L’agro-industrie bretonne s’échine contre un plan de protection de l’eau
Le but du schéma d’aménagement et de gestion des eaux (Sage) de la Vilaine est de préserver la ressource en eau (image d'illustration). - Flickr/ CC BY-ND 2.0 / POTIER Jean-Louis
Le but du schéma d’aménagement et de gestion des eaux (Sage) de la Vilaine est de préserver la ressource en eau (image d'illustration). - Flickr/ CC BY-ND 2.0 / POTIER Jean-Louis
Durée de lecture : 3 minutes
Les tenants de l’agro-industrie luttent toujours contre la révision de la gestion de l’eau en Bretagne. Dernière action : un courrier aux maires, signé par de grosses coopératives. Pour l’instant, le lobbying n’est pas victorieux.
Ils auront tout tenté… en vain ! Voilà trois ans que la commission locale de l’eau planche sur une révision de la gestion de l’eau en Bretagne. De quoi rendre furieux les tenants de l’agrobusiness. Le but est d’améliorer l’état écologique de l’eau en freinant, entre autres, la perte de biodiversité, ou en réduisant la concentration de nitrates et de pesticides… Ce schéma d’aménagement et de gestion des eaux (Sage) de la Vilaine est le plus grand de France avec ses 11 000 km², à cheval entre la Bretagne et la Loire-Atlantique.
C’est pourquoi les agriculteurs adhérents et élus à la FNSEA s’activent depuis de longs mois pour qu’il ne soit pas voté par les maires. Manifestations, interruptions de conseils municipaux, envoi de courriers aux élus locaux… Reporterre vous l’avait déjà raconté. Et dernière tentative en date : l’envoi d’un mail aux élus, la veille de la clôture de la phase de consultation administrative le 31 juillet dernier.
« C’est une action de lobbying à l’échelle très locale, ce qui est relativement rare », a réagi Boris Lemaire, maire (sans étiquette) de Questembert, dans le Morbihan. Ce qui demeure rare également, c’est que les syndicats productivistes, majoritaires, ont embarqué avec eux différents acteurs de l’agro-industrie, dont des coopératives.
Neuf logos viennent en effet habiller l’en-tête, dont celui de Sodiaal (Candia, Entremont, Yoplait…), qui aurait fait 5,8 milliards d’euros de chiffres d’affaire en 2024 selon Ouest-France et fait partie des trois plus grosses coopératives laitières de France avec Danone et Lactalis.
Une majorité d’avis favorables au Sage
Ce courrier à l’intention des maires — peu sourcé, peu détaillé et envoyé la veille pour le lendemain — contient une collection d’arguments mal ficelés. Censé les convaincre de s’opposer à ce nouveau Sage, il pointe par exemple, pour attendrir les édiles, un « impact direct sur l’urbanisme ». « Les élus ne seraient donc pas capables d’apprécier ce qui est en quelque sorte le “cœur de leur métier”, notamment l’urbanisme ?, a réagi Joël Triballier, premier adjoint dans la commune de Le Cours (Morbihan) qui siège à la commission locale de l’eau (CLE), dans un mail adressé à la FDSEA56. Merci de vos conseils avisés mais les collectivités appliquent déjà des règles contraignantes [...] et savent qu’un pas en avant est nécessaire. »
Toute cette pression a en tout cas poussé sept communes du bassin de la Vilaine a redélibérer pour émettre finalement… un avis défavorable. « Du jamais vu dans un Sage », souligne Michel Demolder, président de la CLE. Reste qu’il ne s’agit que de 7 communes, sur 507 !
C’est ce vendredi 26 septembre que la CLE a prévu de se réunir pour analyser les résultats de cette consultation administrative. Il sera annoncé que sur un total de 249 avis, 140 sont favorables — avec ou sans réserve — et 84 sont défavorables, actant ainsi que les coups de pression n’ont pas suffi à renverser la donne.
La préfecture a le dernier mot
Pour la FNSEA et ses soutiens, cependant, la lutte continue. Le président de la CLE a été averti d’une manifestation prévue le 26 septembre au sujet du Sage Vilaine. Pour le secrétaire général de la FDSEA56, Franck Pellerin : « On a juste fait de l’information contrairement à ce qui a pu être dit par les membres de la CLE. »
Contactées par Reporterre, les coopératives GN Solutions, Porc Armor Evolutions et Sodiaal n’ont pas donné suite à nos demandes d’interviews.
Le débat n’est en tout cas pas clos. Viendra ensuite la phase de consultation du public dès le mois d’octobre. In fine, c’est la préfecture qui validera ou non le projet selon les avis qui lui seront remontés.