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Photographe dans les Vosges ©Mathieu Génon/Reporterre

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Entretien — Présidentielle

Jean-Marc Governatori : « Je suis écologiste centriste, pas écologiste de gauche »

Jean-Marc Governatori, à Paris, le 27 août 2021.

Reporterre s’est entretenu avec chacun des candidats à la primaire écologiste pour l’élection présidentielle de 2022. Aujourd’hui, Jean-Marc Governatori, conseiller municipal à Nice, qui se revendique écologiste centriste et veut sortir la France du présidentialisme.

Reporterre publie chaque jour de la semaine le portrait et l’interview de l’un des cinq candidats à la primaire des écologistes, dont le premier tour se déroule du 16 au 19 septembre et le second du 25 au 28 septembre, en vue de la présidentielle de 2022. L’ordre de passage a été tiré au sort.



Reporterre — Quelles sont les trois premières mesures qu’il faudrait prendre pour enrayer la crise climatique et la sixième extinction des espèces ?

Jean-Marc Governatori — La première, ce serait d’expliquer aux Français avec des éléments factuels le pourquoi du comment de la situation sanitaire, environnementale, sociale, financière, et son lien avec notre mode de vie. Ces explications pourraient être faites grâce aux télés, aux radios, aux réseaux sociaux… Mener une action politique, c’est aussi faire de la pédagogie. Je suis écologiste centriste, je ne suis pas écologiste de gauche, et pour nous la notion de responsabilité est très importante. Beaucoup de gens qui font de la politique ont l’habitude d’attribuer la responsabilité de la situation actuelle à Emmanuel Macron ou à Bruxelles. Nous, nous disons que nous avons tous notre part de responsabilité, que ce soit vis-à-vis de notre manière de consommer, de notre façon d’éduquer nos enfants, de la composition de notre bol alimentaire, de la manière dont nous traitons nos corps… Un président tout juste élu pourra pénétrer les consciences et expliquer cette notion de coresponsabilité globale.

La seconde mesure serait le lancement d’un débat national public de six mois sur l’éducation afin d’examiner les programmes, les horaires, la formation des maîtres, le fait que l’on ait décidé d’élever nos enfants dans le numérique et le béton, ce qui à mon sens les mutile. Au terme de ces six mois, nous organiserions un référendum au cours duquel les Français pourraient choisir entre plusieurs options sur l’éducation qu’ils veulent donner aux enfants. Pourquoi ? Parce qu’en tant qu’écologiste, je m’inquiète de quelle planète je vais laisser à nos enfants, mais aussi de quels enfants je vais laisser à la planète.

La troisième serait sortir du présidentialisme. Pour cela, je propose un triumvirat primo-ministériel, qui serait nommé par les trois chambres : la chambre des députés qui seraient élus à la proportionnelle, le Sénat, et une troisième assemblée que je créerais de citoyens volontaires tirés au sort — deux par département. Ces trois chambres éliraient les trois Premiers ministres, puisque pour moi le président doit simplement être un ambassadeur. Nicolas Hulot aurait tout à fait le profil, par sa crédibilité, son expérience, sa sincérité, son activisme. En ce qui me concerne, je postulerais pour être l’un des trois Premiers ministres.


La transition énergétique ne se fera pas sans action sur les économies d’énergie, angle mort des politiques. Quelle mesure prendre pour la sobriété énergétique ?

Il faut isoler toutes les constructions. Cela crée de l’emploi non délocalisable et ne coûte rien. Sur quinze ans, l’économie d’énergie paie l’investissement initial. L’autre moyen d’économiser l’énergie, c’est l’éducation à l’environnement. La sobriété dépend beaucoup de notre comportement, notamment vis-à-vis des transports individuels. Dans ma vision sociétale, la voiture continuerait d’exister, mais le transport collectif deviendrait la règle. Il faudrait expliquer aux gens l’impact que le transport a sur la qualité de vie et sur la survivance de l’espèce humaine, puisqu’il représente 30 % des gaz à effet de serre. C’est pour cela que l’éducation des enfants est capitale. Si vous l’habituez au minibus, à la marche, au vélo, vous en ferez un nouvel adulte.

