Gabriel Attal, un fidèle macroniste qui ignore l’écologie
Gabriel Attal a été nommé chef du gouvernement le 9 janvier 2023. Ici à l'Assemblée nationale, le 21 novembre 2023. - © Miguel Medina / AFP
Gabriel Attal a été nommé chef du gouvernement le 9 janvier 2023. Ici à l'Assemblée nationale, le 21 novembre 2023. - © Miguel Medina / AFP
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Gabriel Attal a été nommé Premier ministre le 9 janvier, en remplacement d’Élisabeth Borne. Pur macroniste, l’ex-ministre de l’Éducation n’est pas porté sur les questions écologiques.
Élisabeth Borne a agi en bonne soldate auprès d’Emmanuel Macron. Gabriel Attal, lui, est plus que cela : c’est un proche dévoué du président. À 34 ans, il est le plus jeune Premier ministre qu’ait connu la Ve République, le premier ouvertement homosexuel. Il est également, selon les sondages, la personnalité la plus populaire du gouvernement.
Emmanuel Macron, en position délicate au bout de seulement un an et demi de second mandat, espère sans doute en profiter et l’a donc nommé chef du gouvernement le 9 janvier en fin de matinée. « Je sais pouvoir compter sur votre énergie et votre engagement pour mettre en œuvre le projet de réarmement et de régénération que j’ai annoncé », a écrit sur X le président de la République.
Celui qui était ministre de l’Éducation depuis seulement juillet dernier était le grand favori pour succéder à Élisabeth Borne, qui a démissionné de son poste de Première ministre dans la soirée du 8 janvier. « Je suis fière que la France soit désormais dotée d’une planification écologique complète et robuste », a-t-elle écrit dans sa lettre de démission.
Pourtant, le bilan dressé par Reporterre de ses dix-huit mois à la tête du gouvernement est peu reluisant sur l’écologie : beaucoup de mesurettes et de communication autour de la planification écologique, mais pas de texte emblématique. Sans parler de la poursuite de projets destructeurs tels que l’autoroute A69 entre Toulouse et Castres. Le parcours du nouveau Premier ministre ne semble guère laisser espérer mieux pour les mois et années à venir. Dans son discours lors de la passation de pouvoir avec Élisabeth Borne, il n’a d’ailleurs pas eu un mot pour l’écologie, tout juste a-t-il évoqué « l’avenir de la planète », en sixième position dans ses priorités. Les trois « axes majeurs » de sa future action qu’il a souhaité mettre en avant sont le travail, « la libération de notre économie (...) avec la simplification drastique de la vie de nos entreprises » et la jeunesse.
Pur produit macroniste
À 34 ans, le CV de Gabriel Attal est déjà bien rempli. Mais il ne semble pas avoir déjà exprimé un intérêt pour les questions écologiques. Formé à l’élitiste École alsacienne, puis à Sciences Po Paris, il a démarré tôt en politique. Il a adhéré au Parti socialiste (PS) dès 2006, adoptant la ligne Strauss-Kahn, cette gauche « pour qui l’entreprise et le libéralisme ne sont pas des gros mots », soulignait Le Monde en 2018.
Il fréquente les ministères depuis ses 23 ans, et est entré en 2012 dans le cabinet de la ministre socialiste de la Santé Marisol Touraine. Puis il a adhéré dès fin 2016 au parti du candidat Emmanuel Macron, En Marche. Il a été élu député des Hauts-de-Seine de la majorité présidentielle en 2017. Il était alors membre de la commission des affaires culturelles et de l’éducation. Dès octobre 2018, il est entré au gouvernement en tant que secrétaire d’État à la jeunesse auprès de Jean-Michel Blanquer, alors ministre de l’Éducation nationale.
