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ReportagePolitique

« Un changement d’ampleur est possible » : au Royaume-Uni, les Verts veulent frapper un grand coup électoral

Le chef du Green Party, Zack Polanski, s’exprime lors du lancement de la campagne des élections locales à Londres, le 9 avril 2026.

Porté par l’impopularité du gouvernement travailliste, et modernisé par son nouveau chef, le Green Party tente de s’imposer comme alternative progressiste à gauche. Le 7 mai, il pourrait enregistrer des victoires de taille.

Londres (Angleterre), reportage

La mélodie du camion de glace résonne à l’entrée du parc, attirant une nuée d’élèves en uniforme fraîchement sortis des cours, billet à la main et cartable sur le dos. Alors qu’ils attendent d’acheter leur cornet, des membres du Green Party les contournent et se rassemblent sous les platanes. Au Royaume-Uni, les élections de ce 7 mai remettent en jeu 5 013 sièges d’élus locaux. Les écologistes, qui entendent en profiter pour s’imposer en tant que force politique de poids à gauche, n’ont pas une minute à perdre.

Chris Williams, responsable des élections et directeur adjoint du parti, est venu motiver la petite troupe. Tout sourire, il se balance d’un pied sur l’autre. Lewisham est l’un des sept arrondissements que les Verts espèrent remporter, sur les 32 que compte Londres. En 2022, les conseillers qui y étaient élus étaient tous travaillistes, sans exception. « Un score digne de la Russie, ou de la Corée du Nord. Mais cette fois, ça va être différent, croit-il. Un changement de grande ampleur est possible — le Labour pourrait même perdre sa majorité ! »

Chris Williams, responsable des élections et directeur adjoint du Green Party. © Juliette Démas / Reporterre

En quatre ans, l’humeur a changé. Le Parti travailliste dirigé par Keir Starmer est arrivé au pouvoir à Westminster à l’été 2024, marquant la fin de quatorze années de mandats conservateurs. La lune de miel a été de courte durée, et le gouvernement est devenu l’un des plus impopulaires de l’histoire du pays.

« Ils ont trahi toutes les valeurs de la gauche », estime Eddie, 18 ans, venu soutenir la campagne du Green Party. Coupes dans certains minima sociaux, continuation des politiques d’austérité, inscription du groupe Palestine Action à la liste des organisations terroristes, ligne dure sur l’immigration… Les appels à la démission se multiplient et les déçus sont nombreux à se chercher une nouvelle maison politique.

Le Green Party y a vu une opportunité. L’élection de Zack Polanski à sa tête en septembre marquait le début d’une période de croissance effrénée. « Nationalement, on a grandi de 400 % pour atteindre presque un quart de million de membres, souligne Chris Williams. Le Labour avait promis d’apporter un changement — c’était même son slogan — et a eu le temps de le faire. Mais rien n’a bougé… »

Surfant sur cette insatisfaction, les Verts se sont hissés au même niveau que le Labour et les Conservateurs dans les sondages nationaux : tous trois à 17 %, derrière le parti d’extrême droite Reform UK. À l’échelle de Londres, historiquement à gauche, ils se placent juste derrière le Labour avec 24 % des intentions de vote pour les élections locales. Dans ce contexte, et alors que Keir Starmer est embourbé dans le scandale entourant la nomination de Peter Mandelson (un ex-proche du criminel sexuel Jeffrey Epstein choisi comme ambassadeur britannique à Washington), le résultat du vote sera scruté de près.

« Écopopuliste »

Dans le parc de Lewisham, Ruth Persian ajuste sa rosette de candidate. Elle se rappelle des mois qui ont suivi son inscription auprès du Green Party en 2024, une période calme où « on devait faire à peu près un rendez-vous tous les mois, et où la stratégie était de regagner les sièges perdus il y a huit ans ».

La vague d’enthousiasme insufflée par l’arrivée de Zack Polanski l’a surprise. Ancien acteur, à l’aise sur les réseaux sociaux et excellent communicant, il s’assume en « écopopuliste », et entend être le pendant progressiste de l’extrême droite menée par Nigel Farage. Le nombre de membres à Lewisham ne se compte plus en centaines mais en milliers, et la trésorerie du parti a doublé. « Je ne m’attendais pas à cette flambée, ni à ce que ça aille si vite », admet-elle.

