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ÉditoPolitique

Élisabeth Borne, le grand vide écologique

Élisabeth Borne a démissionné avec son gouvernement le 8 janvier 2024.

La Première ministre Élisabeth Borne a démissionné le 8 janvier. Son mandat marqué par des lois droitières et les 49.3 aura vu la poursuite des grands projets destructeurs. Et la cause climatique passer encore à la trappe, écrit Gaspard d’Allens dans cet édito.

La Première ministre, Élisabeth Borne, a remis sa démission à Emmanuel Macron lundi 8 janvier en début de soirée. Outre ses passages en force à coup de 49.3 (vingt-trois en dix-huit mois), la réforme des retraites et l’infamante loi sur l’immigration négociée avec la droite, que retenir de son passage à Matignon, notamment sur le plan écologique ?

Élisabeth Borne est la première femme issue de la gauche à avoir été nommée à ce poste au cours des deux derniers quinquennats d’Emmanuel Macron. Elle avait été auparavant ministre chargée des Transports (17 mai 2017 – 16 juillet 2019), ministre de la Transition écologique (16 juillet 2019 – 6 juillet 2020), puis ministre du Travail (6 juillet 2020 – 16 mai 2022). Avec à la clé, plusieurs réformes décriées comme l’ouverture à la concurrence du transport ferroviaire ou la modification de l’assurance chômage.

Des « petits pas » qui ne vont nulle part

Avant de devenir Première ministre, elle incarnait déjà « la politique des petits pas » sur l’écologie selon Le Monde. En 2019, elle s’était opposée à un amendement qui visait à retirer à l’huile de palme les avantages fiscaux liés aux biocarburants. Elle avait affaibli le droit environnemental en confiant plus de pouvoir aux préfets. Sous pression du Conseil d’État, elle avait négocié au rabais les distances minimales à respecter entre zone d’épandage de pesticide et habitations. « Pas plus que ses prédécesseurs, Élisabeth Borne n’a réussi à mettre la protection de l’environnement au cœur des décisions du gouvernement alors qu’elle était ministre de la Transition écologique », observaient alors les journalistes.

Deux ans plus tard, le même constat se dessine à Matignon. Élisabeth Borne avait pourtant fait de l’environnement un élément essentiel de son nouveau discours. Se faisant le chantre d’une « écologie de progrès », d’« une écologie compétitive » et « non punitive », elle avait, en grande pompe, lancé son projet de planification écologique. Ce portefeuille relié directement à la Première ministre était censé symboliser, dans l’ordre protocolaire, l’importance du sujet pour le gouvernement.

Mais, dès le début, Reporterre en a révélé l’imposture. La planification était une reprise sémantique volée à la France Insoumise, et vendue comme un nouveau produit d’appel pour faire miroiter, après la déception de la Convention Citoyenne et la médiocrité de la loi Climat, un nouveau quinquennat encore plus vert. Au fil du temps, ce projet a fait pschitt, éclipsé par d’autres actualités politiques. Plusieurs fois reporté, un premier bilan d’étape a été réalisé en septembre dernier. Le gouvernement n’a alors fait que recycler des mesurettes : la sortie du charbon, la création de RER métropolitains, etc.

Attentisme à la française

Au cours de ces dix-huit mois, comme lors du précédent quinquennat, le gouvernement a surtout cherché à gagner du temps. Il a baladé ses opposants et temporisé en permanence sur des décisions structurantes pour la transition écologique.

À l’Assemblée nationale, le 49.3 a enterré à plusieurs reprises les débats sur les questions budgétaires liées à l’écologie. Une loi Climat Énergie aurait légalement dû être débattue avant juillet 2023 au Parlement. Mais elle a été repoussée aux calendes grecques avant d’être remplacée par un avant-projet de loi sur la souveraineté énergétique qui consacre la relance du nucléaire et l’abandon des renouvelables. Élisabeth Borne aura été la cheffe d’orchestre de cet attentisme, le soldat loyal de « cette écologie à la française » dont on peine à voir comment elle nous sortira de la crise climatique.

Au-delà de l’affichage volontariste, Élisabeth Borne aura surtout incarné une approche technicienne de l’écologie. Avec des tableaux Excel et des chiffres, mais aucun élan, aucune vision.

Pendant son exercice du pouvoir, il n’y aura pas eu de grands textes sur l’écologie. Simplement une loi de simplification administrative sur les énergies renouvelables, aussi ambivalente que risquée quant à la protection de la biodiversité. Et une loi sur la promotion du nucléaire, qui scelle « en catimini » l’avenir énergétique des Français et supprime l’objectif de réduction du nucléaire dans le mix énergétique.

En finir avec les fortes têtes

Dans ce second quinquennat, Emmanuel Macron a souhaité en finir avec les fortes têtes, les Barbara Pompili et Nicolas Hulot qui l’avaient contrarié lors de son premier mandat. Il veut désormais rester le seul maître à bord, choisit d’abord la fidélité et délègue à ses ministres de l’Écologie des tâches subalternes, tandis qu’il se réserve le soin de faire ses shows et ses annonces en vidéo chez des youtubeurs comme Hugo Décrypte. Jamais l’écologie n’avait autant ressemblé à un spot publicitaire, avec ses grands plans sans queue ni tête : un milliard d’arbres plantés d’ici 2030, la plantation d’un arbre pour chaque enfant entré en sixième, etc.

Au sein du gouvernement, les personnalités en charge de l’écologie n’auront pas réussi à imprimer, à laisser une trace. Qui serait en mesure de donner une mesure phare de la secrétaire d’État à la biodiversité Sarah El Hairy ? Qui la connaît ? Que retiendrons-nous d’Hervé Berville, secrétaire d’État auprès de la Première ministre chargé de la mer, si ce n’est son long plaidoyer en faveur de la pêche industrielle et contre les aires maritimes protégées ?

Sans aucune expérience sur l’écologie, désignée par l’association Agir pour l’Environnement comme l’une des pires élues en matière d’environnement, Amélie de Montchalin avait d’abord été pressentie au poste du ministère de l’Écologie avant de devoir démissionner.

L’écologie en jet privé

Christophe Béchu qui l’a remplacée, restera sûrement l’un des ministres de la Transition les plus insignifiants de l’histoire de la Vᵉ République, circulant en jet privé pour parler d’environnement, silencieux devant les mégafeux et la canicule. On se souviendra surtout de son projet d’adaptation de la France à + 4 °C à défaut d’actions concrètes ici et maintenant.

Et pendant ce temps, les grands projets destructeurs ont continué de se faire. Au cours de ces dix-huit mois, Élisabeth Borne a été la première ministre de l’autoroute A69. Elle a laissé des écologistes risquer leur vie contre ce projet. Elle a délivré son blanc sein à Gérald Darmanin pour criminaliser « les écoterroristes ».

Le gouvernement d’Élisabeth Borne c’est aussi « la construction de quatre-vingts projets de routes et d’autoroutes, seize aéroports ou extensions, plus d’une centaine de projets de mégabassines, soixante projets de fermes-usines et extensions, plus de 200 zones commerciales et logistiques, et encore des centaines de parcs de loisirs absurdes, d’industries destructrices, de complexes immobiliers… qui bétonnent nos terres et détruisent le climat », rappelait le collectif Terres de luttes dans une tribune. Mais nul doute que le prochain gouvernement nous réservera lui aussi des surprises…

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