Il a inventé la voiture électrique autonome et sans nucléaire

Durée de lecture : 5 minutes

30 juillet 2014 / Flora Chauveau (Reporterre)

Georges Bonnet, ingénieur de 85 ans, a inventé un système de remplacement rapide des batteries de voitures électriques qui donnerait à celles-ci une plus grande autonomie, tout en évitant l’électricité nucléaire. Une véritable innovation qu’il ne parvient pourtant pas à développer.


C’est un système qui pourrait bien révolutionner l’utilisation de la voiture électrique. L’idée : en trois minutes, un robot récupère l’une des deux batteries présentes dans la voiture, celle qui est déchargée et la remplace par une batterie chargée. Autonomie totale de la voiture entre deux rechargements : 300 kilomètres.

L’inventeur de cette station de remplacement de batteries, c’est Georges Bonnet, ancien ingénieur âgé de 85 ans. La passion de l’invention ne l’a jamais quitté. Il y a dix ans, il se lance dans la conception d’un système permettant aux voitures électriques de se recharger plus rapidement.

Le déclic ? « À la télévision, Serges Dassault assurait que les voitures électriques ne fonctionneraient pas tant qu’elles ne seraient pas dotées de batteries rechargeables. » Actuellement, plusieurs heures sont nécessaires pour recharger un véhicule électrique. Un frein pour leur développement.

- Georges Bonnet -

Ingénieur dans l’aéronautique

A 19 ans, le jeune Georges Bonnet étudie l’électricité à Paris puis passe un concours pour entrer à Air France : il fait partie des six candidats reçus sur plus de trois-cents. Il se lie alors d’amitié avec un ingénieur des arts et métiers. Avec lui, il conçoit ses premières inventions, notamment un outil permettant le démontage des génératrices d’avion.

Puis, il s’envole pour le Canada où il vit huit ans. En pleine guerre froide, il travaille à la logistique sur la construction de lignes de radars dans les terres de Baffin, en Arctique. De retour en France, il se confronte à une autre réalité : toute l’expérience qu’il a acquise durant ses années aux Canada n’est pas reconnue par ses potentiels employeurs.

« Je suis retombé au bas de l’échelle » raconte-t-il. Il lui faut de la persévérance pour intégrer des sociétés de constructions aéronautiques, mais il y parvient. Recruté par Dassault, il travaille alors sur des prototypes d’avions aux noms désormais bien connus : l’Etendard, le Mirage III, le Falcon, etc.

La fin de sa vie professionnelle sera, encore et toujours, faite d’inventions comme cette machine, destinée à simplifier la comptabilité. Une fois à la retraite, l’homme continue ses « bricolages » et se lance dans la conception de sa station de rechargement de batterie.

L’industrie reste sourde au projet

Mais alors que son invention semble prometteuse, Georges Bonnet se heurte au refus des industriels. Il a besoin de plusieurs partenaires pour développer la station : un concepteur de voiture électrique, un concepteur de batterie et un de la station en elle-même.

En 2004, il s’allie à l’entreprise RSP Ingénierie, spécialisée dans la conception de robots industriels basée à Saint-Martin-du-Mont, dans l’Ain. Ensemble, ils déposent le brevet de la station. Mais aucune entreprise ne souhaite développer la voiture électrique et la batterie.

« J’ai contacté différentes entreprises françaises, des personnalités politiques de tous bords… Ce sont des entreprises chinoise et indienne qui m’ont répondu ! » Or Georges Bonnet, tout comme son partenaire, souhaiterait plutôt voir se développer le système en France.

- Voiture électrique normale, se rechargeant pendant plusieurs heures à une borne. -

Générer de l’électricité sans nucléaire

L’ancien ingénieur ne s’arrête pas là. Il découvre les nombreuses critiques faites à la voiture électrique. Ses détracteurs l’accusent d’être polluante, car son énergie provient de centrales nucléaires. Georges Bonnet invente alors un système qui permet de produire de l’électricité à partir des déperditions d’énergie.

« L’industrie – sidérurgie, raffinerie - dispose d’une grande quantité d’énergie non utilisée » explique-t-il. Cette énergie thermique, la chaleur créerait un flux d’air transformée en électricité. Selon ses calculs, une telle centrale produirait autant d’énergie que douze éoliennes et en continu. « Je ne peux pas vous en dire plus, le brevet n’est pas encore déposé car il est trop cher et je n’ai pas encore de partenaire. »

L’homme continue donc la quête qui lui permettrait de développer enfin ses inventions. « Je ne cherche pas à gagner de l’argent », déclare-t-il. « Simplement voir mes projets réalisés et être dédommagé pour le travail que j’ai effectué. »


L’ÉCHEC DU RECHARGEMENT DES BATTERIES CHEZ RENAULT

En 2008, Renault signait un accord avec l’entreprise israélo-américaine Better Place pour développer un système de remplacement robotisé des batteries de voitures électriques. Le concept était très proche de celui élaboré par Georges Bonnet, à cela près que les batteries étaient extraites de la voiture par le dessous.

Le but : développer un réseau de 500 000 stations de recharges, d’abord en Israël puis au Danemark et en France. Renault devait construire les voitures adaptées, le Fluence ZE, Nissan les batteries et Better Place les stations.

Mais en juin 2013, la start-up est mise en faillite. En cause : les dettes de l’entreprise, les retards de Renault quant à la livraison des voitures électriques, l’absence de soutien politique, le coût de la station, 1 ,5 millions d’euros.


Complément d’info : Contact Georges Bonnet : jbgb1728@gmail.com


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Source : Flora Chauveau pour Reporterre

Photos :
. Chapô modélisation : RSP Ingénierie
. Portrait : Georges Bonnet
. Voiture électrique : Flickr (Crédit : Denis Bocquet / CC BY 2.0)

Lire aussi : Les députés offrent un cadeau ruineux à Renault et à Bolloré au détriment de l’environnement


Cet article a été rédigé par une journaliste professionnelle et a entrainé des frais. Merci de soutenir Reporterre :

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