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PortraitAgriculture

Fanny Métrat, nouvelle voix de la Confédération paysanne éprise de justice

Fanny Métrat auprès de son élevage dans les Cévennnes.

Éleveuse et bergère en Ardèche, Fanny Métrat est l’une des nouvelles porte-parole de la Confédération paysanne. Idéaliste et hyperactive, elle milite inlassablement pour une meilleure société, de France jusqu’en Palestine.

Vallées-d’Antraigues-Asperjoc (Ardèche), reportage

« Même quand la route s’enfonce dans la forêt, que l’herbe pousse au milieu de la route et qu’on a l’impression d’aller nulle part, il faut continuer. » C’est par ces indications, envoyées par texto, que Fanny Métrat nous guide jusqu’à son coin de paradis. Après quinze bonnes minutes sur cette chaussée étroite à flanc de falaise, la bergerie apparaît, surplombée par quelques maisons de pierre. C’est dans cette vallée isolée des Cévennes ardéchoises, au hameau de Mazoyer, que vit Fanny Métrat, l’une des trois porte-parole de la Confédération paysanne.

Depuis son élection le 15 mai dernier, l’éleveuse de 43 ans n’a pas touché terre. Entre les allers-retours à Paris, les réunions en soirée, les sollicitations des journalistes et la loi Duplomb, « c’est un mandat très prenant. Je consacre au moins trois à quatre jours par semaine au syndicat, mais ça va peut-être se calmer », gage-t-elle. Malgré la fatigue de ces dernières semaines et un rhume qu’elle peine à soigner, le regard de Fanny reste pétillant et son énergie débordante.

C’est dans cette vallée isolée des Cévennes ardéchoises que vit Fanny Métrat. © Magali Stora / Reporterre

Dans la bergerie, les quelque 160 brebis et leurs 200 agneaux bêlent d’impatience. Discret, Emmanuel Fayard, le compagnon de Fanny et cogérant de la ferme, s’affaire à examiner le troupeau. « C’est grâce à Manu que je peux faire tout ça, insiste l’éleveuse. Le fait de devoir supporter un engagement aussi lourd, de travailler deux fois plus sur la ferme… Il n’a que les mauvais côtés du syndicalisme. »

Des bruits de Paris aux cloches des brebis

Un militantisme de l’ombre, qu’il assume complètement : « C’est une décision que l’on a prise à deux. Je ne me sentirais pas de faire tout ça, mais je trouve que c’est important et j’ai envie de la soutenir là-dedans. » Face à lui, Niébé, un jeune berger de Savoie, court de gauche à droite pour réunir les brebis. Entre les bêlements, le son des cloches et les sifflements des bergers, débute alors un grand ballet pastoral, en direction de l’une des rares prairies du secteur, à plusieurs centaines de mètres.

Les brebis, des noires du Velay, rouges du Roussillon et bizet, se dirigent vers la prairie sous l’œil attentif du chien. © Magali Stora / Reporterre

Guidées par les allées et venues du chien, les brebis continuent leur route d’un pas parfois hésitant, sur les ponts en bois, entre les genêts en fleurs ou en équilibre dans les pierriers. C’est dans ce paysage digne d’un conte que Fanny et Manu ont élu domicile en 2009. « J’ai toujours eu en tête ce mythe du berger dans les Cévennes », raconte Fanny.

Une fois sa mission de bergère achevée, elle s’assoit en tailleur sur un rocher et déroule le fil de son histoire. Son enfance dans le Pilat, biberonnée « de Giono » et d’histoires pastorales par un père instituteur et ancien berger et par une mère infirmière de campagne. Après un bac L, la jeune femme a rejoint le lycée agricole d’Aubenas en Ardèche. C’est là qu’elle a rencontré Manu et les combats du monde paysan, à l’heure du démontage du McDo de Millau.

«  Je voulais avoir un boulot qui fasse sens  », raconte Fanny Métrat. © Magali Stora / Reporterre

Pour le couple, le deuxième déclic aura lieu au Burkina Faso où ils sont partis durant un an, dans un centre de formation agricole. « J’ai toujours eu ce truc de vouloir combattre les injustices, mais en vivant au quotidien la réalité des rapports nord-sud, ma vision du monde a vraiment été influencée, se souvient-elle. Quand on est revenus en France, je voulais avoir un boulot qui fasse sens. »

L’appel du grand air

Ce travail, Fanny l’a trouvé à la Confédération paysanne de la Drôme, en 2003, où elle est devenue animatrice du syndicat pendant trois ans. De la défense des paysans au statut de fermage, en passant par la lutte contre les OGM, la jeune femme s’est approprié les dossiers et a aiguisé sa connaissance de l’organisation syndicale et collective.

Si cette période était exaltante, l’éleveuse a vite ressenti l’appel du grand air… Après trois ans derrière un bureau, Fanny a rejoint Manu dans les alpages, avant que le couple ne lance sa propre aventure d’éleveurs-bergers, sur des terres en location du hameau de Mazoyer.

