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Quotidien

L’Europe veut (encore) relever les seuils autorisés d’acétamipride dans le miel

l’Autorité européenne de sécurité des aliments

La Commission européenne veut encore réhausser le seuil autorisé d’acétamipride dans le miel. L’Autorité de sécurité des aliments travaille pourtant sur la dangerosité de ce pesticide, dont on retrouve déjà des traces dans nos corps.

Mise à jour du 18 décembre 2025 : l’objection soutenue par deux eurodéputés pour empêcher le réhaussement des seuils d’acétamipride dans le miel a été rejetée par vote au Parlement européen. La mesure prendra donc effet dans les mois qui viennent.



C’est la seconde fois en cinq mois : la Commission européenne veut de nouveau réhausser les seuils autorisés d’acétamipride dans le miel. Ce pesticide de la famille des néonicotinoïdes est interdit en France depuis 2018 en raison de sa toxicité pour l’environnement. Les néonicotinoïdes sont notamment néfastes pour les pollinisateurs, ce qui leur vaut le nom de « pesticides tueur d’abeilles ». L’acétamipride est toutefois toujours autorisé dans l’Union européenne et dans de nombreux autres pays.

Comment ce produit arrive-t-il dans le miel ? « C’est un pesticide qui contamine le sol, l’eau, la plante, y compris le pollen, et le nectar des fleurs. Quand les abeilles butinent, elles peuvent ramener des molécules d’acétamipride à la ruche, qui vont ensuite se retrouver dans le miel », explique Muriel Pascal, apicultrice bio en Lozère.

En juillet, l’exécutif européen avait déjà acté le redressement des seuils de 0,05 mg/kg à 0,3 mg/kg. À présent, la Commission propose d’augmenter la dose limite à 1 mg par kilo de miel, soit 20 fois plus qu’avant.

«  Quand les abeilles butinent, elles peuvent ramener des molécules d’acétamipride à la ruche, qui vont ensuite se retrouver dans le miel  », explique une apicultrice. Flickr / CC BY-NC-ND 2.0 / Yves Merckx

Pourtant, en mai 2024, l’Autorité européenne de sécurité des aliments, l’Efsa, recommandait au contraire de diviser par cinq la dose journalière admissible d’acétamipride, compte tenu des incertitudes sur les risques pour la santé humaine. Cet automne, la Commission a elle-même mandaté l’Efsa pour tenter d’évaluer la neurotoxicité et les propriétés de perturbation endocrinienne de l’acétamipride. Plusieurs études montrent qu’on en retrouve dans le corps humain, dont celui d’enfants puisqu’on en a retrouvé dans l’urine des nouveau-nés, et dans le liquide céphalo-rachidien des enfants. Il serait donc plus sage d’appliquer le principe de précaution, en attendant les résultats de l’étude de l’Efsa.

Lire aussi : Tout savoir sur l’acétamipride, ce pesticide au cœur de l’opposition à la loi Duplomb

« Tirer les normes vers le bas »

Alors, pourquoi prendre la décision de réhausser les seuils autorisés dans le miel, un produit largement consommé par les enfants, alors que l’Efsa planche actuellement sur la dangerosité de l’acétamipride ? C’est la question posée par l’eurodéputée Marie Toussaint, du groupe Les Verts, lors de la commission environnementale du Parlement européen.

« Notre hypothèse, c’est que cette décision vise à tirer les normes vers le bas pour ouvrir le marché aux miels importés, souvent moins regardants sur les résidus de pesticides que les miels français, ou produits dans l’Union européenne », explique Marie Toussaint. En effet, un comparatif mené par 60 Millions de consommateurs en 2025 montrait que certains miels importés, venus d’Ukraine notamment, comportaient des résidus d’acétamipride. Sans compter que les miels importés sont souvent non conformes, coupés avec des sirops de sucre issus de fleurs immatures.

L’eurodéputée rappelle aussi que c’est l’entreprise Albaugh Europe Sarl (filiale européenne de l’entreprise étasunienne Albaugh LLC) un poids lourd de l’agrochimie, qui a fait la demande auprès de l’Efsa de remonter la limite maximale de résidus (LMR) pour l’acétamipride dans le miel. Ce, grâce à des données scientifiques fournies par l’entreprise elle-même. Or, Albaugh est un fabricant de produits phytosanitaires à destination des agriculteurs du monde entier : l’acétamipride figure dans la liste des substances actives de certains des insecticides que la firme vend hors Europe, en Argentine, au Brésil, et en Inde notamment. « On peut donc s’interroger sur l’indépendance de ces recherches scientifiques », pointe l’eurodéputée Marie Toussaint.

Inquiétude des apiculteurs français

« Il n’y a aucune influence sur cette décision de la Commission », s’est défendue la représentante de la Commission européenne en réponse aux eurodéputés. Elle affirme s’appuyer sur le travail de l’Efsa. « Par ailleurs, les résidus d’acétamipride dans le miel sont vraiment très bas », ajoute-t-elle.

Chez les apiculteurs français, l’inquiétude gronde : « 1 milligramme d’acétamipride par kilo de miel… C’est énorme ! s’exclame Muriel Pascal, l’apicultrice lozérienne. Et puis, on ne sait pas quelle dose a été absorbée par la colonie pour en arriver là, ni quels effets cela aura à long terme, car la recherche manque sur ce sujet. » En effet, si cette substance présente une toxicité aigüe moins importante que les autres néonicotinoïdes pour les abeilles [1], les études manquent sur les effets “sublétaux” pouvant affaiblir la colonie, et accélérer le développement de maladies. Autrement dit : ce n’est pas parce qu’il ne tue pas immédiatement toute une ruche que ce produit n’est pas dangereux pour les abeilles.

« C’est ouvrir la porte à des importations de miel contaminé »

« Accepter d’augmenter les doses autorisées dans le miel, c’est aussi ouvrir la porte à des importations de miel contaminé sur notre territoire », renchérit l’apicultrice. On va légaliser du miel contaminé. Ça va dans le sens de la loi Duplomb, et à l’inverse du bon sens ! »

« Ça risque aussi d’amener à des abus dans le monde agricole, soulève Jean-Marc Bonmatin, chimiste et toxicologue au CNRS. Parce que le message qu’on passe aux agriculteurs, c’est “allez-y ! vous pouvez traiter à fond puisque les seuils ont été relevés !” »

La Commission pourrait être obligée de revoir sa copie

Face à ces inquiétudes et en vertu du principe de précaution, plusieurs eurodéputés de la commission Environnement, dont Marie Toussaint et le socialiste Christophe Clergeau, ont déposé et soutenu une objection à la proposition de la Commission européenne sur les seuils d’acétamipride dans le miel. À la surprise générale de ses dépositaires, cette objection a été approuvée par vote lundi 15 décembre dans la soirée. Elle doit ensuite être votée en séance plénière jeudi 18 décembre.

Il s’agit d’une objection contraignante : si elle passe, la Commission européenne devra revoir sa copie sur le réhaussement des seuils d’acétamipride dans le miel. « Si elle est votée, et je pense qu’elle le sera, ce sera un signal politique fort sur la question des pesticides, réagit Christophe Clergeau. Et cela pointera la déconnexion entre les préoccupations du Parlement, qui reflètent celles de l’opinion, et la posture de la Commission qui veut autoriser un réhaussement des seuils d’acétamipride, et une autorisation éternelle des pesticides. »

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