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ReportageTransports

Plutôt que l’avion, j’ai testé le train pour Berlin, et c’est bien !

Notre journaliste a testé la nouvelle ligne de train directe entre Berlin (photo) et Paris.

Depuis fin 2024, une ligne directe entre Paris et Berlin est opérée par la SNCF et la Deutsche Bahn. Reporterre a embarqué à bord d’un train. Verdict : un prix raisonnable et de la bonne nourriture.

Berlin-Paris, reportage

Lundi 20 janvier, peu avant midi en gare de Berlin. Baignée par le soleil, la Hauptbanhof (gare centrale, dans la langue de Goethe) accueille le train ICE, pour InterCity Express, numéro 9590, avec quelques minutes de retard et un changement de quai à la dernière minute. Pas de quoi perturber les 444 passagers qui montent à bord de ce cousin allemand du TGV en direction de Paris.

Inaugurée le 16 décembre 2024, cette ligne directe entre les deux capitales européennes est opérée par la SNCF Voyageurs et la Deutsche Bahn, son équivalente allemande. Celle-ci propose quotidiennement un aller simple dans les deux sens avec un prix d’entrée de 59,99 euros, pour environ huit heures de trajet en journée.

Contrairement à la partie de la ligne située en France, la très grande vitesse n’est pas instaurée sur toute la partie allemande. © Guy Pichard / Reporterre

Lors de notre reportage, le billet a été acheté la veille du voyage au prix de 119 euros pour une place en seconde classe, de Berlin à Paris - l’équivalent d’un billet en avion avec bagage en soute. « Ce n’est pas cher et nous voyageons en première classe grâce à notre carte senior », se réjouit Claire, qui voyage avec deux amies d’enfance et revient d’une visite à son fils dans la capitale allemande. « Franchement, entre le taxi pour aller à l’aéroport, le temps d’attente pour embarquer et l’éloignement des aéroports des centres-villes… Cela ne vaut plus le coup de prendre l’avion sur ce trajet, que ce soit sur le prix et sur le confort. »

Claire et ses deux amies rentrent d’un séjour de quelques jours à Berlin. Et pour elles le constat est clair, l’avion n’est plus une option sur ce trajet. © Guy Pichard / Reporterre

Sur ce dernier point, l’ICE allemand vaut un TGV classique avec comme équipement de base une prise de courant et du wifi (aléatoire, certes) mais c’est surtout au restaurant que le voyageur français sera — agréablement — surpris. Un restaurant au menu varié, une option végane solide, le service à table, des bières allemandes à la pression... Rien de comparable avec un TGV.

100 fois moins de CO2

Déjà une heure de trajet et Aarsand savoure une alt-wiener suppentopf, accompagnée de bio-brotchen. De nationalité norvégienne, Aarsand profite du menu spécial Autriche (avec une soupe aux vermicelles et à la viande accompagnée de son petit pain) en regardant défiler les paysages enneigés. « Je vais en vacances à Paris mais j’ai récemment appris que cette ligne existait, alors je me suis dit que c’était meilleur pour la planète d’opter pour un avion pour Berlin et de continuer en train jusqu’à la France », explique-t-elle entre deux cuillerées de potage viennois. « Cela aurait été évidemment plus rapide d’effectuer Oslo/Paris en avion mais honnêtement, je me sens mieux ainsi. »

À titre de comparaison, le trajet par voie ferroviaire Paris/Berlin émet 100 fois moins de CO2 que le même trajet en avion, soit 2 kg de CO2 en train contre 200 kg en avion.

La compagnie allemande privilégie les verres et non les gobelets jetables, quitte à faire tourner le lave-vaisselle. © Guy Pichard / Reporterre

À la table voisine du restaurant, Antoine discute autour d’un café et là aussi, l’arrivée de cette ligne ferroviaire sonne comme une bénédiction. « Je suis hyper content de cette nouvelle ligne car ma femme vit à Berlin et moi à Paris », explique-t-il. « Cela risque d’avoir un impact sur les liaisons en avion entre Paris et Berlin, car les derniers réfractaires n’ont plus d’excuses. »

Une nouvelle coopération franco-allemande

Les kilomètres défilent et la neige se fait plus rare dehors. Francfort, Karlsruhe et Strasbourg, autant de gares où l’ICE dépose et reçoit son lot de voyageurs en quelques minutes. Un autre ballet a lieu, cette fois en coulisses. Aussi bien de nationalité française qu’allemande, les conducteurs et le personnel de bord se relaient au fil des étapes.

« Pour les Français, le changement d’équipage a lieu à Strasbourg dans ce sens car la loi interdit aux travailleurs de la SNCF de dépasser les huit heures de travail de suite, ce qui exclut ce trajet en entier », explique un membre du personnel de bord. « Tous les agents présents sur cette ligne ont été formés dans les deux pays. La ligne SNCF Francfort/Marseille cartonne, l’international ferroviaire a clairement de l’avenir ».

De nationalité norvégienne et en direction vers Paris, Aarsand a préféré limiter l’usage de l’avion jusqu’à Berlin pour ensuite prendre le train. © Guy Pichard / Reporterre

Bien que l’arrivée en gare de l’Est ait eu lieu avec un léger retard ce soir-là, le taux de ponctualité de la ligne était de 94 % du lancement de la ligne au 15 janvier, selon le site spécialisé Zugfinder. Et les taux de remplissage sont annoncés comme très bons. L’avenir de la ligne sur de bons rails.

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