L’Europe n’a jamais autant brûlé qu’en 2025, alertent les scientifiques
L'Espagne a été particulièrement touchée en 2025 par des mégafeux. Ici, un membre de l’unité militaire d’urgence lors d'un incendie à Pepín, le 19 août 2025. - © Pablo Blazquez Dominguez / Getty Images Europe / AFP
L'Espagne a été particulièrement touchée en 2025 par des mégafeux. Ici, un membre de l’unité militaire d’urgence lors d'un incendie à Pepín, le 19 août 2025. - © Pablo Blazquez Dominguez / Getty Images Europe / AFP
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Fonte des glaces, canicules marines, feux géants... L’Europe a enregistré nombre de records en termes de phénomènes catastrophiques en 2025 dus au réchauffement climatique, selon un rapport publié le 29 avril.
En août 2025, un mégafeu d’une intensité inouïe avait ravagé le massif des Corbières, dans l’Aude. Cette catastrophe pourrait faire office d’allégorie pour l’année climatique écoulée en Europe. À l’échelle du continent, 2025 a battu d’effrayants records : fonte des glaces, canicules marines, feux géants… Les chiffres ont été publiés le 29 avril, dans le rapport « État du climat en Europe 2025 », élaboré par le service européen Copernicus sur le changement climatique, conjointement avec l’Organisation météorologique mondiale.
L’année passée fait partie des trois plus chaudes jamais enregistrées en Europe, au coude-à-coude avec 2024 et 2020. Au moins 95 % du continent ont connu des températures annuelles supérieures à la moyenne en 2025, note le rapport. Ce réchauffement provoque des phénomènes catastrophiques aux conséquences infernales : destruction de la biodiversité, mise en péril des sociétés et de la santé humaine, renforcement du changement climatique.
L’Europe brûle comme jamais
L’année 2025 a été l’une des trois plus sèches du continent en termes d’humidité des sols depuis 1992. En mai, plus de la moitié de l’Europe (53 %) était touchée par la sécheresse. Le continent a aussi connu sa deuxième vague de chaleur la plus sévère jamais enregistrée. Ce mélange de chaleur et de sécheresse contribue à l’émergence de feux dévastateurs.
Une superficie record a brûlé en Europe l’an dernier : environ 1 034 000 hectares sont partis en fumée. Soit une superficie plus grande que Chypre. L’Espagne a été particulièrement touchée, suivie de Chypre, du Royaume-Uni, des Pays-Bas et de l’Allemagne, qui ont enregistré leurs émissions records de feux de forêt.
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Autre sinistre record : les océans, dans la région européenne, ont connu leur température de surface la plus élevée jamais enregistrée. Les vagues de chaleur marine ont été très nombreuses et intenses en 2025, touchant 86 % de la région océanique de l’Europe, précise le rapport. La proportion de vagues de chaleur très intenses, définies comme « sévères » ou « extrêmes », a touché 36 % de la région, là aussi, il s’agit de la proportion la plus élevée jamais enregistrée.
La mer Méditerranée a été particulièrement touchée, ainsi que la mer de Norvège, qui s’étend de l’Europe du Nord à l’Arctique. Cela est cohérent avec la vulnérabilité très forte de cette région : l’Arctique se réchauffe à une vitesse fulgurante de 0,75 °C par décennie, contre 0,56 °C par décennie pour l’ensemble de l’Europe, et 0,27 °C par décennie à l’échelle mondiale.
Record de fonte des glaces
En 2025, la Fennoscandie subarctique (région regroupant la Scandinavie, la Finlande et la région russe limitrophe) a connu en juillet la plus longue vague de chaleur jamais enregistrée, qui a duré trois semaines. Les températures ont dépassé les 30 °C dans le cercle arctique, avec un pic à 34,9 °C à Frosta, en Norvège.
Conséquence logique de ces chaleurs : la glace et la neige disparaissent. En mars 2025, la surface enneigée en Europe était inférieure à la moyenne observée sur la période 1991-2020 d’environ 1,32 million de km², dit le rapport. Soit 31 % de moins que la moyenne, ou l’équivalent de la surface de la France, de l’Italie, de l’Allemagne, de la Suisse et de l’Autriche, dépourvue de neige. C’est la troisième étendue de neige la plus faible sur le continent depuis le début des relevés en 1983.
La glace fond aussi à toute vitesse : l’Islande a connu sa deuxième perte de masse glaciaire la plus importante jamais enregistrée, et le Groenland a perdu 139 milliards de tonnes de glace, soit environ 1,5 fois le volume stocké dans tous les glaciers des Alpes européennes.
Humains et non-humains menacés
Sécheresses et canicules n’ont pas pour autant empêché la multiplication des tempêtes et inondations. C’est tout le paradoxe du changement climatique : il accentue les extrêmes, plus de sécheresses d’un côté, plus de pluies extrêmes de l’autre. Rappelons que chaque degré de température supplémentaire permet à l’atmosphère de contenir environ 7 % d’humidité en plus. Autrement dit, il faut voir l’atmosphère comme une éponge qui ne cesse de grossir : elle absorbe l’eau et assèche d’un côté, et se déverse en pluies diluviennes de l’autre.
En 2025, les tempêtes, inondations et feux ont tué au moins 24 personnes, décompte le rapport, et affecté au moins 15 000 Européens. Un bilan dramatique alors même que l’année écoulée a été moins sévère que les précédentes en matière de pluies extrêmes et inondations.
Les autres espèces ont aussi été victimes de ces conditions. Sécheresses, incendies, vagues de chaleur, notamment marines, ont de fortes répercussions sur les écosystèmes, alerte le rapport. Le changement climatique est un facteur majeur de stress sur la biodiversité, notamment en réduisant et déplaçant les habitats et perturbant les rythmes saisonniers de nombreuses espèces.
Parmi les nombreux constats dramatiques de ce rapport, on trouve une note positive : les énergies renouvelables ont fourni près de la moitié (46,4 %) de l’électricité européenne en 2025. L’énergie solaire a en particulier atteint un nouveau record en y contribuant à hauteur de 12,5 %.
Les auteurs concluent en appelant les autorités politiques européennes à « accélérer » pour faire face à toutes ces menaces pour le climat et le vivant. La dynamique récente laisse peu d’espoir en la matière : au nom de la « simplification » et de la priorité donnée à la croissance économique, la Commission européenne est en train d’acter de nombreux retours en arrière sur les normes environnementales.