Le quotidien du climat
OBJECTIF :
70 000 €
66875 € COLLECTÉS
96 %
Je fais un don

L’Allemagne dit adieu à ses centrales à charbon - enfin, presque

3 juillet 2015 / Violette Bonnebas (Reporterre)

A cinq mois de la Conférence des Nations unies sur le climat, l’Allemagne a pris une décision majeure : arrêter plusieurs de ses anciennes centrales à charbon, parmi les plus polluantes d’Europe.


- Berlin, correspondance

Il y a quatre ans, en réaction à la catastrophe de Fukushima, l’Allemagne décidait de sortir du nucléaire. Aujourd’hui, c’est le charbon qui est dans sa ligne de mire. D’ici cinq ans, les centrales à charbon les plus polluantes devront être mises en sommeil. Il s’agit de la mesure la plus forte du « paquet énergie » dévoilé jeudi 2 juillet et qui doit permettre à l’Allemagne de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 40 % d’ici 2020, par rapport à leur niveau de 1990, comme elle s’y est engagée.

Le gouvernement, par la voix du ministre de l’Economie et de l’Energie Sigmar Gabriel (SPD), s’est félicité d’une décision « historique ». Il aura fallu des mois à la chancelière Angela Merkel pour s’entendre avec ses partenaires de la coalition (les sociaux-démocrates du SPD et l’Union chrétienne-sociale de la CSU) et les compagnies électriques. Le projet initial, qui prévoyait la mise en place d’une taxe sur les centrales polluantes, a dû être enterré. Il était accusé de vouloir couler la filière charbon, et avait fait descendre dans la rue des milliers de manifestants en avril dernier.

Sigmar Gabriel

Moins ambitieux, le compromis signé jeudi (texte ici en allemand) concerne uniquement les centrales d’une puissance de 2700 gigawatts, soit cinq environ sur les 130 que compte l’Allemagne. Une décision applaudie par le syndicat des Mines et de l’énergie IG BCE : « Après un débat long et difficile, explique son président Michael Vassiliadis, nous avons réussi à trouver des solutions solides, qui sont bonnes à la fois pour le climat, les emplois et les sites industriels ». Les compagnies électriques brandissaient la menace de 100 000 destructions d’emplois.

Mais de nombreuses voix discordantes critiquent l’accord. L’opposition, de nombreux médias et les organisations écologiques dénoncent un projet dispendieux et incohérent avec les objectifs environnementaux allemands.

Pour Anton Hofmeyer, le chef de file des Verts au Parlement, « l’accord du gouvernement est coûteux et polluant : polluant parce qu’il n’économise pas suffisamment de CO2 ; cher parce que les contribuables allemands vont devoir payer pour cette pollution, à la place des exploitants de ces centrales ». En effet, et c’est l’un des points qui fait le plus débat, l’accord prévoit un dédommagement de l’Etat pour les géants de l’électrique. En outre, les centrales concernées ne seront pas démantelées, mais déconnectées du réseau électrique. Elles seront placées « en réserve » et pourront donc ré-alimenter le réseau en cas d’urgence.

Un reniement pour Tobias Münchmeyer, expert climat chez Greenpeace Allemagne, qui considère qu’« Angela Merkel a trahi ses promesses d’Elmau », lorsque, devant ses homologues du G7 le mois dernier, elle se faisait le chantre de la décarbonisation des pays industrialisés.

Angela Merkel

Malgré les critiques, la chancelière entend montrer que son pays reste un modèle de transition énergétique alors que se profile dans cinq mois la COP21 à Paris sur le climat. Toucher au charbon, même à la marge, c’est donner des gages à la communauté internationale en combattant la plus grande source d’émission de dioxyde de carbone d’Allemagne et d’Europe – en 2013, il représentait un tiers des émissions totales de gaz à effet de serre en Allemagne (320 sur 951 millions de tonnes).

Mais au niveau national, le gouvernement ne peut ignorer des réalités économiques et culturelles tenaces. Le charbon, c’est un symbole de la tradition industrielle allemande, la première source d’électricité du pays avec 45% de la production totale. Une filière qui fait vivre encore aujourd’hui des régions entières, comme le bassin de la Ruhr ou la Lusace, à la frontière polonaise. La sortie du charbon en Allemagne n’est pas vraiment pour bientôt.

La centrale à charbon de Datteln, au bord du canal Dortmund-Ems


Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. Il n’y a jamais eu autant de monde à lire Reporterre, mais nos revenus ne sont pourtant pas assurés.

Contrairement à une majorité de médias, nous n’affichons aucune publicité, et laissons tous nos articles en libre accès, afin qu’ils restent consultables par tous. Reporterre dépend en grande majorité des dons de ses lecteurs. Le journal, indépendant et à but non lucratif, compte une équipe de journalistes professionnels rémunérés, nécessaire à la production quotidienne d’un contenu de qualité. Nous le faisons car nous croyons que notre point de vue, celui de l’environnement et de l’écologie, compte — car il est aussi peut-être le vôtre.

Notre société a besoin d’un média qui traite des problématiques environnementales de façon objective, libre et indépendante, en restant accessible au plus grand nombre ; soutenir Reporterre est ma manière de contribuer à cette démarche. » Renan G.

Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre



Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre.

Lire aussi : Pékin ferme ses centrales à charbon, pour retrouver un air respirable en... 2030

Source : Violette Bonnebas pour Reporterre

Photos :
. chapô : Centrale de Jänschwalde ([Fabio Niewelt-https://www.flickr.com/photos/fabnie/5797593370/in/photostream/])
. Centrale à charbon : Wikipedia (Arnold Paul/CC)
. Sigmar Gabriel : Wikimedia (CC)
. Angela Merkel : Flickr (CC)

THEMATIQUE    Energie International
15 décembre 2018
À Paris, les activistes du climat ont ciblé la Société générale, banque fossile
Reportage
17 décembre 2018
Nous ne voulons pas que les robots remplacent les paysans
Tribune
17 décembre 2018
Les Gilets jaunes à Bordeaux : « Le gouvernement est sourd. Mais on les aura à l’usure »
Reportage


Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre

Sur les mêmes thèmes       Energie International





Du même auteur       Violette Bonnebas (Reporterre)