123
Média indépendant à but non lucratif, en accès libre, sans pub, financé par les dons de ses lectrices et lecteurs

Quotidien

Vos vêtements sont-ils écolos ? L’étiquette existe mais les marques hésitent

Plus le chiffre de l'écoscore est élevé, plus le vêtement a un lourd poids environnemental au cours de son cycle de vie.

Depuis le 1er octobre, les marques de mode peuvent afficher le coût environnemental de leurs habits : l’écoscore. Pour l’heure, seules les plus engagées se sont pliées à cette démarche de transparence.

Officiellement, elle a débarqué dans les magasins de vêtements depuis ce 1er octobre. Dans les faits, il faudra être patient pour voir la nouvelle étiquette sur le coût environnemental dans tous les rayons textiles. Peu de marques l’ont mise en œuvre pour de bon au jour J. Et pour cause, elles n’y sont pas contraintes, cette information étant d’application volontaire pour le moment.

Si certaines petites marques engagées ont pris de l’avance, la mise en branle chez les « gros » du secteur — pour ceux qui annoncent vouloir jouer le jeu — est plus lente.

Grâce à l’écoscore textile, il est enfin possible de savoir ce qu’un t-shirt, pull ou jean coûte sur le plan environnemental grâce au nombre de « points d’impact ». Par exemple, 1 010 points d’impact pour un t-shirt synthétique, 679 s’il est en coton, et seulement 386 s’il est en coton bio.

Voilà à quoi ressemble l’écoscore, avec le coût global et le coût par 100 grames. ecologie.gouv.fr

Plus le chiffre est élevé, plus le vêtement a un lourd poids environnemental au cours de son cycle de vie. Parmi les critères pris en compte dans la méthode de calcul, les émissions de gaz à effet de serre, les atteintes à la biodiversité, la consommation d’eau et d’autres ressources naturelles, l’utilisation de produits chimiques, le relargage des microfibres, la durabilité, l’export hors Europe des vêtements usagés…

Des petites marques pionnières

Pour établir le score, les marques s’appuient sur Ecobalyse, un outil développé par l’Ademe et le ministère de la Transition écologique avec la contribution d’une cinquantaine d’acteurs du secteur textile.

Certaines petites marques de la mode affichent déjà cette étiquette, à l’image de Rossignol, Les Petits Hauts, Sœur, Picture, Loom et Cyrillus. Il s’agit là d’enseignes très engagées dès l’origine en matière d’écologie. On trouve d’autres entreprises sur Wedressfair, un site de vente qui a sa propre gamme de vêtements et répertorie des marques engagées commercialisant de petites collections.

Quid des grandes enseignes de l’habillement ? Certaines ont prévu de se lancer dans les prochaines semaines. C’est le cas de Kiabi, Jules, Intersport ou encore Okaïdi, assure le ministère de la Transition écologique, qui ajoute : « Par ailleurs, Leclerc s’est engagé à déployer l’affichage environnemental sur sa marque Tissaïa au début de l’année 2026. »

Une « très bonne traçabilité » est nécessaire

Contacté par Reporterre, Kiabi confirme ne pas être tout à fait prêt et être encore en rodage. Mais il va bien mettre l’étiquette sur les pièces du quotidien : pantalons, t-shirts, sweats, pulls et sous-vêtements. « Il s’agira dans un premier temps d’une étiquette digitalisée », précise toutefois la marque. Le groupe Etam dit, quant à lui, travailler actuellement « à la structuration de [ses] process et de [ses] données internes afin de pouvoir répondre aux nouvelles exigences d’affichage », sans donner de date d’entrée en application.

« Nos marques sont-elles prêtes ? Je dirais à moitié. Chez certaines, l’étiquette sera sans doute plutôt mise en place à partir de février pour la collection printemps-été, pas forcément sur les collections en cours », reconnaît Adeline Dargent, chargée des projets RSE pour l’Union française des industries mode et habillement (UFIMH), qui représente de nombreuses marques indépendantes, plutôt haut de gamme.

« Mettre en place cet étiquetage demande d’avoir une très bonne connaissance de sa chaîne de valeur et d’avoir une très bonne traçabilité, dit-elle. Or, c’est complexe : par exemple, dans un tissu, le coton et le fil ont des origines différentes. » Les marques n’ont pas nécessairement les informations pour toutes leurs matières, explique-t-elle, surtout quand il s’agit de petites marques qui ne font pas le poids pour obtenir les données de la part de gros fournisseurs.

Autres freins selon elle : le coût des nouvelles étiquettes et le temps à libérer pour alimenter les bases de données. Pour autant, Adeline Dargent reste persuadée de l’intérêt pour les enseignes à se lancer : « Cette étiquette est une vraie valeur ajoutée pour des marques plutôt haut de gamme. Elle va permettre d’expliquer aux clients que quand on fait les choses correctement, ça a un prix. »

L’Europe travaille à sa propre méthodologie

Pour certains, la méthode proposée ne va pas assez loin. C’est le cas de Décathlon qui n’affichera pas le coût environnemental textile dans ses magasins : « La méthode actuelle n’est pas encore prête à être déployée à grande échelle », estime l’enseigne, contactée par Reporterre. Pour elle, « la méthode française met en avant des critères liés à l’utilisation et à l’expérience d’usage des produits qui ne reflètent pas directement les efforts d’écoconception (tels que l’utilisation de matières recyclées, l’amélioration des procédés de fabrication ou encore des modes de production responsables) ».

Autrement dit, la première enseigne française de vêtements de sport rejette l’écoscore actuel, et appelle à une harmonisation européenne, « afin d’éviter la coexistence de méthodes différentes et d’assurer une cohérence avec les futures réglementations de l’Union européenne ». L’Europe travaille en effet au développement de sa propre méthodologie ainsi qu’à un règlement sur l’écoconception des produits durables qui s’appliquera aux textiles.

« C’est un antidote à d’éventuelles démarches de greenwashing »

Même si le nouvel affichage français reste facultatif, En Mode climat, association qui réunit des acteurs de la mode et qui a participé à l’ensemble des travaux, se veut optimiste : « Il devient obligatoire dès lors qu’une marque décide d’apposer tout autre système de notation privé ou toute forme de score — un coût carbone par exemple. Autrement dit, c’est un antidote à d’éventuelles démarches de greenwashing. »

Surtout, si les marques refusent de publier leur score, des organismes tiers pourront le faire à leur place à partir d’octobre 2026. L’UFC-Que Choisir a déjà annoncé qu’elle se réservait le droit d’utiliser ce levier « pour pousser les acteurs du textile à jouer la carte de la transparence ».

legende