Incendies : les populations africaines en première ligne
En août 2025, un incendie a dévasté les alentours de Derdara, au Maroc. - © Abdel Majid Bziouat / AFP
En août 2025, un incendie a dévasté les alentours de Derdara, au Maroc. - © Abdel Majid Bziouat / AFP
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D’après une étude scientifique, les populations de plusieurs pays d’Afrique sont les plus exposées à l’augmentation des incendies. Renforcés par le changement climatique, les feux de forêts sont à la hausse.
À l’échelle planétaire, les feux font de plus en plus de ravages, mais les personnes les plus exposées ne sont pas celles dont on entend le plus parler. Les incendies catastrophiques qui ont, cet été encore, consumé le sud de la France et de l’Europe, notamment l’Espagne, ont été largement documentés. Mais la grande majorité des populations exposées aux feux se trouvent en Afrique, loin des radars médiatiques.
Selon une étude publiée dans la revue Science le 21 août, un total de 440 millions de personnes ont été exposées directement à des feux d’espaces naturels entre 2002 et 2021. Dans plus de 85 % des cas, ces incendies sont survenus sur le continent africain. Les personnes définies comme « exposées » sont celles dont l’habitation se trouvent dans le périmètre d’une zone brûlée. Cinq pays cumulent même la moitié des expositions globales : le Congo, le Soudan du Sud, la Zambie, le Mozambique et l’Angola.
Plus inquiétant : sur cette même période, le nombre de personnes exposées annuellement aux feux a augmenté de 40 %, soit 7,7 millions d’individus supplémentaires, l’essentiel de cette hausse se concentrant là aussi en Afrique. Ces estimations ne prennent en compte que les expositions directes aux feux, sans considérer les expositions aux fumées et aux débris post-incendies par exemple, écrivent les scientifiques. En prenant l’ensemble des effets directs et indirects en compte, les chiffres seraient « probablement beaucoup plus hauts ».
Les migrations humaines accroissent l’exposition aux incendies
Pour établir ces chiffres, les chercheurs ont compilé les données de 18,6 millions de feux enregistrés dans la base Global Fire Atlas entre 2002 et 2021. Ils les ont ensuite mises en lien avec leurs données démographiques et celles relatives à l’usage des terres.
Leurs résultats pointent un paradoxe : dans le même temps, les surfaces brûlées dans le monde ont diminué de 26 %, notent les auteurs. La hausse de l’exposition des populations n’est donc pas directement liée à celle des feux, mais plutôt à la croissance démographique et aux migrations, qui ont rapproché de nombreuses personnes des zones à risque.
« Les feux sont des phénomènes socio-écologiques complexes », écrivent-ils, dont on ne peut saisir pleinement les conséquences sans prendre en compte les dynamiques entre les feux, les paysages et les activités humaines. En Afrique, la fragmentation des terres provoquée par l’augmentation de la population et par l’expansion de l’agriculture commerciale ont rapproché les habitants de zones exposées aux feux. La pratique des brûlages intentionnels dans l’agriculture participe également à accroître l’exposition.
Baisse des feux de savane, hausse des feux de forêts
L’écrasante majorité des feux étudiés par les chercheurs — qui comprennent les incendies des terres couvertes de végétation, hors agriculture — se concentrent en Afrique, pour près des deux tiers : 64,3 % des surfaces brûlées entre 2002 et 2021 précisément. Cette prépondérance du continent africain explique l’étonnante dynamique de la baisse des feux (- 26 % sur la période), alors même que les mégafeux au Canada et ailleurs se multiplient, et que le changement climatique ne cesse d’intensifier les feux de forêt.
La baisse mondiale des feux est avant tout due à celle des feux dans la savane africaine, laquelle est liée aux changements de pratiques agricoles. Les surfaces brûlées de prairies, savanes et zones arbustives sont en décroissance depuis le début du siècle, comme le documentent les satellites de la Nasa.
À l’inverse, les feux de forêts sont à la hausse, notamment dans les zones tempérées et boréales. Bon indicateur du phénomène, le carbone rejeté par ces feux de forêt a augmenté de 60 % entre 2001 et 2023. Boostés par le changement climatique, ces incendies sont également de plus en plus intenses. Les feux de forêt définis comme extrêmes ont doublé en vingt ans, et pourraient contribuer au franchissement de points de bascule du système climatique.
Les 0,01 % des feux les plus intenses comptent pour 5 % des surfaces brûlées, soulignent les auteurs de l’article de Science. D’après eux, les incendies ayant entraîné le plus de victimes et de dégâts sociétaux se sont produits ces dernières années, dans les régions aux climats méditerranéens du sud de l’Europe, en Afrique du Sud, en Australie et dans l’ouest de l’Amérique du Nord. Mais la plupart des personnes concernées sont exposées à des feux moins extrêmes et vivent majoritairement dans d’autres régions, comme l’Afrique tropicale.