Ma boussole, c’est l’efficacité. Sur la laïcité à l’École, comme sur le reste, je ne prends pas des positions, je prends des décisions. pic.twitter.com/iusaXwDO0P
— Gabriel Attal (@GabrielAttal) December 12, 2023
Sans doute une récompense pour sa fidélité au président de la République, notait à l’époque Libération : « Guérillero bien coiffé, Gabriel Attal a aussi été l’un des seuls à monter au feu […] pour défendre Emmanuel Macron et l’Élysée en pleine affaire Benalla, gagnant du même coup de nouveaux galons. » Déjà, il battait un record de précocité, devenant le plus jeune ministre de la Ve République. Secrétaire d’État à la jeunesse, il était alors chargé de la mise en place du Service national universel. Un projet totalement en phase avec les aspirations actuelles du président de la République qui, comme l’écrivaient en ce début d’année Le Monde, souhaite un « réarmement civique » de la jeunesse.
Puis il a continué de monter en grade : porte-parole du gouvernement en juillet 2020, ministre délégué des Comptes publics au printemps 2022 à la réélection d’Emmanuel Macron, et enfin le prestigieux poste de ministre de l’Éducation nationale lors du remaniement de juillet 2023.
Pas la fibre écolo
L’écologie, dans ce chemin bien tracé, n’a été qu’une question annexe. Sans vision sur le sujet, il a surtout défendu la ligne de l’exécutif. Secrétaire d’État à la jeunesse alors que les marches climat battaient leur plein, il a assuré avoir entendu ses aspirations écologiques et a défendu avec force l’action du gouvernement sur le sujet. En mars 2019, il est même descendu dans la rue, avec sa collègue secrétaire d’État à la Transition écologique Brune Poirson, lors d’une marche climat. Il a été accusé de « récupération », alors que les organisateurs de la manifestation dénonçaient l’inaction climatique de l’exécutif.
Porte-parole du gouvernement, en octobre 2021, il s’en est pris pendant la campagne présidentielle au programme de l’écologiste Yannick Jadot, qui relève selon lui de « l’écologie punitive ». « Quand on parle de fin du nucléaire, si on n’avait pas le nucléaire, la facture d’électricité des Français, elle s’envolerait en ce moment », a-t-il alors ajouté.
En novembre 2022, invité à s’exprimer sur « l’écologie radicale », il fustigeait le soutien des députés Europe Écologie-Les Verts (EELV) ou La France insoumise (LFI) aux manifestants contre les mégabassines. Et il approuvait déjà une possible dissolution des Soulèvements de la Terre, s’affirmant comme un soutien de la ligne Darmanin au gouvernement : « Je pense qu’il faut tout regarder. On a eu la main lourde et on l’a régulièrement en Conseil des ministres. On dissout régulièrement des groupes violents, qui ne respectent pas les valeurs de la République. »
De façon plus générale, ministre délégué aux Comptes publics, en juin 2023, il marquait clairement ses priorités : « S’endetter pour investir notamment dans la transition écologique, […] on ne peut pas se le permettre. » La priorité est d’abord au désendettement, affirmait-il, réagissant au rapport Pisani-Mahfouz qui recommandait jusqu’à 300 milliards d’euros d’endettement pour répondre aux enjeux environnementaux.
🗣️L'endettement massif pour financer la transition écologique, "on ne peut pas se le permettre."
Pour @GabrielAttal, ministre délégué chargé des Comptes publics, la priorité, "c'est celle du désendettement de notre pays."#VIPol, sur #franceinfo canal 27 📺 pic.twitter.com/CpEiG210hC— franceinfo (@franceinfo) June 1, 2023
Désormais Premier ministre, reste à savoir s’il souhaitera garder le secrétariat général à la planification écologique sous son autorité. Il était rattaché à Élisabeth Borne, mais Gabriel Attal pourrait plutôt garder la responsabilité de l’éducation. Le devenir de cette planification écologique devrait être connu avec la composition du nouveau gouvernement.
En attendant, Gabriel Attal a déjà annoncé que son premier déplacement comme nouveau Premier ministre serait, dès le 9 janvier après-midi, dans le Pas-de-Calais. L’occasion de constater les dégâts humains et matériels causés sur le sol français par le changement climatique. Répétera-t-il aux sinistrés des inondations que la priorité est à la dette plutôt qu’à la crise écologique ?