L’humanité pèse trente mille milliards de tonnes

Durée de lecture : 2 minutes

11 mai 2017 / Élisabeth Schneiter (Reporterre)

Si l’humanité disparaissait demain, elle laisserait derrière elle trente mille milliards de tonnes d’objets et constructions. La « technosphère » pèse ainsi environ 50 kg par mètre carré de la planète, selon le calcul étonnant réalisé par des scientifiques.

L’information est passée il y a quelques mois, mais sans attirer l’attention. Elle nous paraît si lourde de sens qu’on a voulu y revenir. Une équipe internationale réunie autour de trois géologues de l’université de Leicester, en Grande-Bretagne, a évalué fin 2016 la masse de la « technosphère », c’est-à-dire de toutes les structures que les humains ont construites pour se maintenir en vie : maisons, usines et centres commerciaux, ports et aéroports, routes, systèmes informatiques, monuments divers, décharges…

« Mesurer la technosphère est une façon d’appréhender les extraordinaires changements réalisés par l’homme, qui affectent la planète Terre. Contrairement à la biosphère, la technosphère a très peu de capacités à recycler ses propres matériaux, facteur qui pourrait affecter son évolution future, ou l’arrêter complètement », explique le professeur Zalasiewicz, l’un des trois principaux auteurs de l’étude, qui a consacré une grande partie de sa carrière à l’étude de l’anthropocène, et à l’influence sur la planète de substances créées par l’homme, par exemple les isotopes plastiques et radioactifs provenant des essais d’armes nucléaires.

« Une empreinte profonde laissée sur notre planète »

« Il n’y a pas que sa masse, observe le professeur Colin Waters, un autre chercheur, la technosphère comprend une énorme gamme d’objets matériels, de simples outils, pièces de monnaie, stylos à bille, livres et CD, ordinateurs et smartphones sophistiqués… Déposés dans des strates, ils deviendront les “technofossiles” qui aideront nos successeurs sur Terre à caractériser et à décrire l’anthropocène. »

L’étude suggère que si les technofossiles étaient classés comme des fossiles normaux par des paléontologues en fonction de leur forme et de leur texture, le nombre de types individuels actuellement sur la planète atteindrait probablement un milliard ou plus, dépassant ainsi largement le nombre d’espèces biologiques actuellement vivantes.

Le professeur Zalasiewicz ajoute : « La technosphère est peut-être géologiquement jeune, mais elle évolue avec une vitesse folle, et a déjà laissé une empreinte profonde sur notre planète. »


Puisque vous êtes ici…

… nous avons une petite faveur à vous demander. Dans une période où les questions environnementales sont sous-représentées dans les médias malgré leur importance, Reporterre contribue à faire émerger ces sujets auprès du grand public. Le journal, sans propriétaire ni actionnaire, est géré par une association à but non lucratif. Nous sommes ainsi totalement indépendants. Personne ne dicte notre opinion. Cela nous permet de couvrir des évènements et thèmes délaissés par les autres médias, de donner une voix à ceux qui ne sont pas audibles, et de questionner les puissants en les mettant face à leurs responsabilités.

Il n’y a jamais eu autant de monde à lire Reporterre, mais nos revenus ne sont pourtant pas assurés. Contrairement à une majorité de médias, nous n’affichons aucune publicité, et nous laissons tous nos articles en libre accès. Vous comprenez sans doute pourquoi nous avons besoin de demander votre aide. Reporterre emploie une équipe de journalistes professionnels, qui produit quotidiennement des informations, enquêtes et reportages. Nous le faisons car nous pensons que notre vision, celle de la préservation de l’environnement comme sujet majeur de société, compte — cette vision est peut-être aussi la vôtre.

Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre

Lire aussi : Nous sommes entrés dans l’anthropocène, affirment des minéralogistes

Source : Élisabeth Schneiter pour Reporterre

Photo :
. chapô : À Dubaï, aux Émirats arabes unis. Unsplash.

DOSSIER    Déchets

26 juillet 2019
Contre le G7, les altermondialistes organisent un sommet « démocratique et ouvert »
Info
27 juillet 2019
Compromis ou radicalité, le mouvement écolo cherche sa stratégie
Enquête
25 juillet 2019
Éradiquer les punaises de lit, une véritable guerre des nerfs
Enquête


Dans les mêmes dossiers       Déchets





Du même auteur       Élisabeth Schneiter (Reporterre)