Allemande arrivée à Londres au moment de ses études, elle s’était même plutôt résignée à ce que les Verts ne représentent qu’un parti en marge, avec une poignée de députés et quelques autorités locales dans des villes connues pour leur population écolo — Brighton ou Bristol. « C’est une conséquence bien connue du système de scrutin uninominal majoritaire à un tour. »

La réinvention du parti en tant qu’alternative à la gauche du Labour, bien qu’inattendue, reste pour elle bienvenue. « J’ai rejoint les Verts afin de me battre pour l’environnement, mais un parti à thème unique ne peut pas gagner et tout soutien est bon à prendre. » Sans compter que « sur les questions de politiques sociales et économiques, je ne vois pas le Labour faire ce en quoi je crois ».

Dans le parc de Lewisham, Ruth Persian ajuste sa rosette de candidate. © Juliette Démas / Reporterre

Les Verts, qui ne dirigent aucun arrondissement à Londres, ont récupéré une quinzaine d’élus (une soixantaine au niveau national) au fil des défections de conseillers municipaux travaillistes. À Brent, cinq d’entre eux ont démissionné en même temps en décembre. Le candidat à la mairie de Lewisham, Liam Shrivastava, siégeait avec les travaillistes, avant de rendre sa carte pour faire campagne auprès du Green Party.

Les activistes comptent aussi sur l’enthousiasme généré par une victoire récente : en février 2025, lors d’une législative anticipée à Gorton et Denton, près de Manchester, ils ont arraché un siège historiquement Labour et ont devancé l’extrême droite, envoyant une cinquième députée au Parlement.

« C’est nous, ou les travaillistes, martèle Ruth Persian, qui frappe aux portes pour présenter inlassablement son programme. Beaucoup de gens nous disent qu’ils se décideront le jour même, et l’enjeu est donc d’être les derniers à leur avoir parlé. » Dans les rues de Lewisham, qu’elle arpente avec son équipe, on compte autant d’affiches « Vote Green » que de « Vote Labour » aux fenêtres.

L’étincelle du brasier

Malgré un programme ambitieux, le Green Party a déjà été averti qu’il se confronterait à la difficile réalité des budgets des villes, épuisés par des années de coupes et par un climat économique peu propice aux dépenses. « S’il y a une poussée assez importante à l’échelle locale, on pourra faire changer les choses. Le but est déjà de se pencher sur la répartition de ces dépenses, relativise Ruth Persian. Sans compter qu’avoir un parti unique à la mairie, ce n’est jamais bon. »

Larry, 25 ans, reste plus circonspect face à l’afflux de nouveaux venus. « Il y en a qui veulent qu’on soit le Labour, mais avec plus de succès. Ce n’est pourtant pas le même parti. » Que le climat soit relégué au second plan l’inquiète moins : « C’est une priorité implicite. Il suffit de regarder notre logo : c’est la Terre et un tournesol — il n’a pas changé. Pour nous, la justice sociale et environnementale sont une seule et même chose. »

Selon lui, le manifeste et le programme du parti sont restés identiques, « la seule différence, c’est que Zack Polanski est un très bon communicant ». « C’est comme si, ces dernières années, on avait monté un grand brasier et qu’il était l’étincelle nécessaire pour le faire flamber. Pendant des années, les gens nous reprochaient d’être sympas, sans jamais réussir à se faire élire… » Pour convaincre les indécis, il partage sa méthode infaillible : « Je leur demande : “Êtes-vous satisfaits du parti travailliste ?” La réponse est quasiment toujours non. »

Les Londoniens et Anglais ne seront pas les seuls à voter le 7 mai. Les Écossais renouvellent également leur Parlement de dévolution, tout comme les Gallois, dont le Senedd — le nom de leur Parlement —, s’élargit aussi à 96 sièges à la faveur d’une réforme électorale. Le Green Party, qui n’y est pas encore représenté, pourrait gagner sept sièges et se verrait bien en faiseur de rois, dans une assemblée suspendue entre les indépendantistes de Plaid Cymru, et l’extrême droite Reform UK. Là aussi le Labour, pourtant historiquement dominant dans la région, serait relégué à la marge.

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