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ReportageLuttes

L’empire Bolloré visé par 70 « surgissements »

Des nombreux militants ont participé à l'action joyeuse contre Vincent Bolloré à Fouesnant, le 2 février 2025.

Opposés à la présence en Bretagne de Vincent Bolloré, de nombreux militants ont organisé un carnaval festif et joyeux. De quoi « désarmer » le milliardaire et son groupe.

Fouesnant (Finistère), reportage

Deux salles, deux ambiances. Entre les résidences secondaires aux volets fermés, les villas avec vue sur mer et les pinèdes, des gendarmes en rang d’oignon font le piquet sur un parking de Fouesnant (Finistère). Devant eux, de joyeux nez de clown, des perruques aux cheveux fluo, des tenues d’Arlequin, des masques vénitiens et autres déguisements dansent au rythme de « Djadja », d’Aya Nakamura. Avec des paroles quelque peu revisitées... sur le milliardaire Vincent Bolloré.

« Oh Bolloré, y’a pas moyen Bolloré, on jette un sort à Bolloré, en Bretagne les gens ne veulent pas de toi ! » Un chant quelque peu original pour un fest-deiz — fête bretonne diurne, en opposition au fest-noz qui se tient la nuit —, qui s’est déroulé le 2 février dans la commune de 10 000 habitants et aux 32 % de résidences secondaires. Le thème de cette fête n’étant autre que « Kenavo Bolloré », « Au revoir Bolloré » en breton.

Orchestres, concerts, danses bretonnes se sont enchaînés à Fouesnant. © Chloé Richard / Reporterre

« On est ici aujourd’hui, car Vincent Bolloré a plusieurs propriétés à Fouesnant où il a déjà hébergé ses gardes issus de groupuscules d’extrême droite », explique Max, un carnavaleux.

Cet été, le média La Lettre a en effet révélé que le milliardaire avait notamment recruté Marc de Cacqueray-Valménier, un néonazi issu du Groupe Union Défense (GUD), pour surveiller sa maison située sur l’île du Loc’h, au sein de l’archipel des Glénan non loin de Fouesnant. D’après La Lettre, depuis plus de dix ans, Vincent Bolloré fait appel à une société directement liée à la GUD Connection pour surveiller sa propriété du nom de Checkport.

Ramener de la joie dans la lutte

S’opposer à l’empire Bolloré — il possède le groupe Canal+, Europe 1, Havas (communication), etc. — dans une ambiance bon enfant réunissant des manifestants de tout âge et en dansant sur de la musique bretonne est aussi une façon pour les participants « de ramener de la joie dans la lutte [et] d’agir de façon douce », selon Fanch, un bretonnant. « On peut être douce et en colère ! » scande un peu plus loin une danseuse aux joues pailletées.

L’ambiance était festive comme dans un carnaval. © Chloé Richard / Reporterre

Un moyen, aussi, « pour ne pas que l’extrême droite s’accapare la culture bretonne », complète Juliette Ruisseau, perruque blonde sur la tête. Le milliardaire aime en effet régulièrement se vanter de ses racines bretonnes et n’hésite pas à se vêtir d’une tenue traditionnelle lorsqu’il s’agit, par exemple, de fêter les 200 ans de son groupe.

Certains sont venus avec des masques de Vincent Bolloré. © Chloé Richard / Reporterre

Cet événement festif est venu clôturer une semaine d’actions menées partout en France dans le cadre de la campagne Désarmer Bolloré, organisée par une coalition d’organisations du 29 janvier au 2 février. Pour Courgette, le visage masqué par une feuille sur laquelle est imprimé le visage de l’homme d’affaires, faire la fête aujourd’hui est « fondamental » et « porteur d’espoir ». « Ici, on fête le vivre-ensemble, ce que Bolloré ne veut pas. »

Quelque 70 actions ont été menées en France contre l’empire Bolloré, du 29 janvier au 2 février. © Chloé Richard / Reporterre

De nombreux gendarmes

Une joie qui a quelque peu failli s’estomper quand une partie des festoyeurs a voulu se rendre devant l’hôtel Thalamot, propriété de Vincent Bolloré. Une rangée de gendarmes — la préfecture n’a pas communiqué de chiffres sur les forces de l’État pourtant très présentes — a accueilli le défilé à coups de gaz lacrymogènes lorsque celui-ci a voulu bouger les barrières protégeant la bâtisse. Des panneaux de chantier ont seulement été tagués.

Plus loin, une demi-douzaine de camions de gendarmes protégeait une autre propriété de Vincent Bolloré, son manoir. À l’entrée de Fouesnant, les gendarmes étaient aussi présents pour accueillir la manifestation. « Symboliquement, c’est fort de voir que l’État protège des logements privés », déplore Fanch. Qu’importe la présence policière, la lutte a su être joyeuse jusqu’au bout en Bretagne.

Près de 70 « surgissements » visant des sites de l’empire Bolloré à travers la France et la Belgique ont été répertoriés durant les cinq jours de mobilisation du collectif Désarmer Bolloré. « Aucun des secteurs clés de cet empire — extractivisme et énergies fossiles, agro-industrie néocoloniale, industries technosécuritaires, conglomérat médiatique et culturel — n’a été épargné », estiment les organisateurs.

À Montpellier, des militants se sont par exemple mobilisés contre le « partenariat mortifère » entre le Cirad, un établissement public, et une entreprise soutenue en partie par Vincent Bolloré. Les entrepôts pétroliers de Bolloré Energy ont été ciblés à Strasbourg, dans le Loiret ou dans la Nièvre.


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