Je vis sans chaise, et ça va beaucoup mieux

7 avril 2017 / Sylvain Griot



Source de différents maux, la position assise n’a rien de naturel, explique l’auteur de cette tribune. Qui encourage à se débarrasser des chaises — et de l’impact écologique de ces objets de consommation de masse — en réapprenant la position naturelle du repos : l’accroupi.

Sylvain Griot est un coureur « amateur, mais passionné ». Après avoir souffert de nombreuses blessures aux jambes (genoux, chevilles, hanches) il a découvert en 2013 la course déchaussée. Ses chronos se sont sensiblement améliorés (1 h 26 sur semi-marathon, pour une 1 h 42 chaussé), et ses blessures ont disparu. Fort de ces résultats, il s’est intéressé à l’usage naturel du corps. Il livre régulièrement le fruit de ses réflexions sur son blog.

Sylvain Griot.

Pour bien des raisons, il apparaît passionnant et pertinent de reconsidérer notre rapport à la chaise. Complications médicales pour l’utilisateur devenu « sédentaire » (mot qui, en 1662, signifiait : « dépendant de la position assise ») et impact écologique du produit de consommation de masse sont les deux aspects qui nous intéresseront le plus. Mais, commençons avant toute chose par un constat simple et trivial : l’être humain n’a aucunement besoin de chaise pour se reposer, manger, lire, travailler, déféquer, etc. En effet, dans la majorité des sociétés encore non occidentalisées, la station de repos qui s’impose avec évidence reste bel et bien l’accroupi. Cette posture nous est offerte à tous par Mère-Nature, et les enfants du monde entier l’adoptent instinctivement dès leurs premiers pas.

Dans l’histoire du monde occidental, la chaise est d’abord utilisée non pas pour son aspect pratique, mais pour sa valeur symbolique, permettant d’affirmer la haute autorité de celui qui s’y assoit (l’exemple du trône). Même dans les foyers les plus aisés, il faudra attendre le XVIe siècle pour que l’usage de la chaise se généralise. Par conséquent, cette « société assise » à laquelle nous sommes aujourd’hui habitués est en fait un phénomène qui aurait tout au plus 200 ans.

On peut également suggérer que cette même chaise, fruit de la main habile et de l’esprit créateur de l’homme, nous aura permis de nous élever, de nous distancier du sol, et donc d’entrer de plain-pied dans les hautes sphères de la modernité, en réaction ou en opposition à la posture accroupie, tellement terre-à-terre, tellement instinctive, tellement naturelle, et par conséquent tellement sauvage. C’est cette histoire que semble nous raconter la page Wikipédia dédiée à l’accroupi (consultée le 6 avril 2017), puisque qu’elle laisse entendre que seuls les singes sauraient être à l’aise dans cette position. L’accroupi serait animal quand le trône serait lui civilisé.

Les bénéfices de l’accroupi sont nombreux 

Nous avons perdu notre autonomie et sommes devenus dépendants de l’objet que nous avons créé (et acheté), puisqu’une grande partie des adultes occidentaux ne sait plus vivre sans chaise ou fauteuil, car ne sait plus s’accroupir. Pas pour des raisons génétiques, puisque tous les peuples possèdent à la naissance cette faculté, mais parce que dans un monde pensé et organisé autour de la chaise, nous avons oublié de pratiquer cette posture et avons peu à peu perdu notre souplesse naturelle (principalement dans la zone entourant le bassin). Notre corps est donc dépendant d’un produit de consommation pour pouvoir vivre confortablement au quotidien, et ce qui est vrai pour la chaise l’est également pour la chaussure, la voiture, le chauffage centralisé, le smartphone, etc.

Les bénéfices de l’accroupi sont nombreux. Dit autrement, la perte de souplesse permettant cette faculté naturelle peut favoriser l’émergence de nombreuses complications : difficultés à accoucher, hémorroïdes, cancer du côlon, constipation, appendicite, prostatite, douleurs lombaires, etc. la liste est longue. Le trône, si moderne, placé dans les toilettes pour la défécation ne permet malheureusement pas un travail optimal des organes participant à la bonne expulsion des excréments.

Les jeunes enfants adoptent spontanément la position accroupie.

On peut noter également que la position en tailleur, et tous ses dérivés (lotus, semi-lotus, etc.), ainsi que le seiza, même s’ils sont peut-être moins instinctifs et déjà plus le fruit de codes culturels, permettent également une assise autonome, confortable et saine pendant plusieurs heures.

La chaise, le fauteuil, le canapé, le pouf sont aujourd’hui des produits de consommation de masse, complexes et hautement transformés, issus d’un système ultramondialisé. Faits de bois, de colles, de plastiques, de pétrole, de textiles et cuirs naturels ou synthétiques, de composés perfluorés, d’ignifuges bromés, et autres matériaux ou produits issus du monde entier, ces produits sont assemblés en Chine ou en Pologne puis acheminés jusqu’au consommateur final. On peut donc affirmer que la simple chaise a, sur notre environnement tout comme sur notre santé, un impact qui n’a plus rien de négligeable.

Observer les réactions des passants 

Rien n’est perdu pour autant. Nous sommes tous en mesure, à l’aide de quelques exercices simples, et d’un peu de patience, de retrouver notre station de repos naturelle qu’est l’accroupi, de bénéficier de tous les bienfaits de cette posture et, par la même occasion, de ne plus être dépendants de la chaise, donc de reconquérir notre autonomie.

Après trois ans d’éveil, d’assouplissements et de découverte, je suis moi-même désormais capable de me reposer dans cette posture (même si elle n’est pas encore parfaite), posture qui me procure une grande sensation de bien-être dans le bas du dos. À l’arrêt de bus, je m’amuse à observer les réactions des passants qui ne comprennent pas toujours ce que suis en train de faire. Depuis que j’ai la souplesse suffisante, je ne m’assois plus sur le siège des toilettes, mais pose mes deux pieds sur la faïence, pour une expulsion plus naturelle de mes selles.

Avec quelques exercices et de la patience, nous pouvons tous retrouver la position de repos naturelle qu’est l’accroupi.

Enfin, on pourrait imaginer l’école comme un système éducatif permettant aux enfants de conserver et d’affirmer cette autonomie physique innée et naturelle, car comme le suggérait l’ethnologue français Marcel Mauss en 1934 : « Nous ne savons plus nous accroupir. Je considère que c’est une absurdité et une infériorité de nos races, civilisations, sociétés. (…) La position accroupie est, à mon avis, une position intéressante que l’on peut conserver à un enfant. La plus grosse erreur est de la lui enlever. Toute l’humanité, excepté nos sociétés, l’a conservée. »




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Lire aussi : Pas à pas vers une naissance au naturel

Source : Courriel à Reporterre

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et inters sont de la rédaction.

Photos : © Sylvain Griot sauf
. chapô : Parents d’élèves Tagbanua coupant l’herbe de la cour de l’école, auxPhilippines © Camille Oger/LeManger.fr

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