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L’Europe des lobbies est exécrable. Mais l’Europe est aussi un projet de civilisation

6 mai 2014 / Noël Mamère


Dans à peine un mois, les élections européennes entraîneront probablement un nouveau séisme en France et dans de nombreux pays de l’Union. Les nationaux populistes, à commencer par ceux du Front national (que les sondages donnent en tête autour de 24 %) s’affirmeront comme une force politique majeure du vieux continent. Ce désastre annoncé sera la traduction politique de la défaite des idées écologistes sur la question européenne.

Nous ne cessons de répéter avec raison que l’Europe est notre horizon indépassable, que les frontières de l’Etat-nation sont obsolètes, que nous sommes partisans d’une Europe des régions, avec une dimension fédéraliste. Très bien. Mais cette conception juste est vite amalgamée avec une position euro-béate qui identifie la politique de l’Union Européenne à une sorte de nirvana écologiste. S’il est vrai que plusieurs dossiers, comme la directive Reach, ont pu avancer grâce à l’Europe, le tableau général qui se dégage des politiques publiques européennes, y compris au niveau écologique, est plus que contrasté. Depuis l’échec de la conférence de Copenhague, fin 2009, l’Europe est restée relativement atone sur le paquet climat-énergie. Les divergences sur cette question se sont approfondies. Dans de nombreux domaines, la politique de concurrence libre et non faussée a servi de prétexte au démantèlement des services publics.

Le 21 mai 2012, l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) remettait en cause le moratoire décrété par les autorités françaises, qui interdit la culture de la seule variété de maïs transgénique autorisée en Europe, le MON 810, développée par Monsanto.

En février 2014, la commission européenne autorisait le maïs 1507 de Pioneer, contre les vœux de 19 Etats membres.

Le 6 mai 2013, l’exécutif européen publiait une proposition simplifiant l’enregistrement des semences et les plaçant toutes sous le contrôle direct des titres de propriété de l’industrie (le certificat d’obtention végétale), mettant en danger à la fois l’agriculture paysanne et la biodiversité.

En juillet 2013, la Cour de Justice de l’Union Européenne (CJUE) demandait à l’État français d’annuler le tarif de rachat de l’électricité éolienne considérant ce prix comme une aide déguisée de l’État en faveur de l’éolien.

En réalité, comme le montre José Bové dans un récent ouvrage, les lobbies ont pris un poids démesuré à Bruxelles et influent considérablement sur les décisions politiques de la Commission, quand ce n’est sur celles du Parlement Européen lui-même. Ce poids s’est accru avec l’élargissement. De nombreux Etats issus de l’effondrement de l’Union soviétique sont en effet des proies faciles pour les prédateurs, tenants de la loi de la jungle.

Et je ne parlerai pas ici de la politique étrangère ou de défense inexistante, de l’Europe, de l’absence d’une politique d’immigration qui conduit au drame des naufragés de Lampedusa, du traité transatlantique, négocié dans l’opacité, et de ses conséquences gravissimes… La liste des impuissances européennes remplirait les étagères d’une bibliothèque.

Pour autant, baisser les bras comme s’apprête à le faire une majorité de citoyens, en s’abstenant ou en votant pour l’extrême-droite, n’arrangera rien. L’ensemble des continents est aujourd’hui engagé dans des politiques de coopération et d’intégration continentale. Le retour aux frontières de l’Etat- nation serait mortifère et produirait une régression sociale et identitaire nous ramenant à l’avant-guerre. Dans un dernier discours au Parlement européen, lors de la dernière session plénière de cette mandature, Dany Cohn - Bendit a exprimé sa foi dans l’avenir du projet européen : « Le nationalisme, ce n’est pas seulement la guerre. Le nationalisme, c’est l’égoïsme, l’hégémonisme. Si nous ne comprenons pas cela, nous n’arriverons pas à construire l’Europe ». Il a raison.

Il faut réinventer l’Europe par l’écologie et, pour cela, tout faire pour inverser la politique monétariste de la Banque centrale, combattre les politiques d’austérité liées au TSCG, résister au traité de libre-échange TAFTA, comme nous avons su résister à l’AMI et à l’ACTA. Mais nous devons aller jusqu’au bout de la logique européenne, en nous battant pour une Europe rompant avec la doxa libérale, pour une Europe-Méditerranée, une « Europe des citronniers », comme le disait le philosophe écologiste Ulrich Beck, dans un récent article du Monde : « Notre modèle doit être la Méditerranée comme savoir-vivre, comme joie de vivre, indifférence, désespoir, beauté et espoir ».

Ce mélange contradictoire peut apparaître comme totalement utopique dans une Europe dominée par la logique comptable, l’obsession de la dette, la réduction des déficits. Je le sais. Plutôt que la peur et la dictature de l’économie, c’est un projet de civilisation fondée sur l’écologie qui, après la paix, doit devenir la nouvelle frontière de l’Europe. C’est pourquoi le 25 mai, nous devons tout faire pour convaincre la majorité de nos citoyens d’aller voter pour l’Europe contre ses dirigeants et contre sa politique.




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Source : Noël Mamère pour Reporterre.

Images :
. chapô : Wikipedia
. dessin : Imagine.

Lire aussi : L’Europe capitaliste n’est pas l’Europe.


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