L’agroalimentaire précarise les agriculteurs, selon une étude

8 mars 2018

Une étude du Bureau d’analyse sociétale pour une information citoyenne (Basic), réalisée en novembre 2017, met en évidence le poids écrasant de la grande distribution dans la chaîne agroalimentaire. Alors que le secteur engrangeait 10 % des dépenses alimentaires des Français en 1960, il en absorbe 60 % aujourd’hui.

L’étude du Bureau d’analyse sociétale pour une information citoyenne de novembre 2017.

Les grandes et moyennes surfaces raflent plus de la moitié du chiffre d’affaires global de la distribution alimentaire, soit 135 milliards d’euros par an. Un chiffre d’affaires que se disputent seulement six enseignes : Auchan, Système U, Carrefour, Casino, Leclerc et Intermarché se partagent 90 % du marché. Dans l’industrie agroalimentaire, qui s’est développée en même temps que la grande distribution, le niveau de concentration est moindre mais néanmoins élevé : 353 entreprises se partagent 60 % du marché. En matière d’emplois, la grande distribution se caractérise par un recours aux temps partiels supérieur à la moyenne, et par des salaires inférieurs, et l’industrie agroalimentaire par un recours important à l’intérim, deux fois plus élevé que la moyenne de l’industrie en général.

Le développement de ces deux secteurs hyper-concentrés a permis de généraliser la vente à grande échelle et à moindre coût. La grande distribution s’appuie pour prospérer sur un décalage de trésorerie qui lui permet de générer des bénéfices : les consommateurs payent comptant alors que les fournisseurs sont réglés avec plusieurs mois de décalage. Un modèle qui lui permet d’absorber les hausses de prix agricoles et industriels en compensant par d’autres produits, tout en lissant les prix pour les consommateurs.

À l’inverse, les prix agricoles à la production ont été divisés par deux entre 1980 et 2015. Une fois déduits leurs coûts de production, les agriculteurs ne perçoivent aujourd’hui que 6 % de la valeur totale de l’alimentation. En cause : la volatilité croissante des prix des produits agricoles dû à la mondialisation des filières et au démantèlement progressif des outils de régulation publique, comme les quotas laitiers, supprimés en 2015.

Les supermarchés et les industriels ont en plus tendance à augmenter leurs marges sur un grand nombre de produits. Entre 20 et 30 % en moyenne, mais certains produits connaissent une évolution spécifique. Le lait par exemple, pour lequel la marge des distributeurs a augmenté de 100 % depuis 2001, de 50 % pour les industriels et de… 0 % pour les agriculteurs.

En résulte une situation très précaire des agriculteurs : selon la Mutuelle sociale agricole, 30 % des exploitants ont touché un revenu inférieur à 350 € par mois. Sans les subventions publiques, avance l’étude du Basic, 61 % des exploitations auraient été en déficit en 2014.

S’ajoutent enfin des « coûts cachés ». En matière de pollution de l’air, l’agriculture française représenterait par exemple 19 % des émissions de particules PM10 (diamètre inférieur à 10 μm) et 10 % des particules PM2.5 (diamètre inférieur à 2,5 μm), qui « entraînent des coûts croissants pour la société qui n’apparaissent pas dans les prix des produits agricoles. Cela biaise la création de valeur économique », pointe l’étude. Le Commissariat général au développement durable (CGDD) a estimé en 2011 que les coûts générés par la pollution de l’eau en raison des activités agricoles étaient de l’ordre de 1 à 1,5 milliard d’euros par an.




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  L’étude du Bureau d’analyse sociétale pour une information citoyenne de novembre 2017.

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