener, notamment avec des enfants, à l’intérieur ou depuis le jardin familial. Comme le fait d’observer les oiseaux par la fenêtre, leur faire une mangeoire, construire un hôtel pour les insectes, un « bar à nectar » pour les papillons… Ou encore, suivre l’évolution de faucons pèlerins, lors de la période de nidification, grâce à une webcam. Autant d’activités au demeurant anodines mais qui peuvent, selon les associations, apporter un peu de bien-être aux individus.

Garder un contact avec la nature est important pour la Wildlife Trust, même s’il faut désormais limiter ses sorties.

Ouvrir la réflexion, même si ce n’est pas évident

Pour certains, le temps est aussi à la réflexion. XR met ainsi à profit ce moment pour réfléchir à d’autres façons de sensibiliser le public à la cause climatique, autre crise d’ampleur qui menace les sociétés… Une réflexion que l’association environnementale Greenpeace UK, qui encourage bien sûr aussi les actions de solidarité dans le cadre de la lutte contre le Covid-19, soulève également, même si la priorité reste bien sûr la lutte sanitaire. « Là, tout de suite, la pandémie due au coronavirus est la priorité mondiale. Nous devons tous travailler ensemble à sauver des vies, insiste John Sauven, directeur exécutif de Greenpeace UK. Mais l’urgence climatique et environnementale sera toujours là quand l’épidémie de coronavirus sera sous contrôle. Si nous prenons la bonne direction, cela pourrait être le moment de prendre des mesures qui résolvent la crise climatique tout en nous permettant de nous échapper de la crise actuelle. »

Comme le fait, par exemple, pour les États, qui devront de toute façon investir massivement dans l’économie après la crise du Covid-19, de privilégier les industries « propres » à d’anciens modèles, moins respectueux de l’environnement. Un message qui a du sens, qui permettrait sans doute également d’aider à long terme les populations… Mais qui aura peut-être du mal à se faire entendre dans le contexte actuel.





Source : Julia Gaulon pour Reporterre

Phtos : © Julia Gaulon/Reporterre
. chapô : Les abords de Westminster, pourtant centre névralgique de Londres, désertés à cause de l’épidémie de coronavirus.
. XR : © FrancescaE.Harris
. oiseau : © Ben Hall

DOSSIER    Covid-19

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