Jean-Marc Governatori : « Je souhaite sortir du présidentialisme en introduisant un triumvirat primo-ministériel, car lorsque l’on donne autant de pouvoir à un seul homme, il perd la tête. » © Mathieu Génon/Reporterre

Comment sortir du nucléaire ?

Il faut sortir du nucléaire en quelques décennies, d’une part en développant les énergies renouvelables, la biomasse, la géothermie, le solaire, l’éolien, tout en sachant que toutes les sources énergétiques ont des défauts. Il faut faire de l’éducation à l’environnement pour que l’on consomme moins d’énergie, isoler les bâtiments, sortir de la voiture électrique, car je pense qu’elle est un fléau. Je ne sais pas si l’on pourra arriver à zéro réacteur, mais je suis sûr que l’on peut diviser par dix le besoin en électricité nucléaire.


Passer à la VIᵉ République est une priorité largement partagée. Mais quelle évolution de la Constitution vous semble prioritaire ?

Ce qui compte, ce n’est pas le numéro de la République, mais ce que l’on met dedans. Je souhaite sortir du présidentialisme en introduisant un triumvirat primo-ministériel, car lorsque l’on donne autant de pouvoir à un seul homme, il perd la tête. Je propose également de mettre en place une proportionnelle totale aux législatives et de reconnaître le vote blanc, ce qui fera voter les gens. Je suis également pour le non-cumul des mandats. À la mi-mandat, il serait important que l’on examine les résultats des députés en termes de chômage, de délinquance, de niveau d’imposition… Si je fais venir deux fois mon plombier chez moi et que les deux fois il n’arrive pas à réparer la fuite, je change de plombier. En politique, on peut faire des bêtises pendant cinq ans, et rester député. Si les critères essentiels d’évaluation des députés ne sont pas améliorés au bout de trente mois, il faudrait refaire des élections législatives.



Comment faire pour qu’au niveau mondial les émissions de gaz à effet de serre se réduisent fortement ?

Les magiciens n’existent pas. On a beaucoup d’impact sur un pays, moins sur les autres. Mais le fait que l’on ait un triumvirat primo-ministériel et un président ambassadeur pourrait alerter les opinions publiques. Je viens du monde associatif et je crois beaucoup au tribunal de l’opinion publique. Je suis persuadé que dans tous les pays du monde il y a des consciences qui sont prêtes, mais à qui il manque un modèle. Je pense que la France, avec sa puissance économique, son histoire, sa culture, son aura, peut donner une impulsion.

« Je crois plutôt au principe pollueur-réparateur qu’au principe pollueur-payeur. »


Le coût écologique des riches est démesuré. Quelle politique de justice redistributive envisagez-vous ?

Je suis favorable au rétablissement de l’ISF. Je pense que l’on peut le conditionner à des apports financiers sur des projets écologistes. Une personne très fortunée qui investirait dans des projets environnementaux, comme des fermes pédagogiques, des éco-hameaux, des énergies renouvelables, pourrait en être dispensé. Les aides qui sont apportées aux entreprises moyennes ou grandes doivent également être conditionnées à l’égalité des salaires homme-femme et à l’impact écologique de l’entreprise en question. Je crois plutôt au principe pollueur-réparateur qu’au principe pollueur-payeur. Les entreprises importantes ont des moyens importants, et le principe pollueur-payeur ne leur fait à mon avis pas peur.

Il y a également un travail de pédagogie à faire auprès des richissimes, qui respirent l’air que l’on respire, boivent l’eau que l’on boit, et pourraient davantage contribuer au bien-être collectif. Le problème, c’est la culture générale. Nous sommes en monarchie. À partir du moment où l’on a un président qui est obsédé par les premiers de cordée et qui se fiche de l’écologie, cela donne une ambiance générale, une énergie qui est celle du combat, de la revanche, incompatible avec une société écologiste et qui impacte toutes les consciences. Je crois à un président élu sur un autre type d’énergie. J’ai parlé de l’énergie de l’amour aux journées d’été, ce qui a fait sourire les imbéciles. Je n’emploie jamais les mots « combat », « lutte ». Je suis un peu surpris que mes rivaux écologistes prononcent souvent ces mots-là. Ce sont des mots du passé, qui créent des obstacles et qui conduisent à l’échec. J’ai examiné toutes les révolutions du monde, toutes les présidentielles du monde et elles ont toutes échoué, non seulement à cause de l’obsession consumériste et productiviste, mais aussi parce qu’il n’y a pas la bonne énergie. Il n’y a que l’énergie de l’égo, de la revanche, du combat, et je pense que c’est la mauvaise énergie pour changer le monde.


