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ReportageJO 2024

JO 2024 : pourra-t-on nager dans la Seine ?

Christophe Béchu, ministre de la Transition écologique (au centre), et Amélie Oudéa-Castéra, ministre des Sports, lors de l'inauguration de la station de dépollution des eaux pluviales à Champigny, le 23 avril 2024.

Les ministres Christophe Béchu et Amélie Oudéa-Castéra ont inauguré une station de dépollution des eaux pluviales. Un équipement de plus pour rendre la Seine baignable en vue des Jeux olympiques. Mais le défi n’est pas gagné...

Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne), reportage

Ruban tricolore, ciseaux dorés, petits fours et parterre d’élus en écharpe. La mise en scène est soignée, mardi 23 avril à Champigny-sur-Marne. Et les deux ministres venus inaugurer la station de dépollution des eaux pluviales ont répété le message : « Nous serons prêts pour les Jeux olympiques, au rendez-vous en temps et en heure », a assuré Amélie Oudea-Castera, tout sourire aux côtés de Christophe Béchu, le ministre de la Transition écologique.

Au centre des préoccupations : la baignade dans la Seine, « un des rendez-vous du siècle » selon la ministre des Sports. La trempette étant interdite dans le fleuve depuis 1923, c’est l’un des défis les plus ambitieux de ces Jeux olympiques. Il s’agit de dépolluer un cours d’eau largement urbanisé et artificialisé, qui récupère aujourd’hui encore les eaux pluviales et une grande part des eaux usées, plus ou moins bien traitées, de quelque 10 millions de Franciliens.

Le grand fleuve est régulièrement contaminé par des bactéries fécales pouvant provoquer diarrhées et vomissements. © Mathieu Génon / Reporterre

Le fleuve est régulièrement contaminé par des bactéries fécales — Escherichia coli et entérocoques — pouvant provoquer diarrhées et vomissements. En cause, principalement : les erreurs de branchements des immeubles, dont les eaux usées se déversent dans le réseau d’eau pluviale, et vice versa, pour finir ensuite dans la Seine et la Marne. D’après des estimations citées par le journaliste spécialiste du sujet Marc Laimé, « ces mauvais branchements en amont [seraient] à l’origine de 80 % de la pollution bactériologique de la Seine dans Paris intramuros ».

Corriger la tuyauterie de milliers de logements constitue « un chantier titanesque » selon un employé du Val-de-Marne interrogé par Reporterre : le département concentrerait à lui seul entre 50 000 et 100 000 raccordements non conformes. Le gouvernement estime que 10 000 « mauvais branchements » seront résorbés d’ici les Jeux olympiques. On ne sera donc pas « au rendez-vous » sur ce sujet.

La station de dépollution des eaux pluviales, inaugurée le 23 avril 2024. © Mathieu Génon / Reporterre

Conséquence, les eaux usées — potentiellement contaminées — pourraient continuer de ruisseler jusqu’aux rivières franciliennes, particulièrement en cas de fortes averses. D’où la création de cette station de dépollution des eaux pluviales, « atypique et unique en France », selon les propos du président du Conseil départemental, Olivier Capitanio. La plupart du temps en effet, pas besoin de traiter les gouttes qui tombent du ciel.

Suffisant pour éviter la gastro aux athlètes ? « Avec notre plan d’action, nous avons toutes les conditions pour être au rendez-vous le 30 juillet prochain, date des premières épreuves dans le fleuve, a insisté Amélie Oudéa-Castera. Nous le ferons, et nous y plongerons. »

Une pollution bactériologique « constante »

Pour le moment, ce discours tient davantage de la méthode Coué que de la réalité. L’été dernier, les épreuves test prévues dans la Seine ont dû être annulées pour cause de pollution trop élevée. Début avril, l’association Surfrider révélait des analyses inquiétantes de la qualité de l’eau : « Sur les 14 prélèvements, réalisés aussi bien à la suite de fortes pluies que par des journées ensoleillées, seul 1 a permis à notre équipe de conclure à une qualité ne serait-ce que satisfaisante de l’eau de la Seine à cet endroit donné », alertait l’ONG.

En clair, qu’il pleuve ou qu’on crame sur les quais de Seine, « il existe un “bruit de fond”, une constante dans le niveau de pollution bactériologique, nous dit Lucie Segalas, de Surfrider. On espère que les nouveaux ouvrages vont permettre d’améliorer encore la situation, mais on appelle à la vigilance. » Pour les Jeux olympiques, « ça devrait passer, si la météo est ensoleillée », prévoit Michel Riottot, de France Nature Environnement Île-de-France.

Christophe Béchu lors de l’inauguration de la station de dépollution des eaux pluviales. © Mathieu Génon / Reporterre

Mais l’écologiste, microbiologiste de formation, se montre beaucoup plus sceptique quant à la possibilité de piquer une tête dans la Seine ou la Marne l’an prochain : « Selon la réglementation, il faut des analyses positives [avec de très faibles niveaux de bactéries E. Coli et entérocoques]pendant quatre années consécutives pour autoriser la baignade, dit-il. On est encore loin du compte ! »

Pourtant, le gouvernement continue de promettre le grand bain « dès 2025 » dans une trentaine de sites en Île-de-France. Il s’agira de « l’héritage écologique » de ces Jeux, selon Christophe Béchu, pour qui « La Seine et la Marne seront des îlots de fraîcheur pour faire face aux vagues de chaleur ». Attention cependant à ne pas vendre les écailles du poisson avant de l’avoir pêché. « Tout cela tient plus de la déclamation et de la politique fiction que de la réalité », conclut Michel Riottot.


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