«  Je trouve que c’est important et j’ai envie de la soutenir là-dedans  », dit Emmanuel Fayard, compagnon de Fanny et cogérant de la ferme qui veille sur le troupeau lorsque les affaires syndicales appellent la porte-parole à Paris et ailleurs. © Magali Stora / Reporterre

En parallèle, Fanny n’a jamais lâché l’engagement syndical. Porte-parole de la Conf en Ardèche entre 2012 et 2016, elle a ensuite rejoint les commissions nationales, avant de prendre le chemin du secrétariat. « J’attends ça depuis qu’elle a commencé à s’impliquer au niveau national », se réjouit Aurélien Mourier. Membre de la Confédération paysanne en Ardèche et nouveau président de la Chambre d’agriculture, cet éleveur a connu Fanny sur les bancs du lycée d’Aubenas.

« Déjà quand on était en BTS, elle était très investie sur les questions politiques, sociales et environnementales. C’est une humaniste qui a de grandes compétences intellectuelles », dit-il. Un enthousiasme partagé par son binôme de porte-parolat en Ardèche, David Loupiac : « J’ai écouté son intervention suite à la loi Duplomb, ça lui correspond ! C’est une personne entière, on sent qu’elle parle avec ses tripes et pas avec un langage politique. »

«  J’ai un feu plutôt colérique en moi, confie Fanny Métrat. Si je n’utilisais pas ça comme moteur, je crois que je deviendrais aigrie et blasée.  » © Magali Stora / Reporterre

De son côté, Fanny confie avoir anticipé cette élection : « En mettant un pied au comité national, je savais ce qui m’attendait. Mais je ne m’imaginais pas devenir porte-parole sans que ce soit collectif. » À ses côtés, deux autres paysans partagent la responsabilité de ce mandat, Thomas Gibert et Stéphane Galais. « En étant trois, on se sent plus légitime et représentatif du monde paysan, insiste Fanny. Et aussi, on se marre bien ! »

« J’ai un feu plutôt colérique en moi »

Des rires qui servent parfois à exorciser la réalité… Moins de deux semaines après sa nomination, le trio a dû affronter le projet de loi Duplomb à l’Assemblée nationale. « C’était horrible… On est vraiment sortis dépités, se souvient-elle dans un rire nerveux. La droite et l’extrême droite sont pieds et poings liés avec la FNSEA… Et tout ça pour une loi qui ne concerne qu’une minorité et ne répond en rien aux attentes du monde paysan ! »

Ce nouveau revers politique n’entame pourtant en rien la détermination de la syndicaliste. C’est la force de Fanny : qu’elle parle de la loi Duplomb, des problèmes de revenu des agriculteurs ou de la trumpisation de la politique, son sourire ne s’efface jamais. « J’ai un feu plutôt colérique en moi, confie-t-elle. Si je n’utilisais pas ça comme moteur, je crois que je deviendrais aigrie et blasée. »

«  En ce moment le troupeau est composé de 160 mères et environs 200 agneaux  », explique Fanny. © Magali Stora / Reporterre

Un moteur qui l’a emmené jusqu’aux territoires occupés de Cisjordanie en décembre dernier. Pendant dix jours, avec une délégation de la Via campesina (mouvement international dont la Confédération paysanne est membre), Fanny a arpenté le pays pour soutenir les paysans palestiniens. Sur place, elle a observé le schéma de la colonisation : un accaparement des terres, des ressources et l’usage de l’alimentation comme arme de guerre.

Si l’injustice la prend aux tripes, les rencontres lui redonnent la foi en l’être humain : « Les peuples en résistance développent des formes d’intelligence et de dignité collectives incroyables. Quand j’ai des coups de mou, je pense à ces gens, à leur ténacité, et je me dis “non, t’as juste pas le droit”. Quand tu te sens privilégiée, t’es obligée de militer. »

«  Quand j’ai des coups de mou, je pense à ces gens, à leur ténacité, et je me dis “non, t’as juste pas le droit”.  » © Magali Stora / Reporterre

Un militantisme qui se veut global, pour tous et toutes. « Ce qui est important pour moi c’est de lier le combat corporatiste au combat sociétal, détaille-t-elle. Il faut tirer tout le monde vers le haut et, pour ça, c’est aux pouvoirs publics de se bouger ! Au bout d’un moment, la culpabilisation individuelle, ça ne fait pas un projet de société… »

Au milieu de ce relief de granite, les mots prennent toutes leurs forces. C’est ici que Fanny se nourrit de sa relation au troupeau et à la nature. Mais dans quelques jours, il faudra à nouveau parcourir les deux heures de route qui la séparent de la gare la plus proche pour regagner la frénétique capitale… « Quand je reviens, je réalise la chance que j’ai de vivre ici », conclut-elle en observant ses brebis au loin.

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