Comment accueillir les personnes migrantes ?

Souvent, on entend dire, « il faut accueillir ». Bien sûr, mais il faut voir comment on accueille ! Si vous accueillez quelqu’un et que vous le laissez coucher sous les ponts… Je pense que l’on a un devoir d’humanisme, un devoir de cœur. Dans les villages français, il y a des dizaines de milliers de maisons qui sont inoccupées. Il y a des millions d’appartements vandalisés ou non utilisés. Il y a vingt millions de mètres carrés de bureaux inutilisés qu’il faut transformer en habitations. Il y a toutes les solutions, s’il y a volonté politique, pour accueillir ces malheureux de façon à résoudre leurs problèmes.

Jean-Marc Governatori : « En tant qu’écologiste, je m’inquiète de quelle planète je vais laisser à nos enfants, mais aussi de quels enfants je vais laisser à la planète. » © Mathieu Génon/Reporterre

Comment mettre un terme aux violences policières ?

Je n’emploie pas ce mot de « violences policières », j’emploie le mot de « violences de policiers ». Il y a des connards dans la police, il faut les sortir. Mais pour moi les policiers, comme les pompiers, comme les soignants, c’est sacré. Si j’ai bien pu dormir cette nuit comme 99,9 % des gens, c’est grâce aux policiers. J’étais à la manifestation de soutien à la police il y a quelques semaines, ça fait partie des facettes de l’écologie centriste que je représente. Heureusement qu’il y a une police. Il y a quelques brebis galeuses qu’il faut virer. Il faut les emprisonner et qu’ils ne soient plus jamais policiers. C’est très grave de salir une institution comme celle-là.


Comment rendre concrètement la société moins sexiste ?

La première loi sur l’égalité salariale date de 1972, c’est dire l’incompétence incroyable de nos gouvernants depuis cinq décennies. Rendre la société moins sexiste passe par la loi, par la culture, et enfin par l’éducation donnée aux enfants. C’est capital. Je crois beaucoup aux pédagogies Montessori, Steiner [1], Freinet, qui ne sont malheureusement destinées qu’aux premiers de cordée aujourd’hui. Je voudrais qu’elles soient destinées à tous les enfants. Elles apprennent l’autonomie, le respect, et entretiennent le lien avec la nature. Cela aiderait à changer de culture. Nous sommes dans une société de compétition, ce qui contribue à l’écrasement de la femme. Je crois beaucoup aux valeurs féminines. Une des raisons pour lesquelles le monde va mal, au-delà du productivisme, du consumérisme et du présidentialisme, c’est le fait que ce sont des valeurs masculines et cet égo dévastateur qui triomphent.


Imaginons qu’Anne Hidalgo (PS) et Jean-Luc Mélenchon (LFI) vous proposent chacun une alliance. Avec qui allez-vous ?

J’ai plus de sympathie et d’estime pour Anne Hidalgo que pour Jean-Luc Mélenchon. Je pense que c’est un monarque. On agit tous selon nos blessures. Je pense qu’il doit avoir des blessures fortes qui le rendent agressif, obtus, rude. C’est un homme qui a souffert, et malheureusement à un tel poste il ne faut pas une personne qui a souffert, parce qu’une personne qui a souffert est pénible et ne prend pas les bonnes décisions. Cela dit, je crois à ma victoire et à ma capacité, par mon CV, ma façon d’être, mon expérience, à rassembler les consciences et les écologistes. J’espère qu’Anne Hidalgo me soutiendra.

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