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EntretienIncendies

Feux zombies en Gironde : « Ces incendies souterrains vont se multiplier »

À Hostens (Gironde), la forêt touchée par les incendies le 30 août 2022.

Plus de deux ans et demi après les feux de forêt en Gironde, les incendies souterrains ont enfin été maîtrisés. Ces « feux zombies » seront plus nombreux en raison du réchauffement climatique, explique le chercheur Anthony Collin.

Si tout paraissait normal à première vue, le danger couvait en réalité sous terre. À Hostens, zone ravagée par l’incendie de Landiras en Gironde à l’été 2022, le sous-sol a enfin cessé de se consumer, a indiqué le département dans le quotidien Sud-Ouest, le 19 mars. Après avoir détruit plus de 20 000 hectares du massif forestier, le feu avait été déclaré officiellement éteint le 28 septembre 2022. Mais un incendie souterrain, également appelé « feu zombie », se poursuivait de manière presque invisible, hormis quelques fumerolles (panaches de fumée) qui s’échappaient de la terre.

Ce phénomène, qui s’est alors développé pour la première fois en France, existe depuis des milliers d’années, explique Anthony Collin, enseignant-chercheur spécialiste des incendies à l’université de Lorraine et au CNRS, et responsable du Groupe Energie au LEMTA. Il risque même de se multiplier en raison du dérèglement climatique.


Reporterre — Comment s’est formé l’incendie souterrain à Hostens, en 2022 ?

Anthony Collin — Le feu de végétation extrêmement violent s’est propagé dans le sous-sol dès l’été 2022, en entrant en contact avec la couche de lignite, un type de charbon de qualité médiocre composé à 70 % de carbone. En surface, les températures de l’incendie étaient tellement importantes qu’elles ont très vite allumé le lignite. Des mines de cette roche avaient été exploitées à Hostens dans les années 1930 pour produire de l’électricité, puis ont été fermées une trentaine d’années plus tard.

Le lignite est issu de la décomposition de la matière organique pendant des milliers, voire des millions d’années. Cette matière devient au fil du temps de la tourbe, puis du lignite et enfin du charbon. Or le lignite est hautement combustible : quand le feu l’atteint, il se nourrit de l’oxygène qui provient de la surface et brûle pendant très longtemps. C’est un feu sans flammes, comme un charbon qui se consume, et qui peut resurgir à la surface.


Pourquoi a-t-il fallu plus de deux ans et demi pour venir à bout de cet incendie souterrain ?

Si des fumerolles s’échappaient de temps en temps du sol, ce type de feu est difficile à détecter. L’hiver, il se terre. Il n’y a pas forcément de signes visibles, étant parfois enfoui à plusieurs mètres sous terre. Il faut également avoir une bonne connaissance de la géologie du milieu et pouvoir délimiter toutes les zones de lignite.

Une fois le feu identifié, reste à savoir comment le combattre. En France, nous n’avons pas l’habitude de voir des feux souterrains, c’est la première fois que cela se produit. Pour parvenir à les éteindre, asperger la zone d’eau ne suffit pas, soit c’est trop profond, soit il faudrait carrément l’inonder.

« Aux États-Unis, un feu consume les sous-sols d’une ville depuis 1962 »

Dans le cas d’Hostens, ce n’est pas la méthode qui a été choisie. Les pompiers et membres du BRGM [Bureau de recherches géologiques et minières] ont extrait le lignite jusqu’à 5 mètres de profondeur, puis ont recouvert le lieu avec une couche d’argile, afin de limiter la quantité d’oxygène. Cette solution nécessite plusieurs mois pour être efficace.


Quels sont les endroits dans le monde où sévissent ces « feux zombies » ?

Depuis les immenses incendies de l’été 2019 qui ont ravagé 15 millions d’hectares, la Sibérie est toujours confrontée aux feux souterrains. Durant les hivers glacials, ces feux couvent sous la neige et repartent à la surface chaque printemps. Là-bas, le pergélisol renferme beaucoup de carbone, alimentant ainsi la combustion. L’Indonésie, dont les sous-sols renferment des tourbières, et la Chine, dotée de nombreuses mines de charbon, connaissent régulièrement ce phénomène, ces deux éléments étant là aussi très riches en carbone.

Certains incendies souterrains perdurent depuis plus longtemps. À Centralia, sur la côte est des États-Unis, un feu consume les sous-sols de la ville depuis 1962. Cela fait suite à un feu de poubelles s’étant ensuite propagé à la mine de charbon située à proximité. En raison des affaissements de terrain et des émanations, tous les habitants ont fui. Centralia est devenue une ville fantôme.

Le plus vieux feu souterrain connu remonte à beaucoup plus loin : dans le sud-est de l’Australie, la « burning mountain » (« la montagne brûlante ») brûle depuis 5 000 à 6 000 ans. D’origine naturelle, le feu a pris dans une veine de charbon et avance de 1 mètre par an.


Face à l’aggravation du dérèglement climatique, doit-on s’attendre à davantage de feux souterrains ?

Oui, puisque la hausse des températures favorise les conditions propices aux incendies de forêt. Rien qu’en France, d’ici 2050, les incendies dépasseront largement le pourtour méditerranéen pour concerner l’ensemble du pays. Des territoires qui aujourd’hui ne sont pas à risque, comme le Doubs ou le Jura, le deviendront. Or, le sous-sol de ces zones regorge de tourbes et de lignite. Ces feux de végétation pourront se propager dans le sous-sol et ces lieux, que l’on pensait protégés, pourront donc connaître des feux zombies.

Les incendies souterrains sont attisés par le dérèglement climatique, mais ils y contribuent également. On estime que les émissions de CO2 générées par les feux souterrains sont équivalentes à celles rejetées par l’ensemble des voitures thermiques de la planète en un an. Si jusqu’à récemment ce sujet était peu étudié en France, depuis quelques années, nous menons au Laboratoire Énergies et mécanique théorique et appliquée (Lemta) des recherches pour mieux comprendre la dynamique de propagation de ces feux.

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