L’État impose une raffinerie classée Seveso dans une zone inondable
Visualisation du projet Emme à Parempuyre (Gironde), dans une zone inondable à quelques mètres des rives de la Garonne. - © JDS Architects
Visualisation du projet Emme à Parempuyre (Gironde), dans une zone inondable à quelques mètres des rives de la Garonne. - © JDS Architects
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Une raffinerie de cobalt et de nickel pour la fabrication de batteries, classée Seveso seuil haut, est en projet dans une zone inondable en bord de Garonne. L’État a pris la main, rendant les élus locaux impuissants.
Parempuyre (Gironde), reportage
« Dans une colère froide », Sabine Menaut, membre du collectif Alerte Seveso Bordeaux Métropole, attend de pied ferme le début de la réunion publique. À ses côtés, devant la salle polyvalente de Parempuyre, au nord de la métropole Bordelaise, une poignée de personnes tiennent presque timidement des pancartes qui annoncent la couleur : « Non à l’implantation de l’usine Emme. »
Cette raffinerie de cobalt et de nickel, classée Seveso seuil haut, doit s’installer sur les bords de la Garonne, dans une zone déclarée inconstructible par le plan de prévention du risque inondation approuvé en 2022. Déjà échaudés, les habitants ont vu leur colère passer un nouveau cap en apprenant que la procédure d’autorisation allait profiter d’un coup d’accélérateur. Un décret, publié le 7 septembre au Journal officiel, qualifie le projet d’« intérêt national majeur ». Le chantier doit durer deux ans et demi, pour une ouverture en 2028.
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Le document permet de simplifier la procédure d’installation et l’octroi du permis de construire, relevant désormais d’une décision de l’État et non plus des maires. Il a été signé par François Bayrou, à trois jours de sa chute annoncée. « C’est une opération magique, ironise Sabine Menaut. On sait que c’est un dossier politique. »
Un site entouré de zones humides
À l’intérieur de la salle, les quatre lettres bleues d’Emme (pour Electro Mobility Materials Europe), s’étalent sur un grand écran. Au pied de l’estrade, une partie de l’équipe dirigeante de l’entreprise, sans son PDG et fondateur Antonin Beurrier, se tient prête à présenter les dernières avancées du projet. Les rangs du public se sont clairsemés : à la première réunion publique de la « concertation préalable », le 24 mars, ils étaient 300 à venir s’enquérir du projet, qui s’étalera sur 32 hectares, entourés de zones humides et appartenant au Port autonome de Bordeaux.
Six mois plus tard, il ne sont plus qu’une centaine à assister au début de cette concertation continue, sous la houlette de Commission nationale du débat public (CNDP), « à la demande d’Emme », visiblement pour apaiser les tensions. Il faut dire que la dernière réunion de la concertation préalable, en mai, avait donné lieu à une prise de bec entre riverains opposés au projet et dockers du Port autonome comptant sur les perspectives d’emploi. La direction d’Emme promet la création de 200 emplois directs et 300 indirects.
En attendant l’enquête publique qui débutera à la fin de l’année, « vous avez le droit d’être tenus informés », affirme le représentant de la CNDP, Jean-Michel Thornary, qui officie comme médiateur.
« C’est un projet stratégique pour la souveraineté nationale », justifie d’emblée François Drapé, secrétaire général de la préfecture de Gironde. « Décarboner [le pays] implique d’avoir recours à des métaux stratégiques. La France accuse un retard par rapport à la Chine et l’Indonésie, qui raffinent aujourd’hui plus de 50 % du cobalt et du nickel utilisés dans les voitures électriques », argumente-t-il, avant de reconnaître que « le projet comporte des impacts locaux importants ».
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Étrillée par les riverains inquiets, l’équipe d’Emme a révisé sa copie durant l’été. Elle a promis de réduire le volume d’eau employé et modifié certains procédés pour pouvoir traiter les composants métalliques issus du recyclage des batteries dès l’ouverture de l’usine. Elle a également mis en place des caissons pour limiter les nuisances sonores, des filtres pour réduire les émissions de poussières et plus de vingt boucles de réutilisation de liquides pour limiter les rejets… L’assistance écoute, dans un silence pesant.
« L’endroit n’est pas le bon ! »
« Nous ne sommes pas contre l’industrialisation ou le développement de la voiture électrique, finit par tonner, debout au milieu de l’assistance, Florence Bougault, administratrice de la Sepanso, association de protection de l’environnement en Nouvelle-Aquitaine. Depuis le début, nous vous répétons que l’endroit n’est pas le bon ! »
200 emplois promis
Les modélisations demandées par Emme au cabinet Artelia, selon des « hypothèses les plus majorantes » des inondations, n’ont pas convaincu la Sepanso. Le transport par voie fluviale dans la Garonne et le transbordement de minerais dangereux et polluants pour l’eau l’inquiètent aussi.
« Il n’a jamais été démontré que [le projet] répondait aux exigences de sécurité », affirme Florence Bougault, sous les applaudissements du public. Un peu plus tard, une autre riveraine apporte un autre point de vue : « Cette usine est indispensable, elle permettra de revivifier notre territoire après le départ de l’usine Ford [implantée à Blanquefort et fermée en 2019]. [...] Elle permettra également l’amélioration de notre qualité de vie avec, notamment, l’ouverture de nouvelles crèches. »
Une prise de parole terminée sous les huées d’une partie du public, qui l’air dépité, s’est levé et a quitté la salle avant la fin de la présentation. Les maires des six communes incluses dans le périmètre Seveso, dont Bordeaux, devront voter avant le 7 octobre l’étude environnementale du projet. Un avis qui ne sera que consultatif, mais ce serait un geste « symboliquement fort » qu’elle soit refusée, selon Sabine